Sociologie du risque
Voilà un petit ouvrage didactique qui est aussi un essai personnel, bien écrit, solidement documenté et résolument interdisciplinaire. Il est vrai que la notion de « risque » (« conséquence d’une situation, mais sous l’angle d’une menace, d’un dommage possible ») concerne tous les instants de la vie d’un individu comme toutes les activités d’une société. Ce travail, à la bibliographie particulièrement copieuse, traite successivement de « L’individu précaire : risque et quotidien » et de « La construction sociale du risque », avant de décrire « Les sociétés du risque », puis d’examiner « Les passions du risque ». Dans la première partie, il recense les diverses analyses du destin individuel et remarque : « La sécurité étouffe la découverte d’une existence toujours en partie dérobée et qui ne prend conscience de soi que dans l’échange parfois inattendu avec le monde. » Dans la seconde partie, après avoir rappelé les incendies (Londres en 1666) ou les tremblements de terre (Lisbonne en 1755), qui détruisent entièrement des villes, David Le Breton s’intéresse aux effets de l’industrialisation et reconnaît que « le risque est de plus en plus perçu comme une zone d’incertitude laissée par les techniques et les réglementations, un reste périlleux à contrôler, voire à civiliser ». Face aux catastrophes « naturelles », qui génèrent d’innombrables réfugiés climatiques, aux catastrophes industrielles, nucléaires, urbaines qui déciment des populations entières, les responsabilités semblent diverses, difficiles à circonscrire et plus encore à désigner, aussi considère-t-on indispensable de les prévenir. « Le principe de précaution, note David Le Breton, détache les activités scientifiques ou techniques de leur seule appréciation par leurs auteurs pour en faire également un motif de délibération sociale et politique, voire juridique quand il s’agit de définir de manière normative l’état de la recherche à un moment donné, pour évaluer par exemple des responsabilités après un accident ou un désastre sanitaire. » À ces multiples approches du risque, l’auteur en ajoute une autre plus délicate non seulement à analyser mais surtout à apprécier, la passion. En effet, le risque « écarté de la sphère collective comme menace, il en vient à jouir de l’attirance guettant toute action interdite, il appelle la transgression ». D’où, par exemple, les sports de l’extrême, la sexualité non protégée, la consommation de drogue, etc. Un court ouvrage qui fait intelligemment le point aussi bien sur les risques qui nous assaillent que sur ceux que certains recherchent…
T. P.