Kanata - Épisode I - La Controverse | Répétitions novembre 2018 à la Cartoucherie | Photo Michèle Laurent
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Un dramaturge et un Iroquois à Paris

janv./févr. 2020

La défense du spectacle Kanata de Robert Lepage s'appuie sur le pouvoir universel de l'art, mais répète les préjugés des Lumières sur l'Indien et les violences de la colonisation. On peut lui opposer la reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples autochtones.

Le monde de l’art nord-américain a été ces dernières années le théâtre de plusieurs cas d’appropriation culturelle portant sur les cultures autochtones (Amérindiens, Inuits et Métis). Certains artistes ont été accusés de s’être inventés, parfois depuis des décennies, une fausse identité amérindienne (Jimmie Durham, Joseph Boyden) ; d’autres de présenter dans leurs œuvres les autochtones de manière irrespectueuse et offensante (Sam Durant, Dominic Gagnon, Stan Denniston) ; d’autres enfin de reproduire des œuvres en s’appropriant de manière fallacieuse les styles artistiques amérindiens (Sue Coleman, Amanda PL). L’affaire a pris une telle ampleur que le Conseil des arts du Canada, le principal pourvoyeur des aides publiques aux artistes, s’est senti obligé, au cours du mois de septembre 2017, d’émettre un ­communiqué mettant en garde contre l’appropriation culturelle, dans lequel il précisait que les artistes canadiens prétendant aux subsides publics et souhaitant faire référence aux cultures autochtones devaient désormais «démontrer qu’ils font preuve de respect et de considération véritables à l’égard des arts et de la

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Jean-Philippe Uzel

Professeur d'histoire de l'art à l'université du Québec à Montréal, il est notamment l'auteur de Pratiques professionnelles en arts visuels issues de l'autochtonie et de la diversité à Montréal (Conseil des arts de Montréal, 2018).

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.