La Religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous, de Jean Birnbaum
Al-Qaïda, Daesh et les massacres effroyables du djihadisme ont déjà fait, aux yeux de beaucoup, de l’islam (et pas seulement de l’islamisme) le danger majeur contre l’identité de l’Occident. Mais que disent-ils de « nous », Occidentaux ? Dans ce livre qui prolonge Un silence religieux (Seuil, 2016), Jean Birnbaum estime qu’ils mettent le doigt sur nos faiblesses, nos lâchetés, notre vie de repus (des plaisirs matériels et spirituels, et surtout de nos libertés multiples) qui croient que tout nous est dû et que nous ne sommes comptables de rien. Le livre s’adresse une fois encore à la gauche, comme une sorte d’invite au courage pour défendre son héritage d’universalité, à devenir moins paralysée par le passé colonial et plus lucide sur le présent de l’islam, contre des royaumes et des républiques qui les utilisent à des fins peu vertueuses. Et aussi contre des discours, « chez nous », qui accablent notre universalisme européen et dénoncent les travaux sur les sociétés islamiques comme un orientalisme déplacé et arrogant. Birnbaum analyse avec acuité, et de manière subtile, des épisodes anciens et récents qui accusent nos démissions (je retiens particulièrement, dans la conclusion, son récit d’un colloque sur Derrida, en 2006 à Alger, et de sa récupération obscène par le pouvoir algérien). Mais il faut le reconnaître : l’opération d’élucidation demandée à la gauche se fait sur le fil du rasoir car, au nom de la lucidité justement, l’islam est lourdement instrumentalisé aujourd’hui à droite, au service de causes identitaires et autoritaires aux antipodes de valeurs universelles.
Jean-Louis Schlegel