Encadré : La campagne inédite de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy est en train de mener une campagne complètement originale. Sa stratégie est dictée par le contexte économique, qui lui est extrêmement défavorable. Avec 10% de chômeurs, quelles que soient les réformes effectuées par ailleurs, aucun chef de gouvernement des pays de l’Ocde n’a réussi à se faire réélire au cours des dernières années. Sur le plan symbolique, la dégradation du triple A français par l’agence Standard and Poor’s est un coup pour le gouvernement, tant elle fait surgir des images d’inéluctable déclin. À cela viennent s’ajouter la dette toujours en hausse, le déficit du commerce extérieur, toute une série de chiffres qui composent un tableau bien sombre, et pèsent lourdement sur les chances de réélection du président sortant.
En effet, celui-ci ne peut faire campagne sur son bilan : le chômage, la dette, le pouvoir d’achat occupent tout le champ politique, et ne laissent guère de place à l’éventuelle revendication de réformes « réussies » (l’université et les retraites, par exemple, du point de vue du gouvernement). Nicolas Sarkozy se trouve donc dos au mur, et n’a que deux solutions : soit il laisse agir le temps et prend ses distances, comme l’a fait Valéry Giscard d’Estaing en 1981, ce qui est une assurance de perdre, soit il risque le tout pour le tout, ce qu’il a décidé de faire, en se lançant dans une campagne inédite.
Cette campagne, qu’il est en train de construire, ne repose ni sur un bilan (qui ne peut être qu’occulté) ni sur un projet (qui apparaîtrait comme une illusion), mais sur la relance des réformes à quelques semaines de l’élection. En d’autres termes, plutôt que d’inclure ses idées dans un projet, le président a décidé de les mettre à exécution (ou du moins de lancer le débat) dans le temps qui lui reste. C’est pour cela qu’il a convoqué une session extraordinaire du Parlement à partir du 22 février, pour pouvoir faire adopter certains projets de loi, au moins en première lecture.
Cette stratégie est extrêmement risquée. Elle suppose de concevoir des réformes complexes en très peu de temps, au risque de se mettre son propre camp à dos : les députés Ump n’ont pas caché leur mécontentement devant la proposition de mettre en place la « Tva sociale », craignant – à juste titre – que leurs administrés n’y voient qu’une atteinte de plus à leur pouvoir d’achat.
Pourquoi l’adopter alors? Nicolas Sarkozy, par cette attitude, veut conforter son image de « capitaine courageux », qui fait les réformes dont la France a besoin, même si cela signifie œuvrer ainsi contre ses propres intérêts politiques et électoraux. Une autre raison est celle du rythme : en lançant une réforme par jour (à la Tva sociale a succédé le débat sur la réforme du temps de travail, puis celui sur l’autonomie des collèges et des lycées, etc.), Sarkozy opte pour la tactique de la « cible mouvante », qui empêche l’opposition de se cristalliser et l’oblige à rester sur la défensive. Ce rythme frénétique, qui plus est, est calqué sur le tempérament du président, caractérisé par son activisme et son volontarisme : il systématise ainsi le comportement adopté tout au long de son quinquennat. Et force est de constater que, face à cette stratégie originale, François Hollande semble être assez démuni…