Socialisme et sociologie
Devant l’impuissance des politiques libérales à remédier au nationalisme xénophobe, ce livre, composé à quatre mains et de trois études, constitue un plaidoyer sociologique pour le socialisme. Pour les auteurs, contre l’individualisme libéral, la généalogie nationaliste et l’art anarchiste, la sociologie fait « prévaloir une perspective holiste, associée au refus de naturaliser l’ordre des sociétés, ainsi qu’à l’emploi des méthodes de recueil et d’analyse des données scientifiquement contrôlées par leurs pairs ». Comme l’émancipation socialiste passe pour chacun « par l’accès à un niveau de réflexion sur les normes, sur leur rationalité comme sur leur légitimité », elle requiert ainsi un effort intellectuel – « être pratiquement intéressé à la pensée » – qui s’enracine dans l’universalisation de l’accès à l’éducation. Pour que l’Europe cesse d’être un appareil bureaucratique qui impose la concurrence généralisée, et donc qu’elle ne cède pas à terme à la réaction nationaliste, la condition est « une rupture épistémologique » qui permette de penser l’Europe comme communauté de destin politique, en particulier pour les jeunes générations qui témoignent de fortes aspirations démocratiques : « Le destin de l’Europe est et ne peut être que socialiste. » C’est l’écologisme qui illustre le mieux ce point, mais il doit se comprendre comme socialisme en devenir politique, donc reposer sur une véritable politique d’éducation universelle.
Jonathan Chalier