Ormuz
Le dernier Jean Rolin, dira-t-on ! Que ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de lire un Jean Rolin – la Clôture, Terminal frigo, l’Explosion de la durite… – profitent d’Ormuz. On y trouve tous les ingrédients d’un Rolin. C’est un livre de géographe qui traque les espaces en marin (métier qui fut le sien) : avec ce texte, on ne parcourt plus les ports de l’Atlantique, on passe d’un émirat à l’autre (une rapide description de Dubaï où il s’installe dans un hôtel vaut tous les textes critiques de cette urbanisation délirante) tout au long du détroit d’Ormuz, en empruntant de petits esquifs et des bateaux semi-clandestins qui se glissent entre navires de guerre américains ou iraniens et pétroliers qui se croisent de la mer d’Arabie au golfe Persique. C’est aussi un livre hautement politique et donc hautement explosif : Rolin aime les zones de tension, là où tout risque de finir par une bombe et de partir en fumée. C’est enfin un livre plein d’humour et souvent drôle, un ouvrage où le document et la fiction s’entrechoquent. L’écrivain/géographe/enquêteur suit à la trace (c’est du moins ce qu’il fait croire) un dénommé Wax, qui a décidé de traverser à la nage le détroit pour rejoindre l’Iran. Une décision où il faut voir une volonté d’accalmie, une mission de paix, mais on ne sait plus trop à la fin si Wax est un double de l’écrivain. En tout cas, il semblerait qu’il se noie dans le détroit. Faire la paix dans le détroit d’Ormuz ! Une folie, la noyade assurée… mais aussi une gageure d’écrivain.
O. M.