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Charles Le Brun, « La Colère », pierre noire sur papier blanc, Paris, Grand Palais
Dans le même numéro

La colère du juste

mars/avril 2016

La colère, sentiment violent qui détruit l’amitié partagée, peut aussi signaler un défaut de justice. Elle devient alors l’auxiliaire d’une norme. Pour Platon et Aristote, la colère prête l’oreille à la raison et engage le citoyen dans la Cité.

On retient de l’Antiquité grecque une image ambiguë concernant le sentiment de colère, dont les philosophes pourraient être en partie responsables. La colère est une affection omniprésente dans l’imaginaire et les discours antiques, et Achille en est la figure privilégiée. L’Iliade, poème de la colère, est souvent lue à travers une histoire qui nous commanderait de maîtriser, sinon d’étouffer cette passion dangereuse, brutale et irrationnelle, et qui plus est antisociale1. De Platon à Sénèque, qui dans son De ira achève le réquisitoire contre le colérique, la pensée antique semble s’accommoder d’une condamnation de la colère au profit du jugement froid de la raison.

Cette image est pourtant un mirage ; loin de condamner unanimement les accès de colère d’un Achille, les philosophes s’efforcent d’en comprendre la nature, les ressorts, la nécessité, l’intérêt, et parfois même la « justesse ». Existe-t-il une juste colère ? Platon et Aristote n’hésitent pas à répondre à cette question paradoxale en faisant figurer la colère au tribunal : qu’il s’agisse de juger les crimes commis par colère, d’évaluer des punitions infligées par un juge ou un magistrat colérique, de susciter le sentiment de colère au cours des procès par des procédés rhétoriques ou encore de chercher les traces de raison dans les accès de colère, ces deux philo

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Olivier Renaut

Maître de conférences en philosophie, Université Paris Nanterre

Dans le même numéro

Pour son numéro double de mars-avril, la revue consacre le dossier central à la question des colères. Coordonné par Michaël Fœssel, cet ensemble original de textes pose le diagnostic de sociétés irascibles, met les exaspérations à l’épreuve de l’écriture et se fait la chambre d’écho d’une passion pour la justice. Également au sommaire de ce numéro, un article de l’historienne Natalie Zemon Davis sur Michel de Certeau, qui reste pour le pape François « le plus grand théologien pour aujourd’hui », ainsi que nos rubriques « À plusieurs voix », « Cultures » et « Librairie ».