Fernand Dumont, photographié alors qu'il était lauréat du Grand prix de 1969 pour Le lieu de l’homme. Photo : Archives Ville de Montréal CUM006-3-2_06P003
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La mémoire en péril

L’inquiétude de Fernand Dumont

avril 2021

Nos sociétés contemporaines, prises dans une course au développement et à l’innovation, conçoivent spontanément leur devenir historique selon l’idée de progrès, au détriment d’un sens de la tradition pourtant indispensable à leur équilibre. Le philosophe Fernand Dumont a interrogé cet a priori collectif, en rappelant l’importance de la mémoire et d’un certain rapport au passé pour l’avenir de toute culture.

« Se préoccuper de l’avenir de la mémoire n’est pas un divertissement d’esthète ou d’intellectuel nostalgique, mais la volonté de garantir l’avenir de la liberté1. »

Figure éminente de la pensée québécoise, sociologue, philosophe, théologien et poète, Fernand Dumont (1927-1997) fut par-dessus tout un penseur universel, dont l’œuvre, malgré toutes les distinctions qu’elle a méritées, est loin d’avoir obtenu l’attention que commandaient sa profondeur et son originalité. En France, Fernand Dumont demeure très largement méconnu, malgré les quatre livres qu’il y a publiés, parmi la vingtaine qui jalonnent son parcours, dont Le Lieu de l’homme, paru en 1968, où il posait les assises de son audacieuse et pénétrante théorie de la culture comme « distance et mémoire »2. Avec l’article qui suit, je forme le souhait que le lecteur, qu’il soit théologien, philosophe, sociologue, historien ou simplement chercheur de sens, y trouve matière à mieux connaître l’œuvre d’un penseur qui, inspiré

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Serge Cantin

Professeur de philosophie à l’université du Québec, il est notamment l’auteur de La Distance et la mémoire (Presses de l’Université Laval, 2019).

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