Roman policier de Philibert Humm
Poussez la porte de n’importe quel caviste, demandez-lui un petit vin et il vous répondra qu’un petit vin, ça n’existe pas. Le vin, c’est un cépage, un terroir, une personne ; en un mot, c’est beaucoup de travail pour beaucoup de monde : ça ne peut pas être petit. En revanche, demandez-lui un vin de copains et il devrait se montrer plus coopératif. Un vin de copains, c’est un vin qui ne déçoit jamais, car il a pour seule ambition de créer un lien immédiat, de rapprocher les cœurs et de susciter la joie. Il est un lubrifiant social qui satisfait les sens mais dont la vocation est d’abord celle du partage1.
Philibert Humm ne fait pas de petits livres comme on ne fait pas de petits vins : il fait des livres de copains. Des livres qui rapprochent les cœurs, qui suscitent la joie et qui ne déçoivent pas. Après Roman fleuve (Équateurs, 2022) et Roman de gare (Équateurs, 2024), Philibert Humm récidive avec Roman policier, dans ce genre qui lui est propre des livres de copains qui consiste à partir à l’aventure entre amis, la fleur au fusil, en amateur mais sans grand danger, pour en rapporter un récit potache, humoristique, mordant, plein d’ironie sur lui-même, à mourir de rire sur bien des pages et empreint d’une liberté de ton parfois déconcertante. Les copains, ce sont tous ceux qu’il prend à parti dans un grand rire : ses compagnons d’aventure qui sont ses faire-valoir (ici, le comédien Vincent Dedienne) et ses lecteurs qu’il apostrophe et qu’il emporte avec lui.
L’auteur de Roman policier, d’ellipses en calembours et d’antanaclase en zeugmas, nous embarque donc au cœur d’une enquête des plus légères et des moins dramatiques. De quoi s’agit-il ? À Pau, depuis quelques années, un mystérieux délinquant fait disparaitre la lettre U des enseignes des commerces du centre-ville. Philibert Humm nous dit que « la France a peur », entre la montée des eaux, le retour de la taxe d’habitation, la dette abyssale, la disparition des « U ». Mais il n’est pas du genre à se débiner et il ira, lui, à Pau, enquêter sur le terrain et trouver le coupable et il y parviendra effectivement. Comme Roman fleuve était influencé par Jerome K. Jerome (l’auteur de Trois hommes dans un bateau en 1889), Roman policier est plein d’un humour décalé qui pourra faire penser à Pierre Daninos, avec lequel Philibert Humm partage le prix Interallié, et à Jean-Patrick Manchette, le roi du polar littéraire.
Roman policier sera-t-il primé ? Au fil des pages, Philibert Humm qui n’a peur de rien, fait de l’œil à pas moins de cinq jurys : ceux du prix des lecteurs des supermarchés U, du prix Goncourt, du prix Maison Rouge, du prix de Flore et du prix Paul-Jean Toulet. Sera-t-il pris au pied de la lettre ? Sans doute, si comme il l’écrit lui-même, « la fantaisie est invincible ».
- 1. Selon la définition du général Marc Paitier, chroniqueur à La Revue du vin de France, et auteur de La Mémoire du vin. Entre héritage et transmission, préface de Jacky Rigaud, Paris, Mareuil, 2019.