1914-1918. Françoise Dolto, veuve de guerre à sept ans, de Manon Pignot et Yann Potin
Née en 1908, Françoise Dolto est décédée en 1988. Pour le trentième anniversaire de sa mort, un journal s’est demandé ce qui restait d’elle à l’heure des sciences cognitives. Un jeune universitaire, sans doute féru de ces sciences, a réagi comme suit sur le réseau Facebook : « L’inculture scientifique de certains journalistes français est consternante. La psychanalyse freudienne et post-freudienne n’a pas plus de fondement empirique que la phrénologie, mais la “célèbre psychanalyste” fait toujours figure de héros subversif. Dans le monde entier, cela fait belle lurette que les élucubrations freudiennes sont passées au cimetière des idées. L’irréductible bêtise épistémique gauloise, pour paraphraser Goscinny et Uderzo… » Pauvre Françoise Dolto, rhabillée (avec Freud) pour l’hiver ! Ou pauvre jeune homme, imbu de sa supériorité « épistémique » ? A-t-il jamais lu une ligne de Dolto ? Le beau livre sur la Grande Guerre telle que l’a vécue la petite Françoise Marette, entre 6 et 10 ans, n’est pas pour lui. Abondamment illustré par toutes sortes de documents – lettres en fac-similé, photos, albums de famille, dessins… –, il raconte surtout les lettres envoyées pendant deux ans par la petite fille à son « fiancé », un oncle maternel tué sur le front en 1916 – ce qui fait d’elle « une veuve de guerre à sept ans ». Les auteurs font avec finesse, et vraisemblance, le lien entre cette expérience précoce d’un deuil intense, au cœur d’une enfance bourgeoise jusque-là préservée, et les intuitions « révolutionnaires » de Françoise Dolto en matière de psychanalyse d’enfants.