VERS UNE SOCIÉTÉ SOBRE ET DÉSIRABLE
Dans le sillage du Pacte écologique et des prises de position de la Fondation Nicolas Hulot (ce livre inaugure une collection liée à celle-ci) animée entre autres par Dominique Bourg et Alain Papaux, cet ouvrage collectif plaide pour une double décélération : celle de la création infinie de richesses (la croissance version Pib) et celle de consommation tout aussi infinie des ressources énergétiques, minérales et biotiques. La conviction qu'il faut procéder à cette double décélération débouche sur la proposition d'une société « sobre et désirable ». La sobriété est-elle susceptible de nous sortir de l'alternative habituelle de la croissance et de la décroissance ? Si l'ouvrage se demande au fil des séquences ce qu'est « être sobre » sur le plan urbain, écologique, commercial comme sur celui du développement des sciences et des techniques, il a surtout le mérite de s'interroger sur ce qu'il faut appeler la sobriété démocratique alors que les institutions démocratiques sont fragilisées par les pressions de la vitesse et de l'immédiateté. Les suggestions de Pierre Rosanvallon concernant une politique du temps long sont particulièrement stimulantes et ne sont pas sans rappeler des exigences formulées par Jacques Delors il y a deux décennies. (P. Rosanvallon propose quatre types de mesures ou d'institutions pour corriger le court terme : introduction de principes écologiques dans l'ordre constitutionnel ; renforcer et étendre la définition patrimoniale de l'État ; mettre en place une Académie du futur ; créer des formes publiques mobilisant la participation et l'attention des citoyens.) Il ne fait guère de doute qu'une remise à jour, un tantinet utopique, de notre relation au temps et à l'espace serait « constitutive » d'un contrat social et politique adapté au temps présent mondialisé.
O. M.
O. M.