Notes de lecture

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Djihadisme : 
le retour du sacrifice, de Jacob Rogozinski

avril 2018

#Divers

Le titre dit la thèse d’un livre qui insiste sur les racines religieuses du djihadisme, tout en considérant la réactivation du sacrifice dans ­l’attentat-suicide comme une profonde perversion de la tradition sacrificielle en islam. Comme le judaïsme (aujourd’hui par la prière et l’étude) et le christianisme (dans l’eucharistie), ce dernier avait en effet « sublimé » la cruauté des sacrifices humains en immolant une victime animale une fois l’an. Les djihadistes de Daech, influencés par le penseur iranien Ali Shariati (assassiné en 1977 par la police du Shah), auraient au contraire totalement « désublimé » cette tradition pour revenir au sacrifice réel et à sa violence destructrice – car l’explosion du corps (impur) « en mille morceaux » est censée le réunifier dans le martyre, dans une unité supérieure. Défendue avec une logique et un savoir impressionnants par J. Rogozinski, avec de nombreuses considérations historiques, sociologiques, psychologiques, comparatives aussi (avec le judaïsme et le christianisme), la thèse séduit. Néanmoins, si on en apprend beaucoup sur l’anthropologie de l’islam, n’est-elle pas surdéterminée ici ? Elle accorde tout de même beaucoup à des djihadistes, dont « l’islam pour les nuls » appris sur Internet est avéré. Et elle s’oppose bien sûr, sans le dire (ou si peu), aux thèses, elles aussi fortement étayées, d’Olivier Roy sur le « nihilisme » des jeunes Européens qui ont rejoint Daech.

Desclée de Brouwer, 2017
259 p. 18 €

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur.   Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle...

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Comment se fait aujourd’hui le lien entre différentes classes d’âge ? Ce dossier coordonné par Marcel Hénaff montre que si, dans les sociétés traditionnelles, celles-ci se constituent dans une reconnaissance réciproque, dans les sociétés modernes, elles sont principalement marquées par le marché, qui engage une dette sans fin. Pourtant, la solidarité sociale entre générations reste possible au plan de la justice, à condition d’assumer la responsabilité d’une politique du futur. À lire aussi dans ce numéro : le conflit syrien vu du Liban, la rencontre entre Camus et Malraux et les sports du néolibéralisme.