La gauche à l'épreuve, de Jean-Pierre Le Goff
1968-2011
Avec acuité, l’auteur dissèque ce qui ne va pas, ou ne va plus, à gauche depuis la date symbolique de 1968 jusqu’au premier semestre 2011 (il est question à la première page de « l’affaire Dsk »). Une des raisons majeures de l’autodestruction de la gauche vient du contraste, du conflit plutôt, entre l’inscription dans une tradition de gauche économique et sociale réformiste et sa déstabilisation constante – allant jusqu’à la culpabilisation – par une extrême gauche radicale et marxisante. S’y greffe de surcroît un discours culturel moderniste ou postmoderniste qui ne cesse de s’aligner sur des thématiques libérales-libertaires, sans réflexion sur les conséquences sociales destructrices pour les individus et la société. La gauche a perdu ce faisant le « peuple de gauche », qui est allé voir ailleurs, au Front national par exemple. On acquiesce volontiers à beaucoup d’analyses impeccablement menées et convaincantes, surtout sur les rapports entre extrême gauche, gauche tout court, gauche culturelle – même si on ne distingue pas toujours superficialités médiatiques et débats de fond. Ce qui manque peut-être, ce sont les dilemmes de la gauche, en particulier socialiste, face aux réalités à affronter : les changements de la société, l’individualisme, le multiculturel, les prodromes de la mondialisation avec ses nouveaux problèmes économiques… Les réponses, polémiques, précèdent parfois les questions.
J.-L. S.