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Dans le même numéro

Sports d'élite et dopage de masse (entretien)

août/sept. 2010

#Divers

Malgré l’aura qui protège encore les grands champions, la banalisation du recours aux produits dopants, avec la diversification des produits, touche désormais directement les niveaux amateurs. Le dopage devient donc une question de santé publique, dont l’ancien président du conseil de prévention et de lutte contre le dopage détaille ici les enjeux. Quels acteurs sont vraiment engagés dans cette lutte, au-delà des déclarations de principe ?

Esprit – Comment définiriez-vous le dopage ?

Marc Sanson – Le dopage est une réalité difficile à cerner. Sa définition fait d’ailleurs encore débat. Globalement, elle désigne l’ensemble des substances et des procédés qui permettent d’améliorer ses aptitudes naturelles. Je m’en tiendrai, pour ma part, à la définition plus étroite établie en 2004 par le code mondial antidopage, selon laquelle une substance est considérée comme dopante si elle remplit au moins deux des trois critères suivants : si elle permet d’augmenter ses performances, si elle est nuisible à la santé ou si elle a des effets contraires à l’éthique du sport. Suivant cette définition, l’agence mondiale antidopage édite chaque année une liste officielle qui répertorie un peu plus de six cents substances dopantes.

Quelles sont les principales manifestations physiques du dopage ?

L’effet positif de ces substances sur les performances se traduit par un effet négatif sur la santé à moyen et long terme. Ce n’est pas parce que ces conséquences n’apparaissent pas immédiatement qu’elles n’existent pas. Les statistiques prouvent que le dopage a une incidence sur la durée de vie des athlètes. D’après des études récentes, les footballeurs américains auraient une durée de vie moyenne de 50 ans. Selon une autre étude, les cyclistes vainqueurs de grands Tours avant la Seconde Guerre mondiale avaient une durée de vie supérieure à la moyenne (autour de 77 ans), tandis qu’aujourd’hui c’est l’inverse.

Un usage diversifié et banalisé

En arrivant dans vos fonctions, comment avez-vous perçu le paysage face auquel vous vous êtes trouvé ?

Contrairement aux idées reçues, les sportifs professionnels ne sont pas les seuls touchés par le dopage. Un nombre significatif de sportifs amateurs ont recours à ces pratiques. Depuis 2005, en accord avec les organisateurs, le Cpld et l’agence qui lui a succédé ont mené une action de sensibilisation auprès des sportifs amateurs participant à des épreuves de masse telles que le marathon de Paris ou une étape du Tour Mondovélo : le test est organisé sur la base du volontariat et de l’anonymat ; près de 5% des tests se sont révélés positifs à des dérivés de morphine, au cannabis, aux amphétamines ou méthamphétamines. De même, si mes souvenirs sont exacts, selon une enquête réalisée il y a plusieurs années par le Journal du dimanche, 25% des cyclistes amateurs qui courent autour du bois de Boulogne avouaient prendre des compléments alimentaires sinon des produits dopants.

J’ajoute que le dopage peut commencer très tôt. Lors d’une étude réalisée dans les centres de formation sportive à la demande du Cpld, un nombre significatif des enfants interrogés ont déclaré être prêts à « se doper » pour obtenir de meilleurs résultats, pour lutter à armes égales avec leurs adversaires et pour céder, parfois, à la pression de leur famille et de leurs entraîneurs. Peu importe si le mot dopage englobait des substances ou des pratiques plus ou moins efficaces ou nocives mais je trouve cet état d’esprit inquiétant.

Enfin, il est important de souligner qu’aucun sport n’échappe au dopage. Même des sports comme le billard, le golf ou la pétanque présentent quelques cas chaque année. Il touche également les sports paralympiques ; certains athlètes handicapés n’hésitent pas à recourir à des traitements extrêmement douloureux pour exciter la moelle épinière et augmenter leur motricité le temps d’une épreuve. Le dopage animal est loin d’être absent dans les sports équestres (jumping, dressage, concours complet) : aux jeux Olympiques de Pékin en 2008, cinq chevaux ont ainsi été disqualifiés.

Le cyclisme, montré du doigt par les médias comme le haut lieu du dopage sportif, ne doit donc pas être accablé. Il semble, certes, plus touché que d’autres sports mais il est aussi le plus contrôlé : il représente à lui seul 20% des contrôles en France chaque année. La pratique du dopage dans le cyclisme a commencé très tôt, dès le début des années 1920, où, pour tenir sur des épreuves longues et éprouvantes (le Paris/Brest ou les « Six jours »), les cyclistes avaient recours à des produits dopants comme, par exemple, la strychnine (également utilisée pour augmenter les performances des chevaux de course). Cette tradition ancienne du dopage dans le cyclisme pourrait expliquer en partie l’ampleur actuelle du phénomène dans ce sport.

Avez-vous le sentiment que le dopage est devenu un problème de société ?

Le dopage est le révélateur des dérives de la société actuelle, régie par une philosophie de la performance et du résultat. L’univers sportif n’est plus ce refuge de la perfection, cet « essor passionnel susceptible d’aller du jeu à l’héroïsme » dans un monde désenchanté, comme le souhaitait Pierre de Coubertin au début du xxe siècle. Il est aux prises avec les lois du marché, au cœur d’enjeux financiers et politiques qui le dépassent. La notion de sport est donc traversée par cette tension irréductible entre l’idéal passé et la réalité présente, entre la promotion de valeurs humanistes (le dépassement de soi, la solidarité) et les attentes de la société de consommation.

Le sport est devenu un spectacle, un produit de divertissement de masse1. Les spectacles sportifs continuent certes à fournir des références exemplaires d’adresse et d’esprit d’équipe et contribuent à canaliser la violence et les passions populaires. Mais cette mise en scène a inévitablement des effets négatifs sur la pratique même du sport : le vedettariat et la recherche du spectaculaire ont supplanté l’éthique du dépassement de soi et de l’émulation saine. Il faut en permanence aller plus loin, repousser les limites même de l’humain, pour répondre aux attentes des spectateurs et « faire le show ». Aujourd’hui, par exemple, personne ne pourrait concevoir qu’un cent mètres soit couru en plus de dix secondes, alors qu’il y a moins de dix ans, il était encore regardé comme un exploit de passer sous les dix secondes. Cette conception du sport-spectacle, et les enjeux politiques, financiers et médiatiques qui se greffent sur lui, favorisent donc la pratique du dopage. L’acte sportif n’est plus gratuit ou pur ; il est toujours affaire de classements, d’argent, d’évaluation et d’audimat.

Outre les facteurs sociologiques que je viens d’évoquer, les progrès technologiques et scientifiques sont également en cause et contribuent à étendre le phénomène. D’une part, les produits utilisés sont de plus en plus sophistiqués et de plus en plus difficiles à détecter lors des contrôles. D’autre part, ces produits sont de plus en plus accessibles, notamment sur l’internet, ce qui explique que le dopage soit aussi présent chez les amateurs et les adolescents.

Agir sur tous les tableaux

Quelles mesures l’action publique a-t-elle mises en place pour lutter contre le dopage ?

Le Cpld, devenu l’Agence française de lutte contre le dopage (Afld) par la loi du 5 avril 2006 et ses décrets d’application dont le décret du 29 septembre 2006 concernant son organisation, ne peut se fixer pour objectif d’éradiquer complètement le dopage. Cette ambition serait d’autant plus irréaliste que le nombre de contrôles réalisés chaque année ne permet pas de rendre compte de l’étendue du phénomène : l’Afld réalise entre 8 et 10 000 contrôles par an sur les quelque 16 millions de licenciés français, tous sports confondus ; les 5% de contrôlés positifs (entre 3% et 7%, selon les années) sont donc loin de représenter l’ampleur du dopage en France. Le but de l’Afld, à mes yeux du moins, est surtout de canaliser le dopage et de faire en sorte qu’il ne se développe pas. Pour ce faire, l’Afld dispose de trois champs d’action : la discipline, la prévention et la recherche.

La discipline

L’Afld est une autorité publique indépendante. Elle dispose d’une compétence exhaustive sur les stratégies de contrôle et leurs mises en œuvre opérationnelles et gère l’unique laboratoire accrédité en France auprès de l’Agence mondiale antidopage (Ama). Elle est en charge de l’organisation des contrôles antidopages, de l’analyse des prélèvements, du suivi des procédures disciplinaires et de la délivrance, le cas échéant, d’autorisations d’usage de produits interdits à des fins thérapeutiques (Afld). La création de cette agence a sensiblement élargi les possibilités d’action de la lutte antidopage, dans la mesure où, auparavant, le Cpld n’était qu’une simple autorité administrative qui ne pouvait pas en particulier arrêter une stratégie des contrôles et les réaliser elle-même.

Cette appréciation doit toutefois être nuancée : l’Afld réalise relativement peu de contrôles par rapport au nombre de licenciés et d’épreuves et prononce seulement une soixantaine de sanctions par an. Elle compte surtout sur un effet dissuasif. Il y aurait donc un progrès à faire sur ce point. « Idéalement », il faudrait qu’au moins 10% des sportifs, professionnels et amateurs, soient contrôlés chaque année.

Les sportifs de haut niveau sont, bien sûr, contrôlés en priorité ; en 2008, par exemple, 309 des 323 sportifs français présélectionnés pour les JO de Pékin ont été contrôlés avant de partir. Les contrôles doivent être faits pendant les compétitions, mais également, et peut-être même plus particulièrement, hors compétition (actuellement les contrôles hors compétition ne représentent que 18% des contrôles réalisés sur les sportifs professionnels). En effet, les sportifs se « chargent » ou se « rechargent » hors compétition (lors de stages d’entraînement opportunément organisés dans des lieux éloignés et peu accessibles), si bien qu’au moment des contrôles en compétition, toute trace a disparu. Cela est d’autant plus important qu’aujourd’hui la fenêtre de détection des produits est extrêmement étroite tandis que leurs effets se prolongent dans le temps : la fenêtre de détection de l’Epo, par exemple, est aujourd’hui, sauf erreur de ma part, de moins de 48 heures.

Afin de faciliter les contrôles inopinés tout au long de l’année, l’Afld a mis en place un système de localisation des sportifs appartenant à un « groupe cible » car considérés comme les plus potentiellement exposés au risque de dopage : ils doivent en permanence, grâce à un logiciel, indiquer l’endroit où ils se trouvent et une plage horaire au cours de laquelle ils doivent être joignables.

Le système du passeport biologique a également été mis en place pour mieux surveiller l’état de santé des athlètes ; il constitue un carnet de santé électronique et individuel dans lequel sont consignés les profils sanguin et stéroïdien de l’athlète ainsi que tous les résultats des contrôles antidopages qu’il a subis. Cela permet aussi de détecter les manipulations du sang (en cas de transfusion autologue par exemple) et d’identifier les prises de stéroïdes exogènes (comme la testostérone). Bien que ces systèmes ne soient pas toujours bien acceptés par les sportifs, ils permettent un meilleur suivi et, partant, un meilleur contrôle.

Les sanctions disciplinaires prononcées par l’Afld sont souvent contestées. Elles doivent donc être motivées et étayées : un contrôle « positif » ne constitue pas en soi un motif de sanction, il faut démontrer que le règlement antidopage a été violé. Certains sportifs engagent même des procédures pénales lourdes pour obtenir une relaxe. D’autres naguère contournaient la sanction en concourant dans une discipline différente (par exemple un cycliste participait à un triathlon). Ce subterfuge n’est plus possible aujourd’hui : la sanction précise que le sportif condamné a interdiction de concourir dans sa discipline et dans toute autre discipline sportive que ce soit.

Le problème vient du fait que les sportifs ne se sentent pas coupables. Ils admettent le dopage comme un état de fait qui s’impose à eux et qui fait quasiment « partie du jeu ». On se rappelle la phrase tristement célèbre d’un coureur cycliste lors de l’affaire Festina en 1998, qui avouait s’être dopé « à l’insu de son plein gré ». Cela est tout à fait symptomatique de la dénaturation de la notion même de sport, dont j’ai parlé précédemment. Le défi de la lutte antidopage consiste à susciter une prise de conscience du problème, et, partant, une responsabilisation des parties concernées.

La prévention

L’action de prévention de l’Afld consiste à financer et organiser des campagnes d’information et de sensibilisation sur les dangers du dopage (distribution de plaquettes, diffusion de films, contrôles sans sanctions auprès des non-licenciés, etc.). Il est difficile de mesurer l’impact et l’efficacité qu’ont ces interventions mais elles n’en sont pas moins nécessaires. Il serait cependant judicieux de renforcer les actions de prévention auprès des jeunes qui suivent une formation sport-études en adaptant le message aux nouveaux supports numériques de communication (blogs, forums, réseaux sociaux sur l’internet).

En outre, la prévention devrait aussi passer par une réflexion plus approfondie sur les facteurs déclencheurs et aggravants du phénomène et, le cas échéant, par une réforme institutionnelle. À l’époque, j’avais par exemple proposé de modifier les critères d’attribution de subventions. Actuellement, le niveau de subvention d’un club est calculé par rapport à ses résultats ; plus ses résultats sont bons, plus il aura d’argent. Le système fournit donc une motivation supplémentaire de se doper. Pour enrayer cette tendance infernale, il serait préférable d’établir les niveaux de subvention par rapport au nombre de blessés (qui traduit, sauf malchance insigne, une pratique sportive excessive ou inappropriée) ou au nombre de dopés ou au nombre d’expulsés ; un club dans lequel il n’y aurait aucun contrôle positif ou dans lequel il y aurait peu de blessés, pour se limiter à notre sujet, toucherait une subvention plus importante, notamment de la commune, du département ou de la région d’implantation. À l’inverse, les clubs les plus touchés seraient contraints de mener en interne une politique de suivi médical et de prévention du dopage.

D’autres mesures concrètes peuvent être mises en œuvre. Prenons l’exemple du statut des médecins. Les médecins sportifs peuvent jouer un rôle déterminant dans la pratique ou la non-pratique du dopage (je mets à part le cas exceptionnel d’un médecin qui était à la fois contrôleur antidopage et prescripteur de produits dopants) : ils sont chargés de « mettre l’athlète en état de concourir » au besoin par n’importe quel moyen et subissent trop souvent des pressions considérables de l’entourage du sportif (famille, entraîneurs, club), voire du sportif lui-même, de la fédération et des partenaires financiers. Afin de contrôler l’action de ces médecins et de limiter les dérives thérapeutiques, l’Afld a créé une distinction entre les médecins de club, responsables des soins quotidiens du sportif à l’entraînement, et les médecins-experts accrédités par les fédérations qui jugent, en dernière instance, si le sportif est physiquement apte à concourir. En multipliant les intermédiaires, cette distinction permet en effet de maintenir un contrôle à l’intérieur même de la fédération et de mieux réguler la santé des athlètes.

La recherche

L’objectif principal de la recherche sur la détection des substances dopantes est de rattraper son retard et, si possible, d’anticiper les nouvelles découvertes en matière de dopage. Les dopeurs et les dopés ne manquent pas d’imagination pour échapper aux contrôles : les fenêtres de détection des produits sont de plus en plus courtes ; des produits masquants accélèrent ou retardent l’élimination des substances interdites et permettent d’avoir des contrôles faussement négatifs.

Les dopés utilisent également de plus en plus des produits qui modifient directement leurs paramètres hématologiques et sont, à ce titre, plus difficilement détectables. C’est notamment le cas de l’Epo. L’Epo, ou érythropoïétine, est une hormone naturelle sécrétée par les reins qui stimule la production de globules rouges dans la moelle osseuse. Un accroissement des globules rouges augmente la quantité d’oxygène que le sang peut transporter vers les muscles et retarde l’apparition de l’acide lactique, source de fatigue et de douleurs musculaires. Le gène de cette molécule a été identifié et cloné en 1985, permettant ainsi sa fabrication industrielle. Grâce à l’intégrité d’un entraîneur, qui apporta la molécule en question, le laboratoire de détection du dopage a pu établir un protocole de détection basé sur des matrices sanguines et urinaires. Celui-ci fut appliqué pour la première fois aux JO de Sydney en 2000. Depuis juin 2003, un test urinaire suffit pour contrôler l’Epo, ce qui rend les contrôles plus faciles.

La mise en place du système du passeport biologique permet de procéder par analyses différentielles : on regarde si le profil sanguin ou stéroïdien est normal ou s’il révèle une prise d’hormone exogène. On ne recherche pas directement la substance dopante, mais ses effets. Bien que ce procédé facilite la recherche sur la détection des produits dopants, ses résultats ne valent pas toujours comme preuve de dopage devant un comité disciplinaire.

Obstacles en série

Avez-vous rencontré des obstacles aux actions du Cpld ou avez-vous été déçu par le comportement de certaines instances ?

Pour préserver leur image et leurs sponsors, certaines fédérations entravent l’action de l’organe de contrôle : elles ne facilitent pas les contrôles réguliers et ne font pas état des sanctions prononcées. D’ailleurs, lorsque les organes disciplinaires d’une fédération nationale ne prononcent pas de sanctions dans les délais prévus par la loi (10 semaines en première instance et 4 mois en appel), pour des raisons de procédure ou parce qu’elles répugnent à prononcer une sanction, l’Afld est alors saisie d’office. Toutes les fédérations ne jouent pas le jeu ; certaines d’entre elles préfèrent prôner la « loi du silence » plutôt que de s’exposer à la réalité du problème et à ses conséquences. Pourtant, c’est justement au niveau des fédérations que l’action et la prévention antidopage auraient le plus d’impact. Il faudrait donc davantage les responsabiliser.

Les pouvoirs publics peuvent également constituer un obstacle à l’action de l’Afld au nom d’enjeux et d’intérêts politiques et économiques. Il est arrivé que des présidents de club soient informés (pour ne pas dire prévenus) que leur équipe allait être contrôlée. Certains responsables peuvent aussi exercer des pressions pour empêcher ou limiter les contrôles lors de telle ou telle compétition internationale. En effet, un contrôle trop drastique pourrait compromettre la candidature du pays, ou, lorsque l’événement est organisé en France, compromettre la venue de certaines vedettes.

Enfin, au niveau international, depuis le 10 novembre 1999, l’Agence mondiale antidopage (Ama) est chargée de promouvoir, coordonner et superviser la lutte contre le dopage dans le sport. Elle est également chargée d’harmoniser les règles liées au dopage pour tous les sports et pour tous les pays. Or tous les pays n’ont pas la même conception de la lutte antidopage. La France est bien plus exigeante en la matière que les pays anglo-saxons par exemple. Il ne faudrait pas que cette harmonisation constitue un nivellement par le bas. Sur ce point, je ne partage pas l’opinion générale, d’une part, sur la distinction perverse entre les produits interdits en compétition et hors compétition (cette dernière liste est plus restreinte) et, d’autre part, sur les autorisations d’usage thérapeutique qui sont la source d’excès. Néanmoins, on peut rappeler que l’Afld ne reste pas isolée et qu’elle conserve le rôle d’instance consultative auprès des organisations internationales. Il faut espérer que l’Union cycliste internationale (Uci) reprendra en 2011 sa collaboration avec l’Afld pour le Tour de France comme en 2009, après l’avoir cessée en 2010.

Que pourriez-vous proposer pour avancer dans la lutte antidopage ?

L’opinion publique est sensible aux problèmes sanitaires et désapprouve par principe le dopage sportif. Cependant, notre fascination pour l’exploit et notre culture du divertissement contribuent, au contraire, à le favoriser. Le dopage est avant tout un problème de société. Je pense qu’il serait judicieux d’impliquer financièrement toutes les parties concernées par le dopage : augmenter la licence de chaque sportif de 1 euro par exemple, de même le prix du billet pour les spectateurs ou reverser 1% des droits de retransmission d’événements sportifs à la lutte contre le dopage (et pas seulement l’une ou l’autre de ces mesures). Cela permettrait, d’une part, de responsabiliser et de sensibiliser les gens à cette question et, d’autre part, de dégager des fonds pour la recherche et la prévention antidopage.

Il faudrait aussi impliquer les laboratoires pharmaceutiques : mettre un marqueur dans chaque médicament permettrait de les détecter plus facilement lors des contrôles. En effet, 95% des substances utilisées pour le dopage sont des médicaments détournés de leur usage. Pour donner deux exemples, l’Epo est utilisée médicalement dans les cas d’insuffisance rénale chronique, dans les maladies hématologiques et dans certains cancers. La tacrine, médicament utilisé naguère dans le traitement de l’Alzheimer, a été détournée il y a un certain temps (puis abandonnée en raison de ses effets secondaires) par les pilotes de formule 1 et les golfeurs pour mémoriser les parcours.

En outre, il faudrait établir un plafond de pratique. Actuellement, un coureur cycliste peut courir jusqu’à 120 à 130 jours par an, un footballeur peut jouer jusqu’à 80 matchs par an, auxquels s’ajoutent les déplacements et l’entraînement, ce qui laisse peu de temps pour le repos. Il faudrait pouvoir surveiller et évaluer la fatigue physique des athlètes et adapter le calendrier des compétitions en conséquence. Certaines mesures ont déjà été prises dans ce sens : la saison cycliste s’arrête désormais du 1er novembre au 1er février. La lutte antidopage ne vise pas uniquement à mettre en place une politique répressive ; elle cherche avant tout à préserver la santé et l’intégrité physique des sportifs.

Enfin, j’aimerais que les médias participent à la lutte : en 2005, j’ai proposé à plusieurs journaux ou revues un article dans lequel je recensais (et ça ne s’est pas amélioré) sur une période de quelques mois l’emploi détourné dans les journaux du mot « doper » dans tous les secteurs, en dehors de la lutte antidopage : politique, économie, culture, éducation, communication, cuisine, tourisme, domaine social et santé, qualité de la vie et même le secteur sportif « pur ». Cette banalisation me consternait. Aucun journal n’a voulu prendre cet article, sous les prétextes les plus variés !

  • *.

    Marc Sanson a été président du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (Cpld) de 2003 à 2005.

  • 1.

    Georges Vigarello, Du jeu ancien au show sportif, la naissance d’un mythe, Paris, Textuel, 2002.