LA PRIVATION DE L’INTIME
Sommes-nous en train de perdre le sens du partage entre ce qui relève du public et ce qui doit rester du domaine privé ? La surexposition médiatique de la vie privée (avec, par exemple en France, le phénomène de la « pipolisation ») le laisse penser. Mais est-ce le bon diagnostic ? Faut-il y voir la perte du sens civique et de la noblesse de la chose publique ? Ce serait aller trop vite et négliger l’analyse de ce qu’on entend par sphère privée. La transgression n’est-elle pas ailleurs, en particulier dans la perte de signification de l’intimité ? Il faut en effet introduire un troisième terme pour ne pas s’enfermer dans l’opposition schématique du public et du privé. Dès lors, il ne s’agit pas de renforcer l’interprétation d’un nouveau seuil de dépolitisation de nos sociétés individualistes et narcissiques. Michaël Fœssel défend plutôt l’idée que la privatisation des comportements se fait aussi au détriment de l’intimité, si l’on entend par là une manière de se mettre en retrait du monde des échanges. Ce faisant, il observe, reprenant Hegel, que l’intime et le politique méritent d’être défendus de concert : ils sont le lieu d’une expérience de la liberté et une manière de se reconnaître dans l’autre. Le livre nous invite finalement à mieux comprendre ce que devient l’intimité dans la démocratie, en cherchant à retrouver, au-delà de Rousseau et Tocqueville, une lecture de Stendhal qui savait mettre en intrigue l’amour et l’aspiration à la liberté.
M.-O. P.