Notes de lecture

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Le corps redressé, de Georges Vigarello

avril 2018

#Divers

L’intérêt de cette réédition d’un livre de 1978 tient en partie, comme l’auteur le souligne lui-même dans sa préface et sa postface, aux présupposés de méthode qui présidaient à son travail. D’un côté, la forte influence de Michel Foucault (et de Philippe Ariès) faisait voir dans les procédures de redressement une volonté de domination, d’emprise et de pouvoir sur les corps (en ce sens, il faut prendre ici le mot du sous-titre au sens fort du foucaldisme). Mais de l’autre côté, à partir des Lumières surtout, cette « passivité » devient aussi liberté active et volonté de redresser le corps en fonction de ses représentations propres, des sensations qu’il procure, de visées esthétiques, sportives ou autres, qui relèvent peut-être encore d’une volonté de pouvoir, mais désormais intériorisée et autrement orientée. Les deux aspects coexistent subtilement aujourd’hui : autonomie et liberté s’affirment plus que jamais, en même temps que l’intolérable, la dénonciation des souffrances psycho­logiques, de la menace extérieure sur les corps. Avec cette double facette déjà présente, le Corps redressé a été fondateur dans l’œuvre ultérieure, impressionnante, de son auteur.

Félin, 2018
446 p. 25 €

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur.   Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle...

Dans le même numéro

Comment se fait aujourd’hui le lien entre différentes classes d’âge ? Ce dossier coordonné par Marcel Hénaff montre que si, dans les sociétés traditionnelles, celles-ci se constituent dans une reconnaissance réciproque, dans les sociétés modernes, elles sont principalement marquées par le marché, qui engage une dette sans fin. Pourtant, la solidarité sociale entre générations reste possible au plan de la justice, à condition d’assumer la responsabilité d’une politique du futur. À lire aussi dans ce numéro : le conflit syrien vu du Liban, la rencontre entre Camus et Malraux et les sports du néolibéralisme.