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Prendre les droits de l'homme au sérieux

Alors que les « nouveaux philosophes » et les dissidents adoptaient la morale des droits de l’homme individuel, Claude Lefort, sur une base marxiste, propose une politique des droits de l’homme social. Mais les individus peuvent-ils opposer le droit à l’Etat si, comme le pense Marcel Gauchet, ils ne sont que les produits de ce dernier ?

La pensée politique de Claude Lefort naît à la suite du rapprochement éphémère de son mentor, Maurice Merleau-Ponty, avec le marxisme. Sa théorie sociale a de nombreux points communs avec le marxisme : une explication des fondements collectifs de l’autonomie personnelle, une philosophie de l’histoire et une théorie de la modernité. Au-delà des attaques plutôt superficielles à l’encontre de l’égoïsme, la critique marxiste la plus substantielle de la société bourgeoise et des droits issus de l’époque révolutionnaire portait sur l’ontologie sociale individualiste, que Marx considérait comme étant le fondement des droits politiques. La question de Lefort, comme celle des théories politiques anglo-américaines de l’époque, est donc de savoir comment «prendre les droits au sérieux». Ce faisant, c’est Marx et même le prétendu «postmodernisme» que Lefort prend au sérieux, tout comme le fera Marcel Gauchet, son étudiant rebelle.

Il n’y a pas d’homme intérieur

En se tournant vers la question des droits de l’homme, Lefort s’oppose également au moralisme et &agr

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Samuel Moyn

Professeur de droit d'histoire à l'Université de Yale, Samuel Moyn est notamment l'auteur de Human Rights and the Uses of History (Verso, 2014).

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.