Admir Buljubasic, survivant du génocide de Srebrenica, se recueille sur les tombes de ses proches au cimetière-mémorial à Potocari, Bosnie-Herzégovine.  Photo D.R.
Admir Buljubasic, survivant du génocide de Srebrenica, se recueille sur les tombes de ses proches au cimetière-mémorial à Potocari, Bosnie-Herzégovine. Photo D.R.

Génocide de Srebrenica : le témoignage d’un survivant, Admir Buljubasic

Trente ans après le génocide de Srebrenica au mois de juillet 1995, le silence persiste autour de ces évènements ayant coûté la vie à 8372 personnes. Ce podcast donne la parole au rescapé Admir Buljubasic, qui raconte la chute de l’enclave, sa fuite et la perte de sa famille. Son témoignage interroge la mémoire, la justice et le déni qui entourent encore cet épisode tragique de l'histoire.


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Ce témoignage a été enregistré dans le cadre du colloque « 30 ans après le génocide de Srebrenica : des jugements pour l’histoire », organisé les 1 & 2 juillet 2025 à la Mairie du XXe arrondissement à Paris.  

 

Assiégée depuis le début de la guerre en Bosnie-Herzégovine en 1992, l’enclave de Srebrenica, fut prise le 11 juillet 1995 par le général bosno-serbe Ratko Mladić, sous les yeux des soldats de l’ONU pourtant censés la protéger. Les jours suivants, tandis que l’expulsion forcée des femmes et enfants se mettait en place, tous les hommes et adolescents bosniaques valides aux mains des forces serbes étaient séparés du reste de la population et regroupés dans différents sites des environs pour être exécutés, faisant en quelques jours, 8 372 victimes.

L’été 2025 marquait les trente ans de ce crime, reconnu en tant que génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et la Cour internationale de justice. Depuis 2024, une « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide commis à Srebrenica » a été instaurée chaque 11 juillet par une résolution de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Mais le constat est plutôt que les guerres en ex-Yougoslavie et les crimes qui y ont été commis ont été largement oubliés, quand bien même ils annonçaient, à bien des égards, nombre de conflits contemporains.

En France, où ce désintérêt et ce refoulement perdurent toujours, le silence n’aura guère été contrecarré que par une poignée de documentaires, d’articles, par l’inauguration d’un monument commémoratif dédié aux victimes du génocide au cimetière parisien du Père-Lachaise, et par un colloque intitulé « 30 ans après le génocide de Srebrenica : des jugements pour l’histoire », co-organisé par la revue Esprit, l’université de Sarajevo, l’université de Paris Nanterre et l’association Solidarité internationale Bosnie-Herzégovine France. 

Des photographies de Fabrice Dekoninck y étaient exposées et de nombreux intervenants revinrent sur les faits, les procès, le déni négationniste et les conséquences de cette tragédie : François Crémieux, ancien Casque bleu en Bosnie-Herzégovine et ancien Président de l'Association Paris-Sarajevo-Europe, Olivier Py, dramaturge et auteur de la pièce Requiem pour Srebrenica, Florence Hartmann, journaliste et ancienne porte-parole de la procureur Carla Del Ponte, Sabina Subazic, réalisatrice et juriste de l’Université de Sarajevo, l’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe, l’historien et journaliste Emmanuel Laurentin, des chercheurs et universitaires : Elisabeth Anstet, Hamit Bozarslan, Anne-Laure Chaumette, Vincent Duclert, Muamer Džananović, Ninon Maillard, Jacques Rupnik, Mathieu Soula, Joël Hubrecht et Anne-Lorraine Bujon de la revue Esprit, Jacques Olivier David et Marija Baric de l’association Solidarité internationale Bosnie-Herzégovine-France.

Cette rencontre publique fut aussi  l’occasion d’entendre le témoignage d’Admir Buljubasic,  âgé de 16 ans en juillet 1995 et rescapé du génocide de Srebrenica. Il s’exprimait en bosnien, traduit en français par Marija Baric et Sabina Subazic.

Ce podcast restitue le témoignage d'Admir dans son intégralité. Il  y rend compte de la montée de la guerre, du siège de l’enclave, de la prise de la région par les forces nationalistes serbes, de la tentative de fuir la zone, du génocide dont il a réchappé mais qui a emporté une partie de sa famille.

En 2007, Admir, alors réfugié en Suède, a été appelé par l’Institut pour la recherche des disparus pour identifier les restes de son frère. Puis quelques années plus tard, en 2012-2014, pour celle de son père qui a été enterré en 2015 sur le site mémoriel de Potocari, rejoignant les 7 000 autres victimes qui ont été identifiées et enterrées, tandis que plus de 1000 autres victimes attestées sont toujours portées disparues. D’année en année, de nouvelles fosses communes sont découvertes, malgré l’obstruction persistante des gouvernements serbes. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a qualifié de crime de génocide les massacres de juillet 1995 et jugé en tout une vingtaine de responsables militaires et politiques pour ces évènements, dont l’ancien président de la Républika Serbska, Radovan Karadzic, et l’ancien général bosno-serbe Ratko Mladic, tous deux condamnés à la prison à perpétuité. Mais les plaies de la guerre sont loin d’être refermées. Face au risque de voir s’installer le négationisme, le travail de mémoire reste indispensable.

Joël Hubrecht - septembre 2025

L'esprit du temps

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