UN CHIEN MORT APRÈS LUI


 


Jean Rolin voyage tout le temps, il aime les bateaux, il marche à pied dans les villes, il traîne dans des ports pour décrire dans le détail les nouveaux containers et, dans son précédent ouvrage, il livrait une voiture dans un pays africain… Mais ce voyageur/écrivain impénitent n’en finit pas de s’arrêter dans des trous noirs, des creux, des terrains vagues, des zones, des espaces non bâtis et non habités qui ne sont pas des no man’s land mais des « non-lieux » où le monde est comme en voie de disparition. Dans cet ouvrage, il continue son tour du monde (Liban, Égypte, Moscou, Turkménistan, Santiago du Chili, Mexico…) mais pour rencontrer des chiens errants cette fois-ci. Au-delà du débat sanitaire (faut-il les stériliser ou les tuer ?), son projet est de les suivre à la trace et de traquer ceux qui sont leurs compagnons provisoires (cireurs de chaussures, marchands ambulants, enfants abandonnés, tous ceux qui n’habitent nulle part et se font traiter comme des chiens). Jean Rolin cristallise autour de ces chiens « de vie et de mort » du monde entier sa fascination pour les espaces de l’errance. Écrivain de la mondialisation, très mobile, il scrute ces non-lieux que l’on trouve partout pour mieux comprendre jusqu’où l’humain et l’inhumain résistent l’un à l’autre, se croisent et interfèrent. On est ici dans un paysage guerrier où on ne se fait pas la guerre. Paysage de guerre « avant » ou « après » la bataille ? Qui sait ? Seule l’écriture de Rolin recrée un monde à travers des espaces impossibles.

 

O. M.

P.O.L., 2009
352 p. 20 €