Crédit : Canva
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Un indicible espoir ?

Alors que des colons et des rabbins israéliens fanatiques sortent de notre humanité commune, Jacques Caroux se demande avec Michel Friedman comment reconstruire sa vie dans l’ombre d’une monstrueuse violence.


Apatride jusqu’à ses 18 ans, né de parents originaires de Pologne ayant survécu à la Shoah avec l’aide d’Oskar Schindler, arrivé en Allemagne à l’âge de 10 ans, l’écrivain Michel Friedman, dans Un indicible espoir, long texte-poème d’une grande force, pose la question de savoir comment construire sa vie dans l’ombre de cette indicible et monstrueuse violence faite à des humains (des sapiens sapiens que sont tous les humains de cette planète) que l’on caractérise négativement par leur religion.

« Fuir.
Courir
aussi vite que possible.
Craindre
pour sa propre vie.
Partir.
Nu.
Sauver sa propre vie.
Encore une fois.
Où donc aller ?
Encore une fois,
fuir.
Encore une fois1. »

Et maintenant, je pense aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Au nom d’un mythe, pris au pied de la lettre, devenu mortifère entre les mains des colons et de rabbins israéliens fanatiques et racistes, ces derniers semblent vouloir jouer la même partition que les nazis. Amos Oz avait déjà signalé cette dérive très clairement. Il parlait de la volonté explicitée et souhaitée par certains rabbins d’une « solution finale » pour les Palestiniens. L’horreur revient là où on ne l’attendait pas. Amos Oz, né dans le kibboutz de Houlda (חולדה), a été l’une des voix les plus critiques envers l’extrémisme religieux en Israël. Dans les années 1980 et 1990, il a dénoncé les discours de certains rabbins nationalistes qui, selon lui, légitimaient des actes violents contre les Palestiniens. Il a notamment qualifié, dans Ha’Aretz en mai 2014, ces extrémistes de « néo-nazis hébreux », soulignant que ces groupes bénéficiaient du soutien de nationalistes, de législateurs racistes et de rabbins leur fournissant une justification pseudo-religieuse.

En fait, depuis la victoire d’Israël, en 1967, on parle du petit Israël et du grand Israël, de territoires occupés et de territoires libérés. Dans le kibboutz Sarid (שריד) qui m’a accueilli en 1967 comme volontaire « goy » durant la guerre qui dura six jours, la conviction de mes proches était majoritairement qu’il fallait consolider le petit Israël. Mais cette opinion va devenir de plus en plus minoritaire. C’est le grand Israël et les « territoires libérés » (la terre « promise » dans son intégralité) qui ont gagné idéologiquement. Le drame que nous vivons actuellement, en Cisjordanie et à Gaza, va ainsi prendre toute son ampleur après la sinistre attaque (exécutions sommaires, prises d’otages, crimes de guerre, meurtres et emprisonnements injustifiés constituant des crimes contre l’humanité) commise par le Hamas le 7 octobre 2023. La réponse d’Israël, de Netanyahou et de son équipe de colons et de religieux ultraorthodoxes ira dans le sens du souhait des extrémistes qu’Amos Oz désignait comme « néo-nazis hébreux » : des pogromes en Cisjordanie (avant son annexion programmée) et la tentative d’une solution finale qui se déploie à Gaza. Dans son essai Comment guérir un fanatique, publié en 2006, Oz explorait les racines du fanatisme et plaidait pour la compréhension mutuelle et le compromis2. Bel essai humaniste, mais nous n’en sommes plus là, et la victoire idéologique et politico-administrative des « néo-nazis hébreux » ruine tout autant les espoirs des Palestiniens que l’avenir, qui aurait pu être potentiellement paisible, d’Israël.

Il y aura certes un lendemain, après le déchaînement de ces violences inhumaines, mais j’ai du mal à en discerner les contours. Ce qui me préoccupe, ici et maintenant, est que si le Hamas est sorti une fois de plus de l’humanité et, cette fois, de façon encore plus radicale le 7 octobre 2023, cela ne peut conduire à condamner l’ensemble du peuple palestinien. Netanyahou et ses séides (colons et religieux ultraorthodoxes, manipulateurs d’un mythe de fondation légitimant pour eux les crimes contre l’humanité commis par l’armée israélienne) suivent la même voie et sortent tout autant de notre humanité commune, mais cela ne peut conduire à condamner l’ensemble du peuple israélien ni, bien sûr, ceux qui ont hérité d’une des formes de la culture juive et de la religion juive, mais à coup sûr le pilotage actuel de la nation israélienne ne peut que leur porter préjudice.

Comment reconstruire sa vie dans l’ombre d’une indicible et monstrueuse violence ?

Je reviens à la question initiale qui se pose à la suite de la lecture du texte, à portée universelle, de Michel Friedman : comment reconstruire sa vie dans l’ombre d’une indicible et monstrueuse violence faite à des humains – et nous sommes tous de la même espèce ? La question vaut pour ceux qui ont subi cette violence, pour ceux qui en ont été les acteurs, et aussi pour ceux qui, peu ou prou, en se détournant et en fermant les yeux, en ont été les complices.

« L’enfant essaie
encore et encore,
lui-même ne sait pas pourquoi.
Il ne veut pas abandonner,
il ne veut pas céder.
Il ne veut pas laisser le dernier mot
aux exclus
et à ceux qui excluent3. »

  • 1. Michel Friedman, Un indicible espoir, trad. Aloïse Denis, Paris, Calmann-Lévy, 2025, p. 6.
  • 2. Amos Oz, Comment guérir un fanatique, trad. Sylvie Cohen, Paris, Gallimard, coll. « Arcades », 2006.
  • 3. M. Friedman, Un indicible espoir, op. cit., p. 96.