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Dans le même numéro

La télévision favorise-t-elle les comportements violents ? De Tueurs-nés à La zone extrême

mai 2010

#Divers

De Tueurs-nés à La zone extrême

Le film Tueurs-nés, hyperbole de la violence filmée, aurait été réalisé par Olivier Stone pour dénoncer les dérives des médias en singeant leurs pratiques. Ce film culte, dans lequel un animateur vedette de reality show se trouve pris en otage puis froidement exécuté par deux tueurs en série, a défrayé la chronique lorsque le réalisateur de Natural born killer a lui-même été assigné en justice par l’une des victimes d’une agression (doublée d’un meurtre) inspirée, selon elle, par Tueurs-nés1. Effet iatrogène d’un film dénonciateur aboutissant à inspirer les actes qu’il vilipende ? Récemment, la question des conséquences comportementales des scènes de violence est réapparue en France sous une forme nouvelle avec le documentaire Le jeu de la mort, qui s’attache à dénoncer la violence engendrée par la télévision-réalité. Christophe Nick, producteur pour France Télévision du Jeu de la mort, a cherché à donner à son documentaire une force de persuasion inédite. L’objectif visé était de convaincre des risques de la téléréalité en procédant à une expérimentation inspirée d’une célèbre recherche scientifique sur la soumission à l’autorité. Incidemment, plusieurs faits marquants ont suivi la diffusion en mars 2010 : une alerte à la bombe était déclenchée suite à l’appel téléphonique d’un homme insatisfait du documentaire, tandis que deux anciens ministres déposaient plainte contre la chaîne publique et le producteur du documentaire pour « provocation directe à la commission d’atteintes volontaires à la vie et à l’intégrité de la personne ».

Dans cet article, nous proposons de faire le point sur la double question des effets comportementaux de la télévision sur les téléspectateurs et les participants à des émissions de téléréalité eux-mêmes. Nous présenterons un bilan des recherches scientifiques consacrées aux effets de la télévision et du cinéma sur le comportement agressif du spectateur, ce que certains journalistes ont appelé la screaminalité (en référence au film d’épouvante Scream, auquel plusieurs homicides sont associés, et qui a déclenché la constitution, en France, de la commission Kriegel consacrée à la violence télévisuelle). Il s’agira notamment de déterminer quels sont les effets nets des scènes de violence sur le comportement des téléspectateurs, indépendamment des préférences de certains d’entre eux pour les émissions violentes. Il s’agira ensuite de situer et d’évaluer la portée de la démarche de C. Nick (calquée sur les recherches classiques de l’Américain Stanley Milgram) visant à démontrer les risques de la télévision-réalité pour ses protagonistes.

Télévision et violence : un bilan des recherches

Les images de la télévision incitent-elles à la violence ? Accusée par certains d’être la vitrine criminogène d’une société de consommation, suspectée par d’autres d’intoxiquer les esprits au point de représenter un « danger pour la démocratie2 », la télévision est le plus souvent montrée du doigt pour les scènes de violence qu’elle donne à voir, ou plutôt, selon ses détracteurs, à imiter3. Occasionnellement, certains crimes de sang très médiatisés sont ainsi mis en relation avec des scènes de violence vues dans des films. À la préoccupation de ceux qui jugent que la violence du petit écran produit des effets délétères qu’il faut contrer répondent souvent les arguments des défenseurs de la liberté des médias, qui estiment que la télévision est une cible trop facile, que les effusions d’hémoglobine n’ont pas attendu les écrans plasma (le monde prétélévisuel était bien plus sanglant) ou encore que la violence télévisuelle ne fait que refléter celle dont la société contemporaine est porteuse. Il est également suggéré un effet de catharsis : non seulement l’expérience de la violence télévisuelle n’induirait pas une plus grande violence de la part du spectateur, mais elle servirait même d’exutoire à l’énergie agressive. Enfin, certains criminologues affirment très sérieusement que la télévision est bénéfique par le simple fait que les opportunités d’agressions sont plus faibles pour ceux qui restent devant leur écran que pour ceux qui sont dans la rue4.

Si l’on veut bien considérer que les travaux scientifiques consacrés à ce sujet (et réalisés pour l’essentiel en Amérique du Nord, mais aussi au Royaume-Uni, Belgique, Finlande, Japon…) sont applicables à la France, il faut alors renvoyer dos à dos l’idée d’un effet mécanique direct de la violence télévisuelle sur les conduites et l’idée tout aussi peu fondée d’un effet neutre voire bénéfique (cathartique) de la violence du petit écran. La majorité des travaux indique en réalité que la violence télévisuelle peut avoir des effets sur les comportements agressifs – de même que l’altruisme vu sur le petit écran a une incidence sur les conduites prosociales ou les émissions éducatives sur la réussite scolaire –, mais ces effets sont systématiquement modulés par une diversité de facteurs tenant notamment à la manière dont est mise en scène la violence, au contexte dans lequel le programme est visionné et à diverses caractéristiques du spectateur.

Des stratégies de recherche multiples, des effets convergents

Les enquêtes et leurs limites

Une manière simple d’analyser le lien entre la consommation de violence télévisuelle et les comportements violents consiste à demander à des participants de remplir un questionnaire afin d’identifier les émissions qu’ils suivent, et à les soumettre à une liste de conduites manifestant de la violence et dont ils auraient pu être les auteurs depuis une période définie, ceci dans des conditions de recueil inspirant la confiance et la sincérité. Ce genre d’études a permis de constater que les habitudes télévisuelles des sujets interrogés sont effectivement liées à leurs conduites : ceux qui suivent des émissions violentes ont davantage de comportements violents. Ces résultats ont été complétés par d’autres études aboutissant à des conclusions similaires. Il s’agissait de demander à des parents d’indiquer les émissions regardées par leurs enfants et d’observer ensuite les enfants en milieu naturel, par exemple leurs comportements durant les activités scolaires, ou à interroger leurs enseignants sur leurs conduites à l’école.

Quoique significatifs, les indices de corrélation de ce type d’études sont généralement faibles. Ils démontrent que l’ancienne idée de catharsis – jadis formulée par Aristote au sujet du théâtre et remise au goût du jour par Breuer et Freud5 – ne s’applique d’aucune manière à la violence visionnée à la télévision : non seulement l’individu n’est pas purgé de son agressivité, mais il serait bien plutôt renforcé dans cette inclination par le spectacle de la violence. Toutefois, la liaison statistique observée ne permet pas de tirer de conclusion concernant le sens de la causalité. On a pu montrer en effet que les personnes agressives éprouvent davantage d’appétence que les autres pour les émissions comportant des scènes de violence et par conséquent qu’on a affaire à un effet circulaire. Par ailleurs, l’intervention possible de facteurs concomitants doit également être envisagée. Par exemple, la supervision ou les mauvais traitements exercés par les parents ont des effets à la fois sur les émissions suivies par les enfants et l’inclination aux conduites violentes de ces derniers, ce qui pourrait amplement expliquer le lien observé entre l’exposition à la violence télévisuelle et la violence comportementale. Il est possible d’identifier d’autres variables ayant une incidence simultanée sur la consommation de violence télévisuelle et sur les conduites violentes, comme par exemple le statut socio-économique, le stress familial, le quotient intellectuel ou certains facteurs de personnalité. Des auteurs ont toutefois démontré que l’effet des émissions violentes persistait si l’on contrôlait statistiquement la contribution de plusieurs dizaines de facteurs6. Cependant, qui peut garantir qu’un facteur pertinent n’a pas été oublié ? Les études transversales apportent donc des informations utiles mais non définitives.

Les recherches expérimentales de laboratoire et de terrain

Une manière spécifique de tester l’effet causal des émissions violentes sur les comportements réside dans la réalisation d’expérimentations en laboratoire. Une expérience typique consiste à présenter un film violent ou un film neutre à un groupe de sujets (ceux-ci ne choisissent évidemment pas la condition expérimentale à laquelle ils sont affectés) et à comparer par la suite leur incidence respective sur la réalisation de comportements agressifs, souvent avant ou après avoir fait en sorte que les sujets aient été provoqués par quelqu’un (par exemple un compère de l’expérimentateur donnant une évaluation très négative d’une performance qu’ils viennent de réaliser en laboratoire). L’une des difficultés de ces études réside évidemment dans le développement de mesures de l’agression qui soient pertinentes et réalistes tout en respectant l’éthique de la recherche. Il faut donc s’arranger pour que les participants aux expériences croient que la violence qu’ils dirigent éventuellement vers une autre personne la blessera réellement. Dans une étude classique, des chercheurs ont présenté à des enfants de 5-6 ans et de 8-9 ans des extraits d’émissions d’une durée de 3 minutes environ présentant soit un programme violent (un extrait de feuilleton populaire à l’époque comprenant, entre autres, deux bagarres, un coup de couteau et deux coups de feu), soit un programme sportif excitant (athlétisme). Après avoir vu les films, les enfants étaient conduits dans une autre pièce et placés devant un tableau de bord comprenant deux boutons, l’un étiqueté « blesser » et l’autre « aider », ainsi qu’un signal lumineux étiqueté « prêt ». On leur disait alors que dans une autre pièce se trouvait un autre enfant, en train de tenter de jouer à un jeu afin de gagner un prix, et que chaque fois que le signal « prêt » serait allumé, ils pourraient, en appuyant sur le bouton de leur choix, soit apporter de l’aide à l’enfant dans sa tâche soit le blesser. On les informait en effet que s’ils pressaient le bouton « blesser », cela avait pour conséquence de rendre brûlante une poignée manipulée par l’enfant dans son jeu et donc de lui faire mal. Les sujets étaient ensuite laissés seuls dans la pièce, et le voyant « prêt » s’allumait ensuite à vingt reprises. Les résultats ont montré que les sujets qui avaient vu le film violent, garçons ou filles et quel que soit leur âge, administrent significativement plus de brûlures à la victime. D’autres recherches ont confirmé que l’exposition à une scène violente, même relativement brève, a une incidence sur l’agressivité subséquente des spectateurs.

Certaines des recherches de laboratoire ont été toutefois critiquées pour leur manque de réalisme7. Dans la vie quotidienne, les gens n’expriment jamais leur agressivité en s’administrant des brûlures, des chocs électriques ou encore des stimuli sonores désagréables. En outre, lorsque quelqu’un est agressif, il peut s’attendre à une réaction de la part de sa victime, ce qui n’était pas pris en compte dans les expériences puisque personne n’était victime d’agression en réalité. On a également mis en doute que les sujets puissent croire que l’expérimentateur lui-même attendait qu’ils expriment de la violence, puisque après tout c’était lui qui avait choisi de leur montrer un film violent. Pour compliquer un peu plus les choses, la question des effets à long terme de l’exposition à des émissions de télévision n’était également pas résolue par les expérimentations en laboratoire.

Un degré de réalisme plus élevé a été atteint dans une série d’expérimentations de terrain8. Les auteurs commencèrent à observer durant plusieurs jours les comportements agressifs et non agressifs de garçons vivant dans une institution pour adolescents ayant des difficultés d’intégration sociale, en Belgique. Puis, durant les cinq jours suivants, ils présentèrent, en soirée, aux uns divers types de films violents (film de guerre, policier, western…) et aux autres un film neutre. Étaient observés ensuite les comportements des sujets dans leur vie quotidienne, et notamment l’agressivité qu’ils manifestaient envers leurs pairs. Les résultats ont effectivement montré que certaines formes d’agression se sont développées chez les sujets ayant été exposés cinq jours consécutifs à des films violents.

L’apport des études longitudinales

Plusieurs études dites longitudinales ont également permis de prendre la mesure des effets à long terme de la violence à la télévision9. Le principe de ce genre d’étude est de suivre un échantillon de sujets sur une période de durée variable, ses limites se trouvant dans la perte progressive d’un certain nombre de participants, qui ont pu déménager par exemple (la « mortalité expérimentale ») ainsi que les effets liés au passage du temps entre les diverses collectes de données, notamment les évolutions historiques et la maturation des sujets. L’une des recherches les plus citées se fonde sur un échantillon de 856 enfants âgés de 8 ans10. Lors de la première vague de l’étude, des informations avaient été recueillies concernant les émissions préférées par les enfants, ainsi que des mesures d’agressivité par un questionnaire de comportements autorapportés et sur des évaluations issues des pairs et des parents. Des mesures et diverses informations sur les sujets ont été prises en 1970 (735 sujets), puis en 1982 (427 sujets). Les résultats montrent que, chez les garçons, des émissions suivies à 8 ans étaient liées de manière modeste à un indicateur d’agressivité onze ans plus tard. Les auteurs ont également montré que les garçons qui avaient vu beaucoup d’émissions violentes à 8 ans avaient un casier judiciaire plus chargé que les autres à 30 ans. Ces effets n’étaient pas réductibles à des facteurs comme la classe sociale, le fonctionnement intellectuel ou les styles éducatifs des parents. Une récente étude montre un lien entre le fait de visionner des films violents à 14 et 21 ans sur les conduites agressives adultes. Cet effet n’est pas réductible au QI, à la classe sociale, aux pratiques éducatives parentales ni au niveau de tendances agressives des participants au début de l’étude11.

Bilan: preuves des effets de la télévision sur la violence

L’examen de recherches fondées sur des méthodologies différentes suggère clairement que les émissions de télévision violentes seraient impliquées dans la violence. Quelques études, même de grande envergure, ne suffiraient évidemment pas à prouver de manière définitive que la violence à la télévision aurait une incidence sur la vie des spectateurs. La mise en perspective systématique d’études comparables permet toutefois de trancher, soit en examinant séparément leurs résultats et en déterminant si les effets attendus se produisent le plus souvent, soit en procédant à une méta-analyse, qui consiste dans le calcul de la significativité statistique de leurs résultats agrégés12. Dans tous les cas, on peut conclure que les émissions violentes sont effectivement causalement impliquées à l’agression à court et à long terme, ainsi qu’à une diminution des conduites prosociales. La taille des effets est modérée sans être négligeable. Pour donner un ordre de grandeur, le lien est supérieur à celui qui unit tabagisme passif et cancer du poumon, l’exposition au plomb et le QI chez l’enfant ou encore l’ingestion de calcium et la masse osseuse13. Dans le domaine des facteurs de risque de l’agression, le lien télévision-violence est plus fort que le lien testostérone-agression, dépression paternelle et conduites perturbées, ou encore relations familiales et délinquance. Il s’agit donc d’un facteur qui ne peut être ignoré. Présentons maintenant brièvement les mécanismes par lesquels s’actualisent ces effets.

Les mécanismes explicatifs

L’éveil physiologique

Lorsqu’une personne est exposée à la violence télévisuelle, les effets physiologiques immédiats sont de même nature que si cette personne était exposée à une situation de violence réelle, à savoir une augmentation de son rythme cardiaque et de sa pression sanguine. Cette simple activation suffit à déclencher de la violence pour peu que des indices situationnels (présence d’une arme, effet d’une provocation) lui confèrent une signification agressive. Par exemple, le résidu d’activation découlant d’un exercice physique était lié à l’agression : après avoir pédalé pendant 2 minutes 30, des sujets provoqués par quelqu’un dans une situation sociale différente réagissent de manière plus agressive que ceux qui n’ont pas effectué cet exercice14.

Amorçage de pensées et de sentiments agressifs

La tendance à accéder facilement à des pensées et à des sentiments agressifs est renforcée par l’exposition à des scènes de violence. Ainsi, lorsqu’on demande à des individus de faire librement état de leurs pensées, suite à une exposition à un film violent, et qu’on analyse leur contenu, on enregistre davantage de pensées agressives que des sujets exposés à un film neutre15. Ce genre d’effet peut également se traduire par un plus haut niveau général d’hostilité envers les autres. L’augmentation de la prégnance de pensées et de sentiments agressifs peut intervenir dans l’interprétation de situations rencontrées par la suite, par exemple en attribuant des intentions agressives aux autres même si leur comportement objectif est dénué d’agressivité16.

Acquisition de nouveaux registres de croyances et comportements

Cet effet correspond assez bien à la représentation intuitive que l’on se fait de l’effet des scènes violentes sur les conduites. Au niveau cognitif et à court terme, le spectateur acquiert de manière incidente des connaissances relatives à la violence, qu’il s’agisse de formes verbales, de savoir-faire corporels ou de manipulations techniques. Par exemple, à l’occasion d’une enquête réalisée auprès de 208 détenus nord-américains, 9 sur 10 admettaient avoir appris des « trucs du métier » en regardant des séries policières17. Les films pornographiques violents ont également des effets, notamment sur des croyances erronées concernant le viol. Une scène de violence sexuelle typique montre un homme pénétrant une femme de force qui, après avoir résisté, finit par en redemander. Des recherches expérimentales18 indiquent que l’exposition même courte à un film présentant une scène similaire suffit effectivement à augmenter l’adhésion à ce que les Anglo-Saxons appellent les rape myths, qui n’ont rien d’anodin : la rhétorique selon laquelle « les femmes veulent dire oui quand elles disent non » est très prégnante dans le discours des auteurs d’agressions sexuelles19.

Divers travaux que l’on ne peut détailler ici suggèrent que la probabilité de reproduction comportementale d’une scène de violence est d’autant plus élevée que le protagoniste agressif est dépeint de manière attractive, qu’il ressemble au spectateur, qu’il tire une récompense de son acte et non une punition, que l’acte combine violence verbale et physique, que la scène est présentée de manière réaliste, que ses conséquences (notamment la souffrance de la victime) ne sont pas montrées ou sont minimisées (par exemple par l’humour), et que le comportement violent est présenté comme justifié ou ayant un sens moral (par exemple une vengeance). Par ailleurs, les caractéristiques du spectateur et de son environnement ont leur importance. L’effet sera d’une plus grande probabilité si le spectateur est un jeune garçon, si son développement intellectuel est plus bas que la moyenne, s’il s’identifie fortement au modèle ou s’imagine être à sa place, s’il est enclin à l’agressivité, s’il ne bénéficie pas de commentaires de son environnement sur ce qu’il voit lui permettant de se distancier ou encore si de fortes normes contre la violence ne sont pas présentes dans son environnement familial. Prendre position par rapport aux actes violents est important : une étude a montré que le fait de regarder un film violent avec un adolescent sans faire de commentaires contre la violence augmente les effets du film sur la violence subséquente de l’adolescent, par rapport à une situation où l’adolescent visionne le film seul !

Désinhibition

Le spectacle répété de la violence contribue à une désinhibition à l’égard des comportements violents. Dans la mesure où bon nombre d’actes violents sont présentés comme des solutions efficaces à la résolution des conflits et que la souffrance des victimes ou de leurs proches est rarement soulignée (montrer les conséquences néfastes de la violence a un effet inhibiteur), les actes violents peuvent se présenter comme des options acceptables. Dans une étude20, une trentaine d’enfants de 5 à 11 ans regardaient un épisode durant 20 minutes d’un feuilleton violent. En enregistrant les actes de violence verbale et physique dans les minutes qui suivaient (durant un temps de jeu périscolaire), les auteurs ont observé que par rapport à ceux qui ne regardaient pas l’épisode, ceux qui avaient vu l’épisode violent avaient un taux d’actes brutaux ou agressifs multiplié par 7.

Désensibilisation à la souffrance des victimes de violence

L’exposition à la violence contribue à sa banalisation, et à une moindre sensibilité à l’égard des victimes. Plus l’exposition à la violence télévisuelle est fréquente, plus l’activation physiologique qui lui est associée diminue. Plusieurs travaux indépendants ont montré que les sujets habitués expérimentalement à la violence sont ensuite physiologiquement moins réactifs à des scènes de violence fictives ou réelles. Dans une recherche réalisée dans un cinéma, les chercheurs ont étudié le temps que mettraient des individus ayant vu un film violent ou neutre à aider une personne blessée qui venait de laisser tomber sa béquille. Ceux qui avaient vu un film violent mettaient 26% de temps de plus que les autres à intervenir. Ce même résultat n’était pas observé lorsque l’opportunité d’apporter son aide était offerte avant le film21.

D’autres recherches indiquent que des hommes, ayant visionné plusieurs jours de suite des scènes de violence à l’encontre des femmes, expriment moins de compassion envers une personne victime de viol par rapport à un groupe témoin22. Des hommes, quotidiennement exposés à des films comportant des scènes de violence sexuelle pendant une durée de cinq jours, manifestaient moins d’anxiété en voyant des scènes qui généralement font augmenter l’anxiété du spectateur et considéraient au bout du compte que les films étaient moins violents et moins dégradants pour les femmes. En même temps, l’intérêt pour les films avait augmenté durant cette période.

La désensibilisation n’est pas limitée à l’adulte. On a ainsi présenté à des enfants de 8-10 ans un film violent ou un film sportif, les deux films suscitant un même degré d’activation physiologique (mesurée par un physiographe pendant l’émission). Puis l’expérimentateur disait aux participants qu’il devait s’absenter un moment. Il leur demandait de surveiller sur un écran de télévision de jeunes enfants qui se trouvaient dans une pièce voisine en train de jouer. Si le moindre problème advenait, ils devaient se rendre dans le bureau de l’expérimentateur. En réalité, ce que les sujets voyaient à l’écran était un film dans lequel les deux enfants commençaient à se battre. Le film se terminait sur un bruit intense de fracas, juste après que la caméra ait été renversée et que la diffusion ne s’arrête. Les résultats ont montré qu’après avoir observé ce qu’ils croyaient être une vraie bagarre, les enfants qui avaient été exposés à un film violent, d’une part, étaient beaucoup moins activés physiologiquement que les autres, et, d’autre part, mettaient plus de temps à intervenir pour y mettre fin que ceux qui n’avaient pas été exposés à un film violent23.

Développement d’une vision noire du monde et d’une perception erronée de la prévalence et des formes de la délinquance

La présence massive de scènes agressives peut contribuer au développement d’une représentation du monde comme un lieu dangereux. Gerbner et ses collègues ont montré que certaines personnes acculturées à la violence télévisuelle en venaient à surestimer leur risque d’être victimes d’agression et la prévalence de la violence dans la société, ce qui augmentait leur anxiété et leur sentiment d’insécurité et faisait diminuer la confiance qu’ils accordaient aux gens en général. Certaines études montrent que cette attitude s’accompagnerait également du soutien à des politiques répressives contre la délinquance. Ceci concerne les fictions, mais aussi les informations télévisées.

Plusieurs travaux montrent que le poids donné aux événements violents dans le traitement de l’information n’est pas proportionné aux données statistiques de la délinquance. À travers l’analyse de diverses sources journalistiques de divers pays, Marsh et ses collègues ont enregistré une surreprésentation globale des délits violents et interpersonnels, ainsi qu’une sous-estimation des délits contre la propriété. En France, le journal Le Monde (28 mai 2002) s’est intéressé à la couverture médiatique de la violence sur une période de quatre mois (du 1er janvier au 5 mai 2002 – cette période correspondait à la campagne présidentielle) et a observé que 6% du temps global d’antenne de toutes les chaînes était consacré aux thèmes de la violence et l’insécurité (plus de 18 000 sujets). Une croissance de 126% a été enregistrée entre février et mars, alors que les estimations du ministère de l’Intérieur n’indiquaient aucune augmentation significative pour la même période.

Dans les fictions, certains chercheurs ont comptabilisé le nombre d’actes de violence (meurtres, agressions, vols à main armée…) rapporté au nombre de personnages, et ceci en fonction de la période (l’étude portait sur 620 émissions en prime-time échantillonnées au hasard entre 1955 et 1986 aux États-Unis) et en comparant ce taux aux informations issues du Fbi ou d’enquêtes de victimation. Ces auteurs ont montré un fort et systématique décalage entre ces deux taux. Par exemple, de 1955 à 1964, les délits violents (excepté les homicides) se situaient à un niveau de 2 pour mille dans les statistiques officielles, tandis qu’ils se produisaient à hauteur de 40 pour mille dans les émissions échantillonnées. On pourrait relativiser ces résultats en soulignant que les mesures officielles sous-estiment systématiquement la réalité et l’ampleur de la violence, d’où l’importance de cet écart. Néanmoins, les travaux qui se fondent sur des mesures non officielles et permettent de limiter quelque peu ce biais (par exemple : l’enquête de victimation) confirment que les fictions forcent le trait.

Les recherches réalisées sur l’effet comportemental des scènes de violence médiatisée sont fréquemment mises en cause. Mais il y a lieu d’en être surpris au vu du nombre de résultats convergents fondés sur des méthodologies diversifiées et dans des contextes très variés. On ne s’étonnera pas que ces résultats soient également valables pour la musique violente ou les vidéo-clips violents24. Soulignons également, même si tel n’est pas l’objet de cet article, que les recherches consacrées aux effets de l’exposition à des scènes de conduites altruistes ou à des émissions favorisant les comportements prosociaux ont également une influence mesurable. Par exemple, une agrégation de trente-quatre études indépendantes, portant sur plus de 5 000 enfants, montre un lien modéré entre les conduites prosociales et les émissions visionnées par les enfants25. Le problème n’est donc évidemment pas la télévision mais son contenu.

Il nous faut maintenant en venir à l’analyse des controverses qui se sont développées à l’occasion du documentaire, réalisé par Christophe Nick, Le jeu de la mort, récemment diffusé sur la chaîne de télévision publique, France 2.

La télévision-réalité sur la sellette

La démarche de La zone extrême

C’est, en effet, le contenu spécifique de la télévision que dénonce Christophe Nick dans son documentaire Le jeu de la mort et son ouvrage cosigné avec le philosophe Michel Eltchaninoff, l’Expérience extrême26. La dénonciation porte sur le pouvoir que la télévision exercerait sur nos esprits, surtout lorsqu’elle s’abandonne aux dérives perverses de la téléréalité. Celui-ci reproduit, à un certain nombre de variations près, la fameuse expérience sur la soumission à l’autorité, menée par le professeur de psychologie sociale de l’université de Yale, Stanley Milgram, entre 1960 et 1963, en vue de comprendre les atrocités commises par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale27. Le pari de C. Nick : transposer l’expérience originelle dans un autre système, celui de la téléréalité, avec son mauvais goût patent, son tapage et ses valeurs creuses. De nombreux aspects de l’expérience initiale ont ainsi été importés du sobre laboratoire de recherche sur l’apprentissage de Yale au plateau tonitruant du studio 107 de la Plaine-Saint-Denis.

Voici donc quatre-vingts hommes et femmes, appartenant à toutes les couches de la société, qui, après avoir été recrutés pour participer à un jeu télévisé (pilote ou réel), ont accepté, dans l’immense majorité des cas, d’envoyer des décharges électriques croissantes, jusqu’à 460 volts, à un sujet parfaitement innocent (en réalité, un complice) chaque fois qu’il se trompait dans la réponse à un test de mémoire, simplement parce qu’ils en avaient reçu l’ordre de la part d’une présentatrice vedette qui, face aux caméras, les incitait vigoureusement à continuer. Près de 80% des participants (appelés « questionneurs ») à cet exercice, qui n’avait vraiment rien d’un divertissement, se sont transformés, sous les acclamations d’un public entraîné par un chauffeur de salle dans un décor pharaonique, en purs et simples tortionnaires prêts à faire souffrir atrocement, voire à tuer, leur partenaire – du moins est-ce ce qu’ils croyaient. Ce dernier, à mesure que le voltage augmentait, protestait des souffrances subies, par des cris, des hurlements, puis par un silence des plus alarmants. Première conclusion importante : les comportements passifs d’obéissance des individus, lorsqu’ils sont confrontés, même avec une anxiété réelle, aux ordres d’une autorité destructrice à leurs yeux légitimes – ce facteur de la légitimité est déterminant – l’emportent toujours sur le petit nombre de ceux qui se comportent, à un moment donné, en individus libres, responsables et, par conséquent, rebelles.

L’expérience a pu être réalisée grâce à la rencontre d’un auteur de documentaires pour la télévision, C. Nick, et d’une discipline académique enseignée aujourd’hui en France à l’université et dans les grandes écoles. Sans le cadrage de la science et la caution scientifique des autorités que C. Nick a souhaité associer à son projet, l’entreprise aurait évidemment pris le risque de ne pas se démarquer vraiment d’un certain genre de shows dont la télévision est particulièrement friande. Toutefois, à la lecture du compte rendu de la démarche entreprise, il apparaît que la dénonciation frontale de la télévision-réalité, se voudrait-elle scientifique, ne réussit guère à conserver la prudence scientifique et la retenue qui était celles du père des expériences anthologiques sur l’autorité. La difficulté réelle d’une distanciation scientifique suffisante lorsque, dans le même élan, la télévision finance et s’autocritique, expose la démarche à un certain nombre de tentations auxquelles le documentaire et l’ouvrage qui lui est associé ne résistent pas toujours. Pour résumer : le creuset où est élaborée l’étude, celui de la télévision, a posé son empreinte indélébile sur le résultat de la démarche et la mise en scène de sa restitution. Au risque de brouiller le message.

La zone extrême : de nouvelles données scientifiques?

Dans le livre qu’ils consacrent à l’expérience, l’auteur de TF1, un pouvoir (C. Nick) et son associé, connu pour son Manuel de survie dans les dîners en ville (M. Eltchaninoff), adoptent parfois le style exagéré qui caractérise les surenchères de la téléréalité. On peut ainsi lire :

Là où, il y a 50 ans, un peu plus de 60% des sujets obéissaient au scientifique et allaient jusqu’au bout de la série de décharges, nous sommes aujourd’hui 81% à accepter d’administrer des chocs électriques, [ou plus loin] nous nous soumettons davantage à l’autorité d’une animatrice qu’à celle d’un scientifique […] nous obéissons davantage à la télévision qu’à n’importe quelle autre instance28.

Cette affirmation, qui laisse entendre qu’un résultat scientifique nouveau aurait été produit, n’est malheureusement pas étayée par les faits. En effet, la condition minimale d’une comparaison scientifique (la fameuse maxime Ceteris paribus sic stantibus, toutes choses étant égales par ailleurs) n’est aucunement satisfaite. Dans La zone extrême, il n’y a en effet pas de condition comparative où serait étudiée l’influence d’un scientifique. La simple juxtaposition des 60% observés chez Milgram aux 81% de La zone extrême est fantaisiste : comment pourrait-on comparer l’influence d’un scientifique sur un comportement de soumission dans les années 1960 à l’influence d’une animatrice vedette flanquée d’un public d’une centaine de personnes et d’un staff de production cinquante ans plus tard ? On se surprend à songer qu’un « manuel de survie dans les recherches psychosociales » serait bien utile. Par ailleurs, d’autres études inspirées de Milgram ont obtenu des taux de soumission égaux ou supérieurs à ceux enregistrés par Milgram. Celles où un taux de 85% ou plus est observé sont loin d’être rares29.

Par ailleurs, le fait que la variable « inconsistance au sein de l’autorité » – une deuxième animatrice conteste le principe du jeu durant son déroulement, puis quitte le plateau après avoir été tancée par l’animatrice principale – ne fasse pas chuter substantiellement le taux d’obéissance, alors que cela était le cas chez Milgram lorsqu’un deuxième scientifique intervenait, ne nous informe nullement d’une plus grande soumission à la télévision dans le cas de La zone extrême. Réfléchissons. Que signifie exactement pour les participants qu’une animatrice isolée s’oppose à une autre, quand celle-ci conserve le soutien implicite de la foule et des techniciens, qui ne mettent pas en cause le jeu ? La psychologie sociale a suffisamment démontré les influences des groupes majoritaires sur les conduites individuelles pour ne pas devoir y revenir. Le père des expériences sur l’autorité, Stanley Milgram, a lui-même été directement nourri aux travaux de son mentor Solomon Asch démontrant l’effet des influences majoritaires. Il est donc certain que cette situation n’est pas équivalente à celle où un scientifique s’oppose à un autre scientifique comme cela est le cas chez Milgram. On se trouve peut-être davantage face à une influence minoritaire (dont on sait que les effets sont rarement visibles à court terme) qu’à une contestation de l’autorité par une autre autorité. La zone extrême n’apporte pas d’information utile pour déterminer si l’autorité scientifique des années 1960 est supérieure à l’autorité télévisuelle des années 2000. « Nous obéissons plus qu’il y a 50 ans30 » est une autre affirmation inexacte : une synthèse des recherches réalisées à la suite de Milgram a démontré que le taux de soumission dans les expériences entre les années 1960 et les décennies postérieures ne variait pas chronologiquement31.

On comprend finalement qu’en dépit de la caution scientifique dont elle s’est dotée, la démarche de Nick ne visait donc pas à produire de nouvelles données scientifiques, mais à reproduire un résultat « spectaculaire » afin d’étayer un argumentaire préétabli. On n’est alors pas surpris par ses accents hyperboliques du compte rendu de l’expérience, qui apporte selon ses auteurs des résultats « hallucinants32 », et l’on frissonne avec eux lorsqu’ils prophétisent que « la kohlantisation de la société est en marche33 ». Ces surenchères ne sont pas simplement verbales mais également visuelles. Dans les semaines ayant précédé l’émission, les extraits du documentaire sur l’internet, très visionnés, ou les photos ayant circulé, montraient un homme en train de hurler. Il était ainsi difficile pour le grand public de ne pas croire que les résultats mis en avant (81% de tortionnaires) étaient observés alors que le questionneur voyait souffrir sa victime. Ce n’était pourtant pas le cas : il n’y avait qu’un retour audio-enregistré. La différence n’est pas anecdotique puisque la présence d’un retour visuel modifie fortement les taux de soumission à l’autorité, comme l’a montré Milgram lui-même dans ses variations expérimentales. Pourquoi une telle emphase concernant une réalité à laquelle les participants n’ont pas été confrontés ? Cette présentation n’était pas au service de la précision et de la sobriété de la science dont pourtant les auteurs du documentaire se recommandent.

La disparition de la personne

Les interprétations de La zone extrême, données par Nick et Eltchaninoff, sont fidèles à la position radicale défendue par Milgram dans les années 1960 et selon laquelle la situation dans laquelle est inséré un individu suffit à expliquer son comportement. On peut lire qu’il est « presque impossible, même pour un psychologue social, de prédire a priori et avec succès qui a le plus de chances de désobéir qu’un autre ». Il est étonnant que les variables susceptibles de moduler les effets de la situation comme la personnalité des participants ne soient pas mentionnées. L’un des proches collaborateurs de Milgram, Jonathan Elms, avait pourtant publié avec son mentor un article très souvent cité sur les liens entre l’autoritarisme de droite et la soumission à l’autorité34.

Afin de clarifier la question des déterminants individuels de la soumission à l’autorité, près de 90% des participants à l’expérience Zone extrême (hommes et femmes de toutes professions) ont été recontactés en décembre 2009 et janvier 2010. Il leur a été demandé de répondre à un « sondage d’opinion » organisé par l’université de Grenoble, d’une durée de 20 minutes et rémunéré 20 euros35. Cette enquête ayant lieu plus de huit mois après leur participation à la fausse émission de téléréalité, les participants n’ont pas fait le lien avec l’expérience. Afin de préciser les dimensions de la personnalité des participants, nous avons utilisé un modèle psychométrique en cinq facteurs36. Ces dimensions sont l’amabilité, l’esprit consciencieux, l’ouverture, l’extraversion et la stabilité émotionnelle37. Pour un tiers des personnes, les conjoints ont également été sollicités, ce qui a permis de constater une réelle convergence entre les évaluations.

Les résultats montrent que plus les répondants se caractérisent et se distinguent par un niveau élevé d’esprit « consciencieux » (tendances psychologiques à l’organisation, la planification, l’ordre), plus le niveau moyen des électrochocs qu’ils ont infligés était élevé. Par exemple, si l’on procède à une découpe statistique du tiers des sujets les moins consciencieux, on constate que ceux-ci administraient en moyenne des chocs de 363 volts, tandis que le tiers figurant parmi les plus « consciencieux » administrait 460 volts en moyenne. Un résultat similaire a été observé auprès des personnes ayant un niveau élevé d’amabilité : ils tendaient à électrocuter davantage la victime, probablement pour éviter un conflit désagréable avec l’animatrice. Ces deux relations sont intéressantes, parce qu’elles montrent que ceux qui sont habitués à être aimables et organisés, et dont l’intégration sociale est irréprochable (on sait que ces deux traits sont liés à moins d’agressivité, d’usage de substances, de délinquance, de prise de risque sexuelle, à des compétences parentales plus élevées, plus d’ambition et un niveau d’études plus élevé), ont davantage de difficultés à désobéir. Une autre relation a été observée entre l’inclination à expliquer les événements par des causes internes (penser, par exemple, que « ce sont mes propres actions qui déterminent ma vie ») et la soumission : dans l’échantillon masculin, plus les individus obtenaient un score élevé sur l’échelle d’internalité utilisée, plus les chocs administrés étaient élevés. Ce résultat est paradoxal : les personnes qui affirment le plus être responsables de leurs actes seraient celles qui se soumettraient le plus. Il donne raison à Jean-Léon Beauvois, qui, dans son Traité de la servitude libérale38, suggère que cette variable traduirait davantage l’inscription de l’individu dans la conformité sociale à travers l’illusion de l’indépendance qu’un trait psychologique marquant l’autonomie. Enfin, deux variables d’attitudes politiques ont eu une influence sur la soumission chez les femmes (les effets allaient dans le même sens chez les hommes, mais n’étaient pas statistiquement significatifs) : être politiquement de gauche conduisait à administrer en moyenne des décharges moins élevées. Par exemple, le nombre de chocs moyens des femmes de gauche était de 344 volts, contre 422 volts pour les femmes de droite. On a également pu constater un lien entre l’activisme politique et la rébellion : les personnes ayant déjà réalisé, ou étant disposées à réaliser divers actes de contestation sociale (signer une pétition, participer à un boycott, prendre part à une manifestation, participer à une grève sauvage, occuper des bureaux et des usines), refusaient plus rapidement de continuer que les autres.

La position adoptée par les auteurs de La zone extrême est donc à relativiser. Selon une tradition importante en psychologie sociale, les comportements sociaux résultent de l’interaction entre la personne et la situation39. Cette équation est certes un peu plus compliquée que l’idée selon laquelle l’individu serait, comme une « cire molle », malléable à l’envi40, mais elle est plus fidèle aux recherches sur la soumission à l’autorité réalisées depuis les années 1960. Le principal biographe de Milgram considère pour sa part que, « contrairement à ce qui est souvent affirmé, les mesures de personnalité peuvent prédire l’obéissance41 ».

Une psychologie collective obsolète

Finalement, l’aspect le plus novateur de l’expérience est celui sur lequel on manque le plus d’informations. Il s’agit des réactions du public. Il est probable que les analyses qui vont être réalisées dans les mois à venir apporteront des données importantes. Pour le moment, le lecteur doit se contenter d’un éclairage dérivé d’une théorie qui date de 1895 : celle de la psychologie des foules. Selon les auteurs de l’Expérience extrême,

l’ouvrage de Le Bon, à l’orée du siècle fasciste et totalitaire, prend parfois des accents prophétiques. Il s’applique en outre parfaitement à ce qui se passe sur le plateau de La zone extrême : perte de la responsabilité, abandon hypnotique à l’autorité, manifestation d’émotion42

L’idée selon laquelle la propagation de troubles sociaux serait comparable à une infection microbienne a été défendue par un médecin sociologue du début du xxe siècle, Gustave Le Bon. On la retrouve dans le titre du chapitre 13 de l’ouvrage, intitulé « L’autorité virale ». Selon les termes de l’auteur de la Psychologie des foules, dont se réclamaient Goebbels et Mussolini, toute assemblée serait en proie à une régression et une hypnose à grande échelle. L’une des idées développées par Le Bon est précisément que dans la foule, « tout sentiment, tout acte est contagieux ». Selon lui, cette contagion serait indifférenciée :

Les déformations qu’une foule fait subir à un événement quelconque dont elle est le témoin devraient, semble-t-il, être innombrables et de sens divers, puisque les hommes qui la composent sont de tempéraments fort variés. Mais il n’en est rien. Par suite de la contagion, les déformations sont de même nature et de même sens pour tous les individus de la collectivité […]. La qualité mentale des individus dont se compose la foule ne contredit pas ce principe. Cette qualité est sans importance. Du moment qu’ils sont en foule, l’ignorant et le savant deviennent également incapables d’observation.

Bien que la Psychologie des foules ait été le livre de chevet de nombreux hommes d’État, ses thèses sont aujourd’hui très contestées dans les sciences sociales. Ainsi, contrairement à ce qu’affirme Le Bon, les phénomènes collectifs affectent la population de façon très inégale : la « contagion mentale » est sélective. Un premier exemple l’illustre : l’anthologique panique déclenchée par la radiodiffusion du roman de H. G. Wells, la Guerre des mondes, le 30 octobre 1938. Un tiers des six millions d’auditeurs de cette émission a cru à une véritable émission d’information et plus de la moitié de ces derniers ont été pris de panique, voulant fuir à la hâte et créant embouteillages et accidents dans cette fuite. Les réactions observées n’ont rien eu d’aléatoire : la panique a essentiellement touché certains auditeurs, notamment ceux ayant un faible niveau d’instruction, une personnalité fragile, un sentiment d’insécurité élevé et dont le domicile était situé à proximité de la localité du New Jersey où l’invasion de Martiens était supposée se produire. Dans une analyse sociologique de 341 émeutes urbaines, Clark Mc Phail, de l’université d’Illinois, a montré par ailleurs que les violences ont généralement des objectifs politiques ou sont dirigées contre des groupes spécifiques ; ils ne constituent pas des « explosions » par disparition des valeurs du groupe. Quand il s’agit de lynchage, l’enquête, quand elle existe, révèle que les personnes les plus actives dans la foule sont en situation de précarité économique et sociale. Les recherches psychologiques récentes montrent que la participation collective a pour effet de pousser à l’extrême les attitudes et les comportements, individuels, non de plonger l’individu dans une irrationnalité fusionnelle. Les personnes qui ont accepté de voir une émission de téléréalité en tant que public ne peuvent être tenues pour un échantillon représentatif. Qu’elles s’adonnent ensuite à ce qu’elles sont peut-être venues chercher n’est donc pas judicieusement expliqué par l’invocation d’une hypnose collective.

Que restera-t-il de La zone extrême ?

La zone extrême représente, en réalité, davantage une expérience médiatique que scientifique, et elle restera probablement pour le grand public une référence comme l’est devenu le film d’Henri Verneuil, I comme Icare, adoubé par Stanley Milgram lui-même. En affirmant qu’il s’agit d’abord d’une démarche médiatique, nous n’affirmons pas que l’adaptation de l’étude de Milgram soit frappée de biais. Nous ne disons pas non plus qu’elle ne s’inscrit pas dans le droit fil de celle menée par le psychologue de Yale. Au contraire. Pour qui connaît les travaux sur la soumission à l’autorité, il est évident que la transposition au domaine de la téléréalité a été, pour l’essentiel, convenablement réalisée. Et ce en dépit du fait déterminant que la présence d’un public, jugée inhérente au projet de dénonciation de la téléréalité, ajoute une dimension spécifique qui n’a rien de « milgramien » (mais qui, en revanche, est plus fidèle aux situations habituelles de soumission à l’autorité, qui sont renforcées par la soumission des pairs). Le fait que la télévision – la télévision publique, précisons-le – ait financé ce documentaire, et s’y autocritique dans le même élan, semble l’avoir exposé à plusieurs exagérations regrettables et divers raccourcis propres au monde médiatique. Ces défauts ne peuvent évidemment être validés par les sciences humaines et par la psychologie en particulier.

Pour en revenir à nos analyses précédentes, il nous semble injustifié de considérer La zone extrême comme un programme incitant à la violence, contrairement à l’interprétation de certains, qui voudraient donner une suite judiciaire à sa diffusion. Le documentaire apporte, au contraire, des éléments de réflexion critique sur les mécanismes de la soumission à l’autorité qui sont d’un grand intérêt pour un public non averti. Éléments qui devraient favoriser une prise de conscience des perversions sociales à l’œuvre, dans cette situation particulière comme en d’autres. Et il faut faire justice de l’argument que comprendre les raisons du mal, c’est implicitement tendre à le justifier. Au reste, il n’est pas prouvé que la mise en évidence de l’importance des contextes et des situations dans la détermination des conduites humaines malfaisantes ait un effet déresponsabilisant sur les personnes qui découvrent ces phénomènes. Il convient par conséquent d’accorder à ce documentaire la réelle valeur pédagogique qu’il mérite. Toutefois, il n’a pas, rappelons-le, apporté de nouvelles données, scientifiquement interprétables, par rapport aux recherches de Milgram. De surcroît, il exigeait, dans son protocole même, qu’un profond désagrément, et qui aurait pu être évité, soit infligé aux participants. D’autres moyens étaient en effet disponibles pour alimenter et enrichir la réflexion sur les dérives de la téléréalité. Aussi est-on en droit de contester et de mettre en cause certains aspects de la démarche suivie.

La nouveauté, c’est qu’en réalité ce documentaire ne nous apprend rien de nouveau. Et ce constat mériterait en soi de plus amples réflexions. Mais la conclusion que seule la télévision serait à incriminer est profondément discutable. Surtout, elle limite inutilement la portée subversive du propos. Il eût été autrement intéressant d’élargir les analyses aux autres sphères de la société où s’exercent parfois des mécanismes comparables de soumission à une autorité destructrice. Du moins, eût-il fallu poser sérieusement la question de savoir si de telles comparaisons peuvent ou non être légitimement entreprises, par exemple avec le monde professionnel, le monde carcéral ou encore avec l’univers psychiatrique. Autrement dit : dans quelle mesure les comportements d’obéissance destructrice sont-ils liés, non seulement aux individus et aux situations, mais aux institutions qui mettent celles-ci en place ? Loin d’apporter un argument à charge contre la télévision, l’intérêt principal de ce documentaire devrait être de nourrir un débat politique.

Ce n’est pas devant un tribunal que ces sujets difficiles et inquiétants devraient être discutés, mais dans l’espace public d’une commune délibération. Si les facteurs sociaux de l’obéissance passive conduisent à meurtrir certains individus vulnérables, ou tout simplement à les humilier (sur ce point, Christophe Nick a apporté d’intéressantes pièces à conviction dans son documentaire La mort du travail), il faut alors clamer haut et fort qu’ils sont par nature contraires aux principes fondamentaux d’une société décente, c’est-à-dire d’une société dont les institutions n’humilient ni ne blessent les individus. Mais sommes-nous sûrs que tel soit toujours le cas ? Au vu des résultats de l’Expérience extrême, il y a tout lieu de craindre que dans certaines situations spécifiques la banalité du mal continue de se déployer à grande échelle. Aujourd’hui comme hier. Dans nos belles démocraties libérales tout comme ailleurs. Jamais n’est-il apparu avec une si désolante évidence que le « plus jamais ça » n’est rien de plus qu’un slogan aisé ou un simple vœu pieux, et que le combat politique pour préserver les principes qui nous constituent doit être mené inlassablement au jour le jour avec une vigilance toujours en éveil. Reconnaissons que ce programme va bien au-delà de la seule dénonciation du pouvoir que la télévision exercerait sur nous.

  • *.

    Respectivement professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble, directeur du laboratoire interuniversitaire de psychologie de Grenoble et membre de l’Institut universitaire de France ; maître de conférences en philosophie à l’université de Reims et à l’Institut d’études politiques de Paris.

  • 1.

    Le Monde, 29 juillet 1996.

  • 2.

    K. Popper et J. Coudry, la Télévision : un danger pour la démocratie, Mayenne, Anatolia, 1996.

  • 3.

    Nous reprenons ici certains segments du chapitre de Laurent Bègue, « Comportements violents et télévision », dans S. Roché (sous la dir. de), En quête de sécurité. Causes de la délinquance et nouvelles réponses, Paris, Armand Colin, 2003, p. 139-153, abondamment repris dans le Rapport Kriegel sur la violence à la télévision (2003).

  • 4.

    Il est vrai que le temps passé devant le petit écran est considérable : 14 années d’existence en moyenne, pour une espérance de vie de 80 ans.

  • 5.

    J. Breuer et S. Freud, Études sur l’hystérie (1894), Paris, Puf, 1999.

  • 6.

    W. Belson, Television Violence and the Adolescent Boy, Westmead, Saxon House, 1978.

  • 7.

    J. L. Freedman, “Effects of Television Violence on Agressiveness”, Psychological Bulletin, 1984, 96, 2, p. 227-246.

  • 8.

    J.-P. Leyens, L. Camino, R. D. Parke et L. Berkowitz, “Effects of Violence on Aggression in a Field Setting as a Function of Group Dominance and Cohesion”, Journal of Personality and Social Psychology, 1975, 32, p. 346-360.

  • 9.

    Rowell Huesmann et Leonard Eron ont donné à cette méthodologie ses lettres de noblesse, en particulier dans l’étude des effets de la violence des médias : L. R. Huesmann et L.D. Eron, Television and the Aggressive Child: a Cross-National Comparison, Hillsdale, Erlbaum, 1986.

  • 10.

    L. R. Huesmann, L. D. Eron, M. M. Lefkowitz et L. O. Walder, “Stability of Aggression Over Time and Generations”, Developmental Psychology, 1984, 20, p. 1120-1134.

  • 11.

    J. G. Johnson, P. Cohen, E. M. Smailes, S. Kasen et J. S. Brook, “Television Viewing and Aggressive Behavior during Adolescence and Adulthood”, Science, 2002, 295, p. 2468-2471.

  • 12.

    Ce travail a été réalisé par Hearold qui a sélectionné 230 études, impliquant plus de 100 000 sujets (S. Hearold, “A Synthesis of 1, 043 Effects of Television on Social Behavior”, dans G. Comstock (ed.), Public Communication and Behavior, San Diego, Academic Press, 1988, vol. 1, p. 65-133). Paik et Comstock ont sélectionné quant à eux 217 études sur la base de leur qualité méthodologique publiées entre 1950 et 1990 : H. Paik et G. Comstock, “The Effects of Television Violence on Antisocial Behavior: A Meta-Analysis”, Communication Research, 1994, 21, p. 516-546. D’autres études similaires ont également été réalisées par d’autres chercheurs : B. J. Bushman et L. R. Huesmann, “Short-Term and Long-Term Effects of Violent Media on Aggression in Children and Adults”, Archives of Pediactrics and Adolescent Medicine, 2006, 160, p. 348-352 ; R. G. Geen et S. L. Thomas, “The Immediate Effects of Media Violence on Behavior”, Journal of Social Issues, 1986, 42, p. 7-27 ; M. Hogben, “Factors Moderating the Effect of Television Aggression on Viewer Behavior”, Communication Research, 1988, 25, p. 220-247 ; W.Wood, F. Y. Wong et J. G. Chachere, “Effects of Media Violence on Viewers’ Aggression in Unconstrained Social Interaction”, Psychological Bulletin, 1991, 109, p. 371-383.

  • 13.

    S. J. Kirsch, Children, Adolescents and Media Violence, Londres, Sage, 2006.

  • 14.

    D. Zillmann, A. H. Katcher et B. Milavsky, “Excitation Transfer from Physical Exercice to Subsequent Aggressive Behavior”, Journal of Experimental Social Psychology, 1972, 8, p. 247-259.

  • 15.

    B. Bushman et R. G. Geen, “Role of Cognitive-Emotional Mediators and Individual Differences in the Effects of Media Violence and Aggression”, Journal of Personality and Social Psychology, 1990, 58, p. 156-163.

  • 16.

    L. Bègue et D. Muller, “Belief in a Just World as Moderator of Hostile Attributional Bias”, British Journal of Social Psychology, 2006, 45, p. 117-126.

  • 17.

    E. Cassel et D. A. Bernstein, Criminal Behavior, Boston, Allyn et Bacon, 2001.

  • 18.

    D. Linz, “Exposure to Sexually Explicit Materials and Attitudes Toward Rape A Comparaison of Study Results”, Journal of Sex Research, 1989, 26, p. 50-84.

  • 19.

    D. Scully et J. Marolla, “Convicted Rapists’ Vocabulary of Motive: Excuses and Justifications”, Social Problems, 1984, 31, 5, p. 530-544.

  • 20.

    C. J. Boyatzis, G. M. Matillon et K. M. Nesbitt, “Effets of the ‘Mighty Morphin Power Rangers’ on Children’s Aggression with Peers”, Child Study Journal, 1995, 25, p. 45-55.

  • 21.

    B. J. Bushman et C. A. Anderson, “Comfortably Numb: Desensitizing Effects of Violent Media on Helping Others”, Psychological Science, 2009, 21 (3), p. 273-277.

  • 22.

    D. Linz, E. Donnerstein et S. Penrod, “The Effects of Multiple Exposures to Filmed Violence Against Women”, Journal of Communication, 1984, 34, p. 130-147.

  • 23.

    M. H. Thomas et al., “Desensitization to Portayals of Real-Life Aggression as a Function of Exposure to Television Violence”, Journal of Personality and Social Psychology, 1977, 35, p. 450-458.

  • 24.

    J.G. Johnson et al., “Television Viewing and Aggressive Behavior…”, art. cité.

  • 25.

    M. L. Mares et E. H. Woodard, “Prosocial Effects on Children’s Social Interactions”, dans D. G. Singer et J. L. Singer (eds), Handbook of Children and the Media, Thousand Oak, Sage, 2001.

  • 26.

    C. Nick et M. Eltchaninoff, l’Expérience extrême, Paris, Don Quichotte/Le Seuil, 2010.

  • 27.

    L. Bègue, « Soumission à l’autorité », dans P.-A. Taguieff et A. Policar (sous la dir. de), Dictionnaire historique et critique du racisme, Paris, Puf, sous presse et M. Terestschenko, Un si fragile vernis d’humanité, Paris, La Découverte, 2005.

  • 28.

    C. Nick et M. Eltchaninoff, l’Expérience extrême, op. cit., p. 12 et 293.

  • 29.

    L. Ancona et R. Pareyson, « Contributo allo studio della aggressionne : la dinamica della obbedienza distruttiva », Archivio di Psicologia, Neurologia, e Psihiatria, 1968, 29, p. 340-372 ; D. M. Edwards et al., An Experiment on Obedience, Unpublished student report, University of Witwatersand, Johannesburg, South Africa, 1969 ; C. D. Holland, Sources of Variance in the Experimental Investigation of Behavioral Obedience, Doctoral dissertation, 1967, University of Connecticut, Storrs (University Microfilms, 69-2146) ; D. M. Mantell, “The Potential for Violence in Germany”, Journal of Social Issues, 1974, 27, 4, p. 101-112 ; K. Ring, K. Wallston et M. Corey, “Mode of Debriefing as a Factor Affecting Subjective Reactions to a Milgram-Type Obedience Experiment: An Ethical Inquiry”, Representative Research in Social Psychology, 1970, 1, p. 67-85 ; D. Rosenhan, “Some Origins of Concern for Others”, dans P. Mussen, J. Langer et M. Covington (eds). Trends and Issues in Developmental Psychology, New York, Holt, Rinehart, and Winston, 1969, p. 134-153.

  • 30.

    C. Nick et M. Eltchaninoff, l’Expérience extrême, op. cit., p. 218.

  • 31.

    T. Blass, “The Milgram Paradigm after 35 Years: Some Things we Now Know about Obedience to Authority”, dans T. Blass (ed.), Obedience to Authority: Current Perspectives on the Milgram Paradigm, Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum Associates, 2000.

  • 32.

    C. Nick et M. Eltchaninoff, l’Expérience extrême, op. cit., p. 12

  • 33.

    C. Nick et M. Eltchaninoff, l’Expérience extrême, op. cit., p. 251.

  • 34.

    A. Elms et S. Milgram, “Personality Characteristics Associated with Obedience and Defiance Toward Authoritative Commands”, Journal of Experimental Research in Personality, 1966, 2, p. 289-292.

  • 35.

    L. Bègue, Variables individuelles et soumission à l’autorité, Laboratoire interuniversitaire de psychologie, Université de Grenoble 2, 2010.

  • 36.

    P. T. Costa Jr. et R. R. McCrae, “Normal Personality Assessment in Clinical Practice: The NEO Personality Inventory”, Psychological Assessment, 1992, 4, p. 5-13.

  • 37.

    L’espace fait défaut pour permettre une présentation moins superficielle de ces cinq grands facteurs. Précisons simplement que ce modèle a été validé dans de nombreux pays et est aujourd’hui considéré comme l’outil d’évaluation scientifique de la personnalité le plus fiable.

  • 38.

    J. L. Beauvois, Traité de la servitude libérale, Paris, Dunod, 1994.

  • 39.

    Y. Shoda, W. Mischel et J. C. Wright, “Intra-Individual Stability in the Organization and Patterning of Behavior: Incorporating Psychological Situations into the Idiographic Analysis of Personality”, Journal of Personality and Social Psychology, 1994, 67, p. 674-687.

  • 40.

    S. Pinkers, Comprendre la nature humaine, Paris, Odile Jacob, 2005.

  • 41.

    T. Blass, “Understanding Behavior in the Milgram Obedience Experiment : the Role of Personality, Situations, and their Interactions”, Journal of Personality and Social Psychology, 1991, 60, p. 398.

  • 42.

    C. Nick et M. Eltchaninoff, l’Expérience extrême, op. cit., p. 239.

BÈGUE Laurent

Michel Terestchenko

Agrégé de philosophie, Docteur-ès-lettres de l'université Paris-IV Sorbonne, et professeur habilité à diriger des recherches, Michel Terestchenko, est spécialiste de philosophie morale et politique. Il enseigne comme maître de conférences en philosophie à l’Université de Reims et à l’Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, où il dispense des cours d'enjeux de la philosophie politique et…

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