LES FRONTIÈRES DU JIHAD


En s’appuyant sur les textes et l’histoire musulmane, cet ouvrage éclaire d’emblée l’esprit d’Al-Qaida qu’il définit par le triptyque subversif: takfir/hégire/jihad. « Le takfir, cet anathème jeté sur les faux musulmans justifie l’hégire (la fuite) vers la Médine des élus, cible d’application d’un jihad de purification interne et base de projection d’un jihad d’offensive externe. » Si le jihad exige un déplacement spatial (l’hégire du prophète à Médine en 622 en est la matrice) et une radicalisation spirituelle (ce qui signifie l’appel à la conversion et repose sur une coupure entre le croyant et l’incroyant), son caractère déterritorialisé, exacerbé à l’heure des nouvelles technologies et du cyberjihad, impose de retrouver des territoires. Et l’auteur de rappeler qu’Al-Qaida signifie « la base », et que la déterritorialisation va de pair avec des reterritorialisations. Après avoir analysé les jihads nationalistes (l’Afghanistan où sont intervenus la lutte à mort entre Massoud et le Jihad, les combats tchétchène, bosniaque, cachemiri), l’auteur s’arrête longuement sur la guerre civile en Irak, sur la « discorde » généralisée entre chiites et sunnites (la fitna autrefois passée au scalpel par Hichem Djaït) qui rapproche le jihad des lieux sacrés par excellence de La Mecque. « La plus grande vulnérabilité d’Al-Qaida est d’être à ce jour privée de “base”, ce qui contredit son propre intitulé. Le jihad global prolifère à l’état gazeux, mais ne peut se prévaloir d’aucune “base” géographique, ethnique ou tribale, malgré tous ses efforts pour enrégimenter sous sa bannière les pachtounes afghans, les sunnites irakiens ou les élus du rêve saoudien. » Si le cyberjihad accentue le caractère dé-territorialisé du jihad contemporain, le jihad n’en est pas moins à la recherche d’un jihadistan, d’où ses déplacements géographiques successifs, pour relancer sa dynamique subversive en contrant à chaque fois des jihads nationalistes.
O. M.
Fayard, 2006
372 p. 20 €