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Encadré. Ce que disaient les murs

Les inscriptions de mai 68 relèvent-elles d’un même style ? Il est incongru de parler de « style » pour des productions si manifestement hostiles à tout ce qui s’apparente aux exigences de l’Université, ce qui sentirait le beau-parler à visée esthétique. Une identité plurielle se manifestera par des voies différentes. Des formules lapidaires jetées comme des défis : « plus d’examens », « fin de la Sorbonne ». Un écrivain exécuté en trois mots : « Plus jamais Claudel. » Aux antipodes de ce laconisme assassin, pas moins de onze participes sur les murs de la Sorbonne (« recensés, sarcellisés, matraqués, ramipantouflés », etc.) tancent un insupportable asservissement. L’imagination, parfois, travaille à moindre frais : on prend une phrase connue de tout le monde, on ajoute un mot ou on en change un. Le support ainsi travesti devient comme un paysage familier que l’on découvre sous un éclairage déconcertant. « Aimez-vous les uns sur les autres » et la morale traditionnelle vole en éclats. « Nous sommes tous des indésirables » dénonce un statut d’exclusion et en même temps le magnifie. « Millionnaires de tous pays unissez-vous, le vent tourne » annonce une apocalypse politique. Ce qu’il y a de plus flagrant dans cette aventure de fabricat

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