Les Événements
Jean Rolin excelle dans deux genres littéraires qui, s’ils sont contrastés, ne sont pas antagonistes : les récits de voyage et les reportages de guerre. Il a parcouru la France du périphérique parisien comme il a suivi le cours des fleuves de l’Hexagone (voir la réédition de Chemins d’eau, qui date de 1980, en 2013) et il a arpenté les Balkans dans les pires moments. Bref, il peut marcher calmement… au milieu de la violence guerrière et de l’horreur. C’est pourquoi les Événements ne surprennent pas : le narrateur part du boulevard de Sébastopol, passe par la porte d’Orléans et la Vache noire à Arcueil avant de descendre plein sud jusqu’à Port-de-Bouc à travers le Massif central. Mais la France qu’il sillonne est la proie d’une guerre civile entre les miliciens du Parti des unitaires – appelés les Zuzus – et ceux du Hezb (un parti islamiste modéré) que la Finuf (Force d’interposition des Nations unies) cherche à contenir. Rolin a projeté sur la carte de France la Yougoslavie d’hier ou le Moyen-Orient d’aujourd’hui et il s’y promène sur des routes secondaires en géographe itinérant. De ce voyage étrange il tire deux réflexions d’un réalisme cru sur la guerre : « Premièrement, que le cœur de celle-ci […] peut être envisagé comme un certain volume d’air à l’intérieur duquel des morceaux de métal variables volent en tous sens à la recherche de chairs à déchiqueter et d’os à rompre. Deuxièmement, que l’activité humaine se poursuit, ou reprend, presque comme si de rien n’était. » Cet étrange récit qui oscille entre la cruauté, l’humour et l’indifférence n’a guère attiré l’attention après les événements de janvier 2015. Ce mélange de réel et de fiction est-il si insupportable ?
O. M.