Berlin, vingt ans après la réunification (entretien)
Quels ont été les effets de la réunification sur Berlin ? Promue capitale de la République fédérale, la ville n’a cependant pas acquis de véritable centralité, et semble au contraire se définir par la marge. Pour la comprendre, il faut aller au-delà de la mode, et parler aussi bien de la formidable renaissance de cette « ville Phénix » que de sa persistante pauvreté, pour éviter la création d’un Berlin à deux vitesses.
Esprit − Berlin cultive le paradoxe. Capitale d’un des pays les plus riches du monde, la ville cumule les taux de chômage et d’endettement les plus importants du pays. Elle attire touristes et artistes du monde entier, et pourtant demeure étonnamment déserte. Des « bobos » de Prenzlauer-Berg aux laveurs de pare-brise roumains, son immensité permet la cohabitation de cultures et de communautés formant une mosaïque unique en Europe. À peine saisie, Berlin se dérobe, se transforme, semble disparaître, se dissoudre pour renaître ailleurs. Pourquoi cette cadette des capitales européennes est-elle si différente de ses aînées ?
Gilles Duhem ? Comprendre le Berlin d’aujourd’hui implique de disposer d’un minimum de repères spatiaux et historiques. Perdue entre les sables et les lacs glaciaires du Brandebourg dans une région peu peuplée, à l’agriculture pauvre, sans ressources minières, Berlin est restée une agglomération modeste jusqu’au milieu du xixe siècle. À partir de 1871, grâce aux cinq milliards de francs-or de dédommagement de guerre versés par la France, les empereurs de Prusse donnent à leur capitale la dimension et le poids nécessaires à la direction d’un grand empire qui s’étend, en 1914, de la Suisse à l’Empire russe et du royaume de Hollande à l’Autriche-Hongrie. Mais le véritable moteur de la croissance berlinoise est ailleurs. La tolérance religieuse du pouvoir politique prussien, surtout envers les protestants, intellectuels comme paysans, et envers les juifs, attire depuis le xviiie siècle talents et capitaux. On rappellera pour mémoire l’Édit de tolérance de Potsdam de 1685 qui répond à la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV. Berlin doit son expansion à l’esprit d’entreprise, à l’ingéniosité, à la pugnacité et au goût du risque et de l’innovation de ses migrants. La ville dispose, dans son Hinterland (arrière-pays), d’un grenier à blé et d’un grand réservoir de main-d’œuvre. La révolution industrielle fera le reste. Aeg, Siemens, Borsig, Schering sont des entreprises berlinoises. Robert Koch y découvre le bacille de la tuberculose. Berlin est alors la capitale de la recherche en physique, en médecine, en mécanique quantique. Einstein s’y installe. La liste des prix Nobel décernés à des savants berlinois dans le premier tiers du xxe siècle est impressionnante.
Pour accompagner cette croissance enfiévrée et endiguer la crise du logement, on élabore vers 1867, à l’époque d’Haussmann à Paris, un plan d’extension de la ville que l’on doit à James Hobrecht. Des avenues larges, adaptées à la circulation hippomobile puis mécanique, de vastes îlots de cent mètres sur cent, un système de parcs et d’espaces verts, des immeubles de vingt-deux mètres de hauteur ainsi qu’un ingénieux système de cours industrielles et d’habitation, les Mietskasernen, sont les caractéristiques du « Berlin de pierre1 ». Centralisant les grandes administrations du pays, Berlin se dote de bâtiments administratifs immenses et se couvre de casernes. Emportés par le Berliner Tempo (littéralement : le rythme de Berlin), les édiles voient grand, très grand. En 1910, le concours d’urbanisme du Grand Berlin, remporté par Hermann Jansen, annonce la fusion de Berlin et des villages environnants. Il applique des principes novateurs comme la structuration de la croissance urbaine autour du chemin de fer ou l’aménagement des coulées de verdure jusqu’au cœur de la ville. La dynamique de réflexion qu’il impulse va permettre une politique d’acquisition foncière publique volontariste, sur la base de laquelle sera réalisé à grande échelle un parc de logements sociaux, alternative aux Mietskasernen honnies par les Modernes. Sous l’égide de l’édile Martin Wagner et avec la participation de nombreux architectes prestigieux dont Bruno Taut, Berlin, entité administrative de 880 km2 (soit neuf fois la ville de Paris intra-muros) rattrape à grande vitesse son retard sur les autres capitales.
Une ville Phénix
La République de Weimar apparaît donc comme « l’âge d’or » de Berlin. Le national-socialisme, la guerre puis la partition de la ville ont-ils « tué » la ville ?
Les nationaux-socialistes en général, et Adolf Hitler en particulier, n’aiment pas Berlin. Trop prolétarienne, trop « rouge », trop contestataire, trop insubordonnée, trop subversive. Des transformations urbaines massives vont tenter de la mettre au pas en la transformant, sous la direction d’Albert Speer, en « Germania ». Des travaux mégalomaniaques de cette époque demeurent aujourd’hui : le stade Olympique, le ministère de l’Air où siégea Hermann Goering, l’aéroport de Tempelhof (reconverti en parc après avoir cessé ses activités en 2008) ainsi que de nombreux bâtiments administratifs et lotissements d’habitation en Heimatstil (littéralement en « style patriotique »), en réponse aux toits plats et aux fenêtres en bande du style international weimarien. Et déjà, avant les bombardements, le tissu urbain wilhelminien est mis à mal par de nombreuses démolitions pour faire la place au grand axe nord-sud voulu par Speer. Mais surtout, le national-socialisme fait voler en éclats la tolérance religieuse, politique et morale de Berlin. La persécution des Allemands juifs ampute la ville de ses élites. Je dis « Allemands juifs » et non « juifs allemands ». Tout comme dans d’autres pays européens, la judaïté était pour ces familles bien moins importante que le sentiment d’appartenance nationale. En l’espace de quelques années, une grande partie des élites et de la bourgeoisie berlinoise est exterminée ou s’exile, principalement aux États-Unis. Étroitement associée au régime nazi (l’autodafé de mai 1933, les Jeux olympiques de 1936, la chancellerie d’Adolf Hitler ou la conférence de Wannsee), la ville paiera un lourd tribut. En 1945, Brecht nomme Berlin : « Ce petit tas de ruines à côté de Potsdam. » Plus de 50 % du tissu urbain disparaît dans les bombardements. La reconstruction commence dès 1947-1948 et revêt très vite un caractère idéologique. Entre 1950 et 1980 on démolira, à l’est comme à l’ouest, presque autant que les bombardements de la guerre. Quelques exemples : à l’est, le château de Berlin est dynamité en 1950 ; la Stalinallee, future Karl-Marx-Allee, reprend la monumentalité classique du « grand frère » soviétique. À l’ouest, on sacrifie les restes du Hansaviertel pour l’exposition internationale de l’Interbau de 1957. Au nom du monde libre, les plus grands noms de l’architecture d’alors y participent : Oscar Niemeyer, Le Corbusier, Alvar Aalto, Walter Gropius.
À partir d’août 1961 et jusqu’en novembre 1989, les deux Berlin vont évoluer politiquement de manière totalement différente. Mais avec le recul que nous donne aujourd’hui l’histoire, je dirais que Berlin-Ouest et Berlin-Est n’ont pas évolué de manière si différente qu’il y paraît au premier abord. Largement subventionnés, les tissus industriels de l’est et de l’ouest se maintiennent à un haut niveau. Les habitants d’Allemagne de l’Est convergent vers Berlin pour travailler dans l’industrie, les sièges des combinats industriels et les ministères, et bénéficier de meilleures conditions de vie dans la « ville vitrine du socialisme ». L’Allemagne de l’Ouest subventionne largement son « île » capitaliste au cœur de l’Allemagne de l’Est. Berlin-Ouest demeure artificiellement une grande ville industrielle avec un prolétariat ouvrier composé de plus en plus, à partir de la fin des années 1960, de migrants venus de Turquie. À Berlin-Ouest bien sûr, mais aussi à Berlin-Est, des modes de vie « alternatifs » fleurissent après 1968. Berlin-Ouest est légendaire pour sa qualité de vie, ses logements bon marché, ses « communes » à la liberté sexuelle débridée et ses cafés et boîtes de nuit ouverts jusqu’au matin. Tout cela permet à de nombreux « alternatifs » et d’éternels étudiants de « décrocher » de la société d’Allemagne de l’Ouest focalisée sur les valeurs du travail, de la réussite matérielle… et sur l’oubli de l’histoire. Berlin-Est offre, elle aussi, de nombreuses « poches » de liberté aux artistes et contestataires en tout genre du régime de la Rda. Ils se concentrent dans le quartier délabré de Prenzlauer-Berg où la police politique, la Stasi (abréviation de « sécurité d’État »), les laisse en paix tant qu’ils ne s’agitent pas trop. En 1989, la chute du mur de Berlin consacre la faillite économique et morale de l’Allemagne de l’Est. Étonné, le monde découvre Berlin-Est, conglomérat improbable réunissant un centre-ville à l’agonie, les grands ensembles les plus vastes d’Europe occidentale, une industrie polluante, des infrastructures obsolètes ou inexistantes et une périphérie vierge. Pour répondre à votre question, si Berlin n’est pas morte en 1989, elle est quand même très mal en point.
Dans ce cas, comment expliquer la rapide « résurrection berlinoise » d’après 1989 ? Comment le « miracle de Berlin » a-t-il pu s’opérer ?
Berlin, ville Phénix, est une vieille habituée des résurrections. Combien de fois a-t-elle dû renaître de ses cendres depuis sa fondation au xiiie siècle ? Rien ne lui a été épargné, de la guerre de Trente ans aux épidémies de peste, des conquêtes napoléoniennes à l’industrialisation à marche forcée. Innombrables sont les lieux où vous pouvez dire : « Si vous vous étiez rendus ici en 1910, vous auriez vu cela, en 1930 cela, en 1945 cela, en 1960 cela, en 1989 cela et demain vous verrez cela. » Comme le décrit bien Christian Prigent dans son livre Berlin, deux temps trois mouvements2, la ville oscille de manière constante entre futur et conditionnel passé.
Après 1989, le « miracle berlinois » s’appuie selon moi sur trois éléments. Tout d’abord, la force symbolique : la décision du Bundestag, dès le printemps 1991, de transférer la capitale et ses ministères de Bonn à Berlin tourne définitivement une page d’histoire. L’après-guerre se termine en Allemagne à ce moment-là. Dans un pays beaucoup plus décentralisé que la France, les pôles urbains de Munich, Stuttgart, Francfort, Hambourg ou Düsseldorf-Cologne forment une armature économico-urbaine assez équilibrée. Décider de « favoriser » Berlin, c’est la sortir de son rôle de paria aux confins du pays. Mais c’est aussi sortir la Prusse du purgatoire dans lequel on l’avait mise depuis quarante-cinq ans.
Ensuite, la force de la médiatisation : le retentissement international de la chute du mur, le grand événement historique de l’après-guerre, met très vite la ville à la mode. Les touristes y affluent soudain, avides de découvrir une ville inconnue qui semble sortir de la guerre. Berlin n’est pas historique comme Prague ou délicieusement austro-hongroise comme Budapest. Elle est cependant plus facile d’approche que Varsovie. À la fois à l’est et à l’ouest, cette capitale déchue porte encore beau. L’histoire y est omniprésente, même pour les néophytes. Toutes les utopies culturelles ou artistiques, tous les projets, pour peu qu’ils soient « alternatifs », y semblent possibles. À l’échelle planétaire, Berlin devient une sorte de terre promise pour artistes et créatifs de tout poil et tient le rôle d’un eldorado fantastique, espace de jeux et parc d’attraction pour adultes, vaste et peu cher, permettant de réaliser en toute liberté (apparente) les projets les plus fous et de vivre à un autre rythme. Pas un magazine, pas une revue qui ne relaie dans le monde entier cette image de Berlin. Le projet du Tacheles, abritant des ateliers d’artistes (ou de personnes se prenant pour tels) sur une friche du centre-ville, en demeure l’exemple le plus emblématique. La médiatisation a largement contribué à engendrer une demande pour l’énorme potentiel architectural et urbain de la ville, comme pour le quartier gentrifié de Prenzlauer-Berg. « Bobos » allemands et étrangers y possèdent des appartements et encensent boutiques et galeries « tellement tendance ».
Enfin, la continuité du soutien financier, tant public que privé, qui n’a pas fléchi depuis vingt ans. Que ce soit de la part de l’État fédéral, la péréquation financière avantageant les Länder pauvres (comme Berlin) au détriment des Länder riches (comme la Bavière), ou de la part de l’Union européenne, des sommes importantes d’argent public ont été consacrées à Berlin. En quantité, le résultat est à la hauteur des financements, même si la qualité des réalisations n’est pas toujours au rendez-vous : un nouveau quartier gouvernemental, un aéroport international, une gare centrale, un tunnel routier nord-sud sous le parc du Tiergarten et une réhabilitation urbaine exemplaire. De gros investissements ont également été réalisés pour moderniser et densifier le réseau de transports urbains. Le pouvoir politique fédéral a pesé de tout son poids pour inciter Daimler-Benz et Sony à investir dans un projet urbain de première importance, la Potsdamer Platz, qui consacre la renaissance du cœur de Berlin.
Attirés par le battage médiatique et les qualités indéniables de la ville, les investisseurs privés déclenchent une spéculation immobilière qui s’appuie sur des calculs de rentabilité théoriques, mais erronés. Ils sont valables pour d’autres métropoles mais ne correspondent pas à la réalité des forces économiques et démographiques de la région Berlin-Brandebourg. Des capitaux et d’innombrables entreprises affluent. Ces dernières ont constitué au cours des vingt dernières années un réseau d’industries de pointe et du secteur tertiaire, de Pme compétitives et de sièges d’entreprises nationales et internationales, de lobbies, de groupes de presse et de médias qui manquaient cruellement à Berlin en 1990. Elles ont en grande partie amené leur personnel avec elles à Berlin. Les investisseurs construisent des millions de mètres carrés, comblant peu à peu les friches urbaines du centre-ville héritées de la guerre, de la Rda et de l’emprise du mur. Mais, dans la jungle des projets, de la bureaucratie et des ambitions berlinoises de l’après 1989, il n’y a pas eu que des gagnants. En a témoigné, au métro Landsberger Allee, le gros œuvre d’un énorme complexe hôtelier et de bureaux d’investisseurs munichois abandonné pendant des années.
On a célébré l’an dernier, le 3 octobre 2010, les vingt ans du traité de réunification des deux Allemagne. Où voyez-vous les enjeux berlinois pour les dix ou vingt ans à venir ?
C’est un exercice difficile d’échafauder des scénarios prospectifs pour Berlin. L’histoire nous enseigne que cette métropole rebelle déjoue les prophéties. Pour sortir des sentiers battus, j’évoquerai quatre thèmes, moins connus en France lorsqu’on parle de Berlin, mais qui, je pense, vont grandement influencer l’avenir de la métropole.
Une faiblesse démographique et économique endémique
N’oublions pas que Berlin, avec ses 3, 3 millions d’habitants, se situe aux confins de l’Union européenne, au cœur du désert démographique brandebourgeois. Les bouleversements économiques après la chute du mur ont quasiment rayé de la carte le tissu industriel est-allemand obsolète. Mais beaucoup d’entreprises ouest-berlinoises, fortement subventionnées, ont elles aussi disparu. Les nouvelles entreprises de pointe et les services ne suffisent pas à « tirer » la croissance, ni, surtout, à faire baisser le chômage. Berlin a du mal à trouver son rythme, aussi parce qu’elle manque d’élites et de bourgeoisie. Avec plus de 14 %, le Land de Berlin est bon dernier des statistiques du chômage allemand. On a parfois de la peine à le croire en France, mais c’est une ville pauvre. Dans le secteur des services et des « créatifs », le précariat sous-payé domine largement. Un emploi stable à durée indéterminée et dans des conditions convenables est une denrée rare. En 2008, les ménages berlinois disposaient d’un revenu moyen de 2735 euros bruts par mois. En Bavière, il était alors de 4034 euros ! On vient massivement à Berlin pour y faire des études, on espère pouvoir y rester mais on en repart, forcé par le marché de l’emploi. Combien d’Allemands et d’étrangers, s’ils n’appartiennent pas au petit monde des privilégiés que leur employeur envoie à Berlin, sont arrivés enthousiastes et y ont mangé leurs économies dans différents « projets » avant de devoir repartir ? Ou alors, on s’accroche, on fait preuve de la légendaire résistance berlinoise, on accepte de vivre d’expédients simplement « pour pouvoir rester ». Berlin offre des conditions de vie très favorables et attrayantes : densité du trafic automobile la moins forte du monde par rapport à toutes les métropoles internationales de dimension comparable, mètre carré de logement, à l’achat comme à la location, quatre à six fois moins cher qu’à Paris et air très pur, les industries polluantes ayant disparu avec les emplois industriels qui allaient avec. Pour bénéficier de ces avantages, on peut aussi, suivant un modèle de plus en plus répandu, y vivre du revenu d’un travail s’effectuant ailleurs qu’à Berlin ou provenant d’un héritage. Ce modèle, fruit de la combinaison de l’internet, d’Easyjet et du compte en banque de la génération précédente, a de plus en plus d’adeptes qui remplissent quotidiennement gares, autoroutes et aéroports.
La difficile maîtrise des finances publiques et les faiblesses de la classe politique locale
Malgré les sommes importantes allouées à Berlin par l’État fédéral, les Länder ou l’Union européenne, la situation des finances publiques berlinoises est catastrophique. Les quelque soixante-deux milliards d’euros de dette du Land de Berlin ne sont pas que le résultat d’une mauvaise gestion. Ils sont surtout le tribut à payer à l’histoire. Les deux Berlin avaient, dans les années de la partition, artificiellement « gonflé » les effectifs des services publics pour en faire une vitrine florissante du socialisme (Berlin-Est) ou pour éviter une hémorragie démographique encore plus forte (Berlin-Ouest). La ville bénéficiait, à l’est comme à l’ouest, d’un régime de subventions publiques structurelles généreuses qui prit fin dans les années 1990. Mais les coûts à assumer pour le Land de Berlin sont restés. La masse salariale et les retraites sont difficilement comprimables, la diminution des effectifs s’effectue beaucoup plus lentement que prévu. En outre, Berlin est une ville en hyper-infrastructure par rapport à son nombre d’habitants et de foyers fiscaux : musées et opéras en surnombre, équipements sportifs généreux, immenses espaces verts, dense réseau de transports en commun : tout cela a un coût. Or, réduire les équipements, fermer un théâtre, réduire le nombre d’arrondissements de vingt-trois à douze, vendre une partie du patrimoine foncier et immobilier de la ville, moins entretenir l’espace public, réduire les subventions à la culture et à l’éducation sont des mesures impopulaires. Étranglée par le service de la dette dont le maire de Berlin a vainement essayé, avec l’aide de la cour constitutionnelle de Karlsruhe, de se débarrasser, Berlin ne dispose que d’une très petite marge de manœuvre financière pour faire face à ses énormes charges courantes. Les infrastructures maltraitées se vengent. La crise endémique du Rer berlinois, le S-Bahn, illustre bien cet état de fait. À force d’avoir rogné sur l’entretien (certaines pièces du système de freinage avaient dépassé de presque dix ans la date limite d’utilisation prescrite par le constructeur !), le S-Bahn roule mal. La question financière sera certainement l’un des enjeux dominants des vingt prochaines années. De nombreuses révisions déchirantes sont encore à prévoir.
Un peu dépassée par les événements de 1989, la classe politique de Berlin-Ouest a dû jouer un rôle moteur dans le processus de réunification de la ville. La caste politico-administrative de l’est, vaincue et souvent compromise par des affaires d’espionnage au sein de la Stasi, a disparu, s’est tue ou n’a joué qu’un rôle mineur durant la première décennie après la réunification. Le pouvoir politique de Berlin-Ouest a été brutalement obligé de quitter son petit biotope provincial fait de « petits arrangements entre amis » (les scandales politico-financiers et immobiliers y sont proverbiaux) et d’une bureaucratie de « têtes de béton » (en allemand : Betonköpfe) pour se mettre à gérer de manière souple, responsable et innovante une métropole internationale redevenue la capitale d’une des plus grandes puissances économiques mondiales. Vous avouerez qu’il y a de quoi se sentir complètement dépassé, être atteint par la folie des grandeurs ou sombrer dans l’activisme en commençant tout sans rien finir. Le pouvoir politique berlinois ne s’est privé d’aucune de ces options.
Maire depuis maintenant dix ans, Klaus Wowereit, membre du parti social-démocrate, illustre bien cette classe politique made in Berlin. D’origine berlinoise modeste, il a le sens de la formule. Il glisse à la perfection sur le mince vernis faisant de Berlin la capitale de la fête (surtout des grandes fêtes de rue comme le premier mai, le Christopher Street Day, le marathon, etc.), de la mode, de la création et d’un tourisme urbain record grâce auquel vingt millions de nuitées sont attendues cette année. Sa formule arm aber sexy (pauvre mais sexy) lui a valu, pour son humour et son cynisme, autant de lauriers que de critiques. D’un abord faussement patelin, expert rusé des arcanes de la politique locale et de ses luttes de pouvoir intestines sans merci, le maire de Berlin souffle le chaud et le froid. À la fin de son second mandat, il a profité de la faiblesse de l’opposition chrétienne-démocrate, déchirée par de féroces querelles de personnes derrière une fausse harmonie de façade, comme de celle de la gauche plus radicale, issue de l’ancien parti socialiste de Rda. Lors de sa réélection pour un troisième mandat en septembre 2011, Wowereit a néanmoins vu son capital de voix s’effriter au profit des Verts, représentés par Renate Künast et dans lesquels une classe moyenne berlinoise « écologiquement correcte » s’est reconnue, tout comme dans l’émergence des Pirates, enfants de la génération de l’internet réclamant plus de transparence du pouvoir politique. Pour Wowereit, l’urgence des problèmes à résoudre risque de rendre ce mandat moins confortable que les deux premiers.
L’impossible maîtrise spatiale du développement urbain ?
La gouvernance urbaine de Berlin et de sa région s’appuie sur trois niveaux administratifs : le gouvernement fédéral qui fournit les cadres juridico-administratifs globaux et une partie des financements des infrastructures, les Länder de Berlin et du Brandebourg, et enfin les mairies des quartiers et des différentes communes. Avec 880 km2, je le rappelle encore une fois, le Land de Berlin est presque aussi vaste que Paris (100 km2) et la petite couronne. Les douze arrondissements berlinois sont donc des territoires assez grands, des unités administratives avec leurs propres structures, bénéficiant d’une autonomie de gestion du budget alloué par le Land et de ressources propres. Ils peuvent prendre des décisions d’urbanisme jusqu’à un certain seuil. Au-delà, ils doivent en référer à l’instance régionale et négocier avec elle. Le même système prévaut à la périphérie de Berlin, formée de communes indépendantes placées sous la tutelle administrative du Land de Brandebourg.
Du fait du mur et de l’économie socialiste, Berlin avait échappé au développement suburbain « en tache d’huile » qui s’est imposé partout en Occident depuis 1945. En 1990 se pose donc de manière atypique la question de la gestion de la centralité et de la périphérie. L’administration berlinoise crée alors une instance consultative composée d’experts internationaux, le Stadtforum. Une fois par mois, ils animent des séminaires publics à l’intention des acteurs politiques. La politique des transports, des espaces verts, la politique foncière ou du logement, la centralité, la place de l’industrie, etc. sont traitées thématiquement. Les débats, suivis par un public nombreux, font l’objet de publications, d’expositions, de communications en tout genre. Bref, une très belle « machine » de communication et de transparence pour la gouvernance urbaine, dont beaucoup de métropoles internationales, et notamment Paris, pourraient s’inspirer. Le Stadtforum élabore et défend la théorie de la « concentration décentralisée ». Celle-ci vise à renforcer d’abord les villes existantes situées au maximum à une heure en train de Berlin avant d’autoriser le développement du périurbain plus proche du centre de la ville. Les experts consultés prônent aussi une coopération plus étroite entre les instances planificatrices de Berlin et du Brandenbourg, ce qui débouche, au milieu des années 1990, sur la création d’une instance commune de planification, la gemeinsame Landesplanungsabteilung.
Or, malgré toutes ces louables déclarations d’intention, la réalité a pris une tout autre direction. Sous la pression des investisseurs et des forces politiques communales et régionales, les administrations compétentes ont fait de multiples entorses à leurs principes d’aménagement du territoire. Mais comment auraient-elles pu faire front commun politiquement et administrativement quand l’électorat est avide de shopping malls et de maisons individuelles ? L’échec de la fusion des Länder de Berlin et du Brandenbourg après le référendum de 1996 a hélas sonné le glas d’une politique de gouvernance spatiale efficace à grande échelle pour la périphérie berlinoise.
De grandes structures commerciales et industrielles branchées sur des réseaux de transport, mais aussi des lotissements dignes du Truman Show3 ont très rapidement investi les espaces agricoles à la périphérie de Berlin, faisant apparaître la Speckgürtel (littéralement « ceinture de gras »). Cette croissance fut beaucoup plus rapide car plus facile que la résurrection des villes périphériques du Brandenbourg, confrontées à l’existant et aux complexes questions de propriété du sol et de l’immobilier après la fin du régime socialiste. Quand la réhabilitation « douce » des villes périphériques, dans laquelle l’Union européenne, l’État fédéral et la région ont investi beaucoup d’argent, a commencé à prendre forme, la démographie et l’économie de la région Berlin-Brandebourg n’ont pas suffi à impulser un développement digne de ce nom. Nombre d’entre elles sont encore aujourd’hui des villes fantômes où les quais de gare neufs sont envahis par les herbes folles. Dans certaines de ces villes, plus de 25 % du parc immobilier de logements est vide. Comme pour toutes les grandes métropoles, l’enjeu pour Berlin sera dans le futur celui de la ville compacte. Comment freiner le développement suburbain en « tache d’huile » alors que tant d’espaces demeurent en friche au cœur de la ville et que les zones de pression spéculative sur les quartiers centraux de Kreuzberg, Mitte ou Prenzlauer-Berg, sont relativement limitées ? Comment redynamiser les grands ensembles de l’est, où le contribuable européen a déjà investi plus de six milliards d’euros dans une subtile combinaison de réhabilitation, de démolition, de construction et d’aménagement de l’espace public ? Les efforts se concentrent aujourd’hui sur des projets comme celui des maisons de ville, les townhouses, qui connaissent un franc succès sur certaines friches industrielles du centre-ville, et sur l’accession à la propriété dans cette ville de locataires à plus de 80 %. Le Stadtforum existe toujours, mais il a perdu beaucoup de sa superbe, et surtout l’ambition de vouloir influencer la réalité.
Comment éviter un Berlin à deux vitesses ?
La pauvreté et la ségrégation socio-spatiale croissantes ne se font pas sentir au premier abord. À Berlin, la très grande pauvreté mais aussi la richesse extrême restent rares. L’Allemagne possède (encore) un système de protection sociale généreux, remontant au xixe siècle, qui amortit les chocs du marché du travail pour les populations les moins formées et les moins flexibles. Cependant, tous les indicateurs sociaux (voir notamment les travaux de l’éminent sociologue urbain Hartmut Häußermann) tendent à montrer que la fracture sociale berlinoise va s’accentuer. Deux thèmes vont, selon moi, dominer les débats sur l’avenir de Berlin : la pauvreté des personnes âgées et l’intégration de groupes de migrants au faible niveau d’instruction et de formation mais démographiquement dynamiques. La pauvreté des personnes âgées tout d’abord. Berlin a hérité d’une conjonction de facteurs qui la rendent particulièrement vulnérable à ce phénomène. À l’est de la ville, comme dans l’industrie de l’ouest, nombre de parcours professionnels ont été interrompus de manière abrupte par la réunification. Beaucoup de retraités de l’est et de l’industrie touchent aujourd’hui une retraite inférieure au minimum vieillesse. À Berlin-Ouest, les Lebenskünstler (littéralement : les « artistes de l’existence ») étaient légion. Vivant d’expédients, éternels étudiants « alternatifs » profitant de la vie au jour le jour (et des larges subventions versées par l’Allemagne de l’Ouest à Berlin-Ouest), artistes de tout poil, ils sont aujourd’hui tout étonnés d’approcher de la soixantaine et de devoir rogner sur un train de vie qu’ils croyaient acquis. La pauvreté des personnes âgées et le financement des retraites du secteur public sont des bombes à retardement. La chape de silence qui les recouvre ne va certainement pas empêcher leur explosion.
Berlin a toujours été une terre de migration. Venus de France, de Bohème, de Silésie, de Pologne, de Russie ou d’Anatolie, les migrants ont façonné Berlin. Sans eux, la ville n’aurait jamais pu prendre son essor. Les transformations rapides du monde du travail (disparition de la grande industrie, pourvoyeuse massive d’emplois moyennement ou peu qualifiés et permettant l’intégration de nombreux migrants) mais aussi les nouveaux venus d’Europe de l’Est ont totalement bouleversé le paysage migratoire au cours des vingt dernières années. La concurrence est devenue plus âpre, le repli communautariste plus fort, notamment au sein des groupes de populations musulmanes arabes et turques, mais aussi chez les populations d’origine allemande russophones (les Aussiedler). La diffusion rapide de la télévision par satellite a certainement, comme partout d’ailleurs, amplifié ce phénomène.
À Berlin, la répartition des populations migrantes dans l’espace urbain correspond à l’histoire de la partition de la ville : Vietnamiens et Africains des « pays frères », arrivés à Berlin-Est grâce aux accords de coopération économique ou aux échanges universitaires, Turcs à Berlin-Ouest, venus à l’origine travailler dans les usines subventionnées. Avec plus de 120000 ressortissants, ces derniers forment, à Kreuzberg et Neukölln (des quartiers encore « périphériques » et industriels de Berlin-Ouest en 1989) la plus grande ville turque du monde en dehors de la Turquie. Ils habitent aujourd’hui au cœur de la métropole réunifiée. À Berlin, ségrégation sociale et spatiale ne se conjuguent (pour le moment) pas toujours. Les Libanais et Palestiniens du Liban, chassés du Proche-Orient par la guerre, mais aussi les Serbes, les Bosniaques et les Albanais du Kosovo sont venus les rejoindre massivement dans les années 1990, tout comme les Russes d’origine allemande, souvent peu germanophones, et les juifs venus des différentes ex-Républiques soviétiques. La communauté juive est aujourd’hui en majorité russophone. Les Allemands russophones s’installent surtout dans les grands ensembles périphériques de l’est de la ville, à Marzahn et Hellersdorf, qui leur rappellent sans doute ceux de l’Urss dont ils sont originaires.
Comment permettre à la jeune génération de ces « nouveaux berlinois » de bénéficier d’un niveau de formation suffisant et d’un niveau linguistique adapté pour s’intégrer de manière pleine et entière au marché du travail, pour devenir « géographiquement flexibles » en tant qu’individus (malgré le poids de nombreuses traditions familiales, archaïsmes et patriarcats fort pesants) afin d’aider une Allemagne démographiquement chancelante à combler un déficit en personnel qualifié toujours plus important ? À Berlin on peut vivre, plus facilement que dans le reste du pays et avec beaucoup moins de contrôle social, d’un mélange de prestations sociales, de travail au noir et d’allocations familiales. Plus qu’ailleurs, faible coût de la vie et marché de l’emploi déprimé aidant, de nombreux ménages (et pas seulement migrants ! Beaucoup de ménages allemands, au chômage depuis plusieurs années, ont déménagé de la région de la Ruhr à Berlin) se demandent à juste titre : « Pourquoi vivre autrement ? Pourquoi chercher un emploi déclaré si le revenu du travail est inférieur ou égal aux prestations que l’on peut percevoir par ailleurs ? Pourquoi sortir de son cercle familial et linguistique ? » Ces questions logiques et fort légitimes sont très souvent éludées ou autocensurées à tort par les professionnels du travail social trop politiquement corrects. Les « nouveaux migrants » venus d’Europe centrale et surtout de Pologne, remplis d’énergie, de volonté de réussir, mieux formés et maîtrisant souvent mieux l’allemand, risquent bien de damer le pion assez rapidement aux migrants turcs et arabes installés à Berlin depuis bien plus longtemps. Une grande partie des Palestiniens et des Libanais est empêtrée dans des problèmes juridiques insensés liés à leur permis de séjour. En Allemagne, beaucoup ne sont que « tolérés » (geduldet). Ce statut les empêche, même après vingt-cinq voire trente ans, de pouvoir travailler et de mener une existence normale, et ne permet pas à leurs enfants d’étudier ! Une partie des familles très nombreuses qui composent ce groupe de population a extrêmement mauvaise réputation : délinquance des jeunes, grand banditisme et trafic de drogue sont les éléments dont la presse se repaît régulièrement. La partie la moins bien formée, la plus patriarcale, archaïque et communautariste de la communauté turco-kurde, qui se concentre à Kreuzberg et Neukölln, se complaît souvent dans une victimisation assez vindicative attisée par le ministère des cultes d’Ankara (Ditib), qui chapeaute de nombreuses mosquées en Allemagne, ou par le Premier ministre turc Erdo?an lui-même. Ce dernier n’a pas hésité, lors de l’une de ses dernières visites, à qualifier l’intégration des Turcs en Allemagne de « crime contre l’humanité » ! L’Allemagne, pays à l’identité fragile, sujette au doute permanent et aux éternels questionnements, est très sensible à l’image qu’elle donne d’elle à l’étranger et aux étrangers. À Berlin, elle tend particulièrement la main aux migrants. Encore faut-il qu’ils sachent ou qu’ils veuillent la saisir…
Dans plus de trente quartiers, la ville de Berlin participe de manière massive au programme de la « ville sociale », lancé dans tout le pays en 1999. Financé par l’Union européenne, l’État fédéral, les Länder et les communes, il vise à améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers dits « défavorisés » et à enrayer les phénomènes de ségrégation socio-spatiale. Ces quartiers sont définis selon des critères précis : taux de chômage, taux de réussite scolaire, taux de criminalité, pourcentage de population étrangère et d’origine étrangère, état de l’espace public, nombre de logements sociaux, etc. Le programme de la « ville sociale » permet la mise en place d’un système de management local et l’élaboration de stratégies globales pour le développement intégratif des quartiers. Des cellules de coordination sous la forme de bureaux de management de quartier ont été implantées. En théorie, elles impliquent tous les habitants du quartier, ainsi que tous les acteurs de la vie locale (les commerçants, les autorités religieuses, les écoles, la police). Leur rôle est de tisser une dynamique sociale de coopération et de participation et de créer une communication transversale.
J’ai été manager de quartier pendant cinq ans (entre 2002 et 2006) à Neukölln, dans le quartier de Rollberg. Celui-ci est dominé par des familles turques, kurdes et palestino-libanaises. J’ai très vite compris que la résolution de nombreux problèmes passe par la difficile et lente augmentation du niveau d’instruction des familles. Dans ce domaine, il n’y a que peu de soutien concret à attendre des mosquées qui instrumentalisent hélas souvent la religion au profit d’intérêts politiques et du patriarcat machiste, ou de la classe moyenne turque ou arabe qui a déserté ces quartiers stigmatisés et ne veut plus en entendre parler. Il faut donc trouver autre chose. Clef de voûte pour l’avenir des enfants, l’école berlinoise, et surtout l’école primaire, est bien mal en point et a besoin d’être épaulée. J’ai donc développé, entre autres projets, un programme d’aide scolaire essentiellement animé par des bénévoles venant de tout Berlin. Le plus souvent, il s’agit de fournir aux enfants un interlocuteur, issu d’un univers autre que celui de leur quartier ou de leur famille, parlant correctement allemand. Mais il s’agit aussi de leur apprendre à gérer le temps, à communiquer par téléphone ou par écrit, à respecter un rendez-vous, ce qui est primordial pour leur insertion sociale et professionnelle future. Leur donner une structure, c’est connecter ces enfants avec le monde qui les entoure. La problématique de la différence de temporalité entre les cultures est, à mon sens, fondamentale pour comprendre les phénomènes actuels d’exclusion sociale et de ce que l’on nomme plus généralement les difficultés « d’intégration ». Je suis intimement convaincu que nombre de problèmes de nos « zones sensibles », à Berlin ou ailleurs, ne peuvent être résolus que par des initiatives locales, inscrites dans la durée et s’appuyant sur un engagement citoyen et financier privé, large et pérenne. Ce constat m’a amené à créer la plate-forme d’engagement citoyen que je dirige encore aujourd’hui. Elle a pour but de promouvoir, pour le maximum d’enfants du quartier (nous avons maintenant cent dix enfants et soixante-dix bénévoles, hommes et femmes de tous âges et de tous milieux), l’instruction de base : lire, écrire et compter pour tous. Mais surtout, elle s’efforce de créer et d’implanter un nouveau savoir-vivre, un changement comportemental qui, sans renier aucunement les valeurs et les religions des uns et des autres, devrait faciliter considérablement le vivre-ensemble dans nos sociétés mosaïques et plurielles et éviter l’autostigmatisation. L’engagement citoyen en Allemagne est, d’après mes observations, beaucoup plus développé qu’en France. Il permet l’émergence de structures et de solutions locales comme la nôtre. Reste aux acteurs professionnels à acquérir la faculté de transcender leurs clivages politiques et idéologiques, et à accepter des coopérations plus souples et plus intenses entre la police, la justice, les écoles et les différents acteurs locaux. C’est dans ces quartiers à la démographie dynamique et au bas niveau d’instruction que va se jouer, j’en suis persuadé, l’avenir de Berlin.
- 1.
Titre d’un livre de Werner Hegemann, Das steinerne Berlin, 1930.
- 2.
Christian Prigent, Berlin, deux temps trois mouvements, Paris, Zelma, 1999.
- 3.
Film de Peter Weir de 1998 qui se veut une critique des reality shows, mais qui dénonce aussi les lotissements aseptisés et décontextualisés.