L'affaire Lyhanna, du nom de cette jeune fille de onze ans retrouvée morte dans le Gers, a ouvert un débat enflammé sur les dysfonctionnements de la justice – et de la police judiciaire. Le principal suspect était déjà poursuivi dans plusieurs affaires concernant des violences sur des mineures, des procédures qui avaient même abouti à une demande de placement en garde à vue il y a moins d’un an, qui n’a finalement pas eu lieu. C’est donc moins la fermeté ou le laxisme de la justice qui sont ici en cause, que le traitement des plaintes et signalements, dont le nombre augmente inexorablement en matière de violences sexuelles, avec souvent peu d’effets. Manquements aux conséquences parfois tragiques, d'où l'émotion qui s’est exprimée dans les manifestations qui ont eu lieu cette semaine.
La réaction des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur de la douleur des victimes et de leurs proches. Les uns ciblent l’incurie du parquet, les autres le manque de moyens de l’institution judiciaire, flagrante dans le cas de la procureure de la République d’Auch, qui ne pouvait s’appuyer que sur deux substituts. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin et même le président de la République Emmanuel Macron ont repoussé toute responsabilité politique, se bornant à renvoyer à celle des juges. Il est certes devenu courant de cibler les magistrats dès qu’une affaire prend une telle ampleur médiatique. Mais c'est ignorer que partout, la justice craque. Et si on ne peut exclure d’emblée la possibilité d’erreurs individuelles, c’est bien un enjeu collectif que de trouver les moyens de répondre à cette demande croissante de justice.
De manière symptomatique, la politique pénale du gouvernement – à laquelle les parquetiers sont soumis bien que magistrats indépendants – demande de tout traiter comme une priorité : les violences sur les mineurs, les violences sexuelles, le trafic de stupéfiants, le terrorisme. Mais les injonctions ne suffisent pas ; et la réponse insatisfaisante à ces maux alimente en retour l'indignation et la colère, la violence des propos et les appels à la répression. On ne peut laisser croire que tous les suspects pourraient être neutralisés, comme on a l’a parfois entendu cette semaine, et la dureté des peines n’a jamais résolu la question structurelle de la prévention des crimes, de la gestion des plaintes ou de l’écoute des victimes. Pour autant, les attentes légitimes à l'égard de l'État doivent être entendues : la prise en charge des demandes de justice relève d’une promesse démocratique encore à réaliser.
La rédaction