Les Arabes, leur destin et le nôtre.

Histoire d’une libération


Ce livre raconte la fin de l’Empire ottoman, de l’est à l’ouest de la Méditerranée, et avec elle, ce que fut et ce que reste le destin des Arabes. Un destin auquel « nous », les Occidentaux, avons été et restons mêlés, pour le meilleur et le pire, que nous le voulions ou non. Le récit de Jean-Pierre Filiu est passionnant, mais relativement factuel et événementiel, et le lecteur peut avoir un peu de mal à mémoriser noms et dates. En même temps, l’auteur ne se prive pas d’interpréter une histoire – encore une ! – marquée par une colonisation remplie de violences diverses (dont des mensonges éhontés et des promesses non tenues) et une décolonisation souvent peu glorieuse. Le rappel de ce qui s’est passé au Maghreb n’est sûrement pas inutile, mais le livre (qui commence avec l’expédition de Napoléon en Égypte en 1798, un événement qui aura un impact profond et durable) est plus intéressant sur une histoire du Proche-Orient que nous connaissons mal ou que nous avons largement oubliée – notamment pour la part que nous y avons prise (l’Angleterre plus que la France !). Une place importante est donnée à la Nahda, la « Renaissance arabe », l’équivalent des Lumières européennes, non seulement à ses aspects réformistes par rapport à l’islam, mais aussi aux tentatives de réformes, voire de révolutions et d’émancipation politiques qu’elle suscita dans de multiples pays. Les « révolutions arabes » récentes en font probablement résonner encore les échos lointains. Mais il faut le reconnaître : entre les deux faces – sombre et lumineuse – de l’histoire qu’il raconte, Filiu veut nous faire espérer l’avenir de la seconde. Il se pourrait que la mondialisation des récits de liberté et l’internet jouent un rôle décisif dans le futur, mais pour quelle démocratie ?

J.-L. S.

La Découverte, 2015
262 p. 14,50 €