Tombes au mémorial de Srebrenica. Photo : Michael Büker, Wikimédia
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Pourquoi se souvenir de Srebrenica ?

L’absence de commémoration autour du massacre de Srebrenica cristallise le renoncement des démocraties occidentales à défendre le droit humanitaire international, vu aujourd’hui comme une contrainte et non plus comme un garde-fou. Il est pourtant essentiel d’entretenir cette mémoire afin de préserver les acquis douloureux du xxe siècle en matière de justice internationale.

Nous savons beaucoup sur Srebrenica grâce aux enquêtes menées par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY)1. Et c’est important car pendant des mois après ce massacre, alors que des milliers d’hommes et d’adolescents manquaient à l’appel, rares étaient ceux qui envisageaient leur élimination systématique. Je l’avais imaginé – pire, j’en avais la certitude. L’avoir évoqué à mes rédacteurs en chef au Monde, où je travaillais à l’époque, m’a valu réprimande et l’injonction de prendre des vacances sur-le-champ.

À La Haye, un enquêteur du nom de Jean-René Ruez, qui n’avait pas ma connaissance des Balkans contemporains et moins encore de l’est de la Bosnie – la région que j’ai le plus couverte pendant la guerre de purification ethnique en Bosnie –, savait, lui aussi, qu’il fallait aller sur place recueillir les témoignages des déportés qui arrivaient à Tuzla et établir ce qu’il était advenu des hommes de Srebrenica séparés de leur famille et faits prisonniers lors de la prise de l’enclave par le général Mladić le 11 juillet 1995.

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Florence Hartmann

Journaliste, elle a travaillé pour des Tribunaux pénaux internationaux, et publié Le Sang de la Realpolitik (Don Quichotte, 2015).

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