Où va l’État ? Essai sur les nouvelles élites du pouvoir, de Pierre Birnbaum


Dans le gouvernement d’Édouard Philippe, les énarques membres des cabinets ministériels sont nombreux. Beaucoup sont aussi passés par Hecou l’Essec, et ont pantouflé quelque temps dans des entreprises privées, des banques, des «  boîtes de conseil  ». Ce modèle – du public au privé avant de revenir au public – est celui d’Emmanuel Macron lui-même (dont le passage par la banque Rotschild a été particulièrement stigmatisé, avec quelques clichés nauséabonds durant la campagne électorale et encore après). Plutôt issus du monde de l’économie, formés à la gestion et au management de l’entreprise, exposés plus facilement à la corruption à cause de leurs liens avec le monde des affaires, non sans connivences avec de grands médias, ces hauts fonctionnaires des toutes récentes décennies, taxés de «  nouvelle oligarchie  » par les populismes de tous bords, cultivent volontiers l’éloge simultané du libéralisme et de l’État providence. Chiffres à l’appui, P. Birnbaum montre qu’ils sont une minorité sortie de certaines filières, puissante certes par ses liens avec le pouvoir exécutif et le «  CAC 40  », pour faire court. Mais en France bien plus qu’ailleurs, la majorité d’entre eux, comme les hauts fonctionnaires qui restent à l’écart du privé, restent des serviteurs de l’État fidèles à l’intérêt général et au droit public protecteur.

 

Seuil, 2018
160 p. 18 €