La Relève. Portraits d’une jeunesse de banlieue, de Claire Marin


Professeur de philosophie à Cergy dans une «  classe de proximité  »(des classes créées pour favoriser l’accès de jeunes des banlieues aux «  prépas  »des grandes écoles et des écoles de commerce), Claire Marin a devant elle des lycéens brillants, mais leur «  arrière-pays  »matériel, psychologique, familial et social n’en est pas moins difficile, compliqué, agité, douloureux. La force de cet ouvrage épatant, c’est le regard amical, compréhensif sans être jamais démagogique, capable aussi de changer, de la professeure sur ces élèves, filles et garçons qu’elle voit aussi hors de la classe, dans les trains et ailleurs. Ils vivent les conditions de la jeunesse et les questionnements de leur temps : divertissements, effets de modes, rituels, sexualisation des relations, mais aussi inquiétudes religieuses, incertitudes sur l’avenir professionnel, éclatements familiaux (des familles que certains, dans leur trajectoire de réussite, ont l’impression de trahir), sans oublier la pression de la vie dans des cités et des quartiers où trafics et contrôles policiers ne les épargnent pas. Claire Marin parle de chacune et chacun avec affection, justesse, bienveillance, sensibilité, sans cacher leurs limites. Son humanité ouvre en quelque sorte à leur humanité. La sociologie des banlieues et les statistiques font place à des visages et à des destins singuliers. Ils cessent d’être des «  jeunes de banlieue  »pour faire partie de notre monde commun.

 

Cerf, Actualité, 2018
242 p. 18 €