Photo : Freddie Collins
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Le désirer toujours, ne l'aimer jamais

Si l’argent est désirable parce qu’il pacifie les rapports sociaux, il devient tragique dès lors qu’il réclame d’être aimé pour lui-même. La soif de l’or oublie le sang des pauvres et, dans le capitalisme financier, prend la figure d’une passion du calcul.

L’argent figure au premier rang de ces choses que l’on désire sans parvenir tout à fait à les aimer. À la honte qui se lit sur le visage du quémandeur de rue répond la mauvaise conscience de celui qui refuse de lui donner une pièce. Il serait tellement plus agréable d’être indifférent à la monnaie. Le «grand prince» a les poches trouées, il ne mégote jamais sur les pourboires. Feinte ou réelle, son indépendance à l’égard de l’argent le place dans la situation enviable de pouvoir se consacrer à des sentiments plus nobles. L’avantage symbolique va toujours à celui qui dépense sans compter. Au point que l’on oublie souvent que la condition pour jeter l’agent par les fenêtres est d’en avoir accumulé suffisamment.

Les efforts menés depuis plusieurs décennies pour nous réconcilier sentimentalement avec l’argent n’ont pas manqué. La promotion télévisuelle du «Capital», les rêves de millionnaires relayés par les plus hautes instances de l’État, l’idolâtrie de la réussite sociale ont normalisé le désir de s’enrichir au point de le

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Michaël Fœssel

Philosophe, il a présenté et commenté l'oeuvre de Paul Ricoeur (Anthologie Paul Ricoeur, avec Fabien Lamouche), a coordonné plusieurs numéros spéciaux de la revue, notamment en mars-avril 2012 "Où en sont les philosophes ?". Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit.  Il est notamment l'auteur de L'Équivoque du monde (CNRS Éditions, 2008), de La Privation de l'intime (Seuil, 2008), État de

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Le dossier estival de la revue Esprit, coordonné par Camille Riquier, fait l’hypothèse que le monde capitaliste a substitué l’argent à Dieu comme nouveau maître invisible. Parce que la soif de l’or oublie le sang des pauvres, la communauté de l’argent est fondée sur un abus de confiance. Les nouvelles monnaies changent-elles la donne ? Peut-on rendre l’argent visible et ainsi s’en rendre maître ?