Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou. Anatomie de l'âme russe, d'Antoine Arjakovski


Le titre est équivoque, car il pourrait faire penser à une redécouverte positive de l’«  âme russe  ». Or c’est l’inverse : au gré d’une croisière sur la Volga, l’auteur «  déconstruit  » une idéologie dangereuse, la mythologie de la «  sainte Russie  » qui a dominé l’histoire russe depuis cinq siècles, pervertissant la théologie orthodoxe (coupée de l’Évangile), la vie spirituelle des croyants et les liens entre l’Église et le pouvoir, marquant la préférence pour une Russie hors d’Europe, méprisant le droit des personnes, empêchant aujourd’hui la mémoire des crimes du passé et la repentance, instrumentalisant la mémoire de Soljenitsyne… Le nationalisme récent a redonné vie à cette idéologie, où l’Église orthodoxe se trouve de nouveau compromise, faute d’avoir tiré la leçon de la période stalinienne (dont elle se considère exclusivement victime). Cette Église, dont les autorités sont couvertes d’honneurs et d’avantages matériels par Vladimir Poutine, se trouve pourtant dans une extrême faiblesse de la pratique religieuse et de la vitalité spirituelle. Écrit au fil des rencontres et des souvenirs au cours d’une ­croisière, le livre est un peu décousu, mais passionnant sur des aspects peu vus du passé et du présent russes.

Salvator, 2018
192 p. 20 €