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Machiavel rencontrant César Borgia à Imola par Federico Faruffini (1864), Château Visconti, Pavie.
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Gouvernementalités

La gestion de la crise sanitaire donne un exemple édifiant de ce que Michel Foucault appelait la gouvernementalité, autrement dit l’exercice d’un pouvoir qui cible essentiellement les populations. Il est à craindre que ce pouvoir verse dans l’autoritarisme, s’il perd de vue l’intérêt collectif et s’en remet aux experts.

Michel Foucault définit la gouvernementalité comme la façon de gouverner une population. Il s’agit d’identifier les grandes lois statistiques de comportement, et de réglementer, tarifer, interdire, de façon que le résultat des actions « libres » de chacun conduise à réaliser les objectifs du gouvernement. Comme pour l’économie du bien-être (welfare), le cadre naturel de la gouvernementalité est celui du libéralisme, et Foucault associe le développement du néolibéralisme à cette logique de la gouvernementalité. La question démocratique nécessite alors une articulation entre gouvernants et gouvernés qui n’est simple ni à penser ni à mettre en œuvre, comme le soulignent certains débats contemporains. Après avoir étudié le cas exemplaire que constitue la pandémie actuelle, nous nous interrogeons sur la réconciliation possible de l’idée de gouvernementalité avec celle de démocratie.

Du pastorat à la pandémie

Foucault nomme « gouvernementalité » une certaine logique de gouvernement, à comprendre comme « l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, analyses et réflexions, les calculs et les tactiques qui permettent d’exercer cette forme bien spécifique, quoique très complexe, de pouvoir qui a pour cible principale la population1  ». La gouvernementalité est pour lui une évolution historique du pastorat. L’Église chrétienne a travaillé et transformé

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Jean-Paul Nicolaï

Consultant indépendant et chercheur associé au Fonds Ricœur.

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L’essor sans précédent d’Internet et des nouvelles technologies de l’information a transformé en profondeur le rapport des citoyens à la participation civique. Si elle a permis des progrès incontestables, cette révolution numérique pose également des défis pour la préservation du débat en démocratie. Le bouleversement introduit par le numérique dans la délibération publique semble en effet remettre en cause les exigences traditionnellement associées au débat démocratique, comme l’égalité d’accès, le contrôle public des instances de modération, la fiabilité de l’information ou le pluralisme des courants d’expression. Quelles stratégies adopter pour faire face aux dérives qui touchent aujourd’hui le débat sur Internet ? Le dossier, coordonné par Romain Badouard et Charles Girard, examine la propagation des fausses nouvelles, la mobilisation de nouveaux publics, les pouvoirs de régulations privés et la déstabilisation des cadres juridiques. À lire aussi dans ce numéro : le naufrage moral de l’Église, qui sont les talibans ?, gouverner la pandémie et une rencontre avec Pierre Bergounioux.