Étienne Gilson. Une biographie intellectuelle et politique, de Florian Michel
Le nom d’Étienne Gilson (1884-1978) est aujourd’hui inconnu des jeunes générations philosophiques et ignoré de l’histoire culturelle. Professeur au Collège de France, académicien, auteur de multiples ouvrages d’histoire de la philosophie médiévale, très international, le philosophe chrétien Gilson s’engagea aussi dans divers combats politiques (au « centre » mais, contrairement à Jacques Maritain, il se montra plutôt critique de la démocratie chrétienne). Sa contribution – considérable – à la philosophie du Moyen Âge déborde de beaucoup le thomisme, mais il se peut que les thomistes du xxe siècle – plus d’un fut maurrassien et maréchaliste –, des positions religieuses assez conservatrices à la fin de sa vie (contre Teilhard de Chardin, contre les traductions de la nouvelle liturgie, contre les excès conciliaires) et une mise à distance générale de la philosophie chrétienne (qu’il a défendue) dans la seconde moitié du xxe siècle aient joué contre sa mémoire. Force est de constater aussi la quasi-absence de toute confrontation avec les philosophes d’après le « tournant de 1800 » : Kant, Hegel, Marx, Freud, Nietzsche, Heidegger, Merleau-Ponty, Sartre, etc. ne font pas partie de ses intérêts intellectuels. La biographie excellente que lui consacre l’historien Florian Michel répare néanmoins un oubli injustifié. Même s’il manque un chapitre spécifique sur l’œuvre, elle éclaire les nombreuses facettes d’un philosophe qui eut un grand rayonnement en France et à l’étranger, en particulier au Canada et aux États-Unis. Sont annexées des lettres significatives de Gilson à Maurice Blondel, Léon Brunschvicg, Henri Bergson, Paul Valéry, François Mauriac, Jules Romains et d’autres.
Jean-Louis Schlegel