La Vie liquide
Après la Vie en miettes, l’Amour, élément liquide, la Société assiégée, cette maison d’édition continue une œuvre fort utile et louable en traduisant les textes du sociologue et philosophe Zygmunt Bauman. Très souvent évoqué dans Esprit, celui-ci est l’un des meilleurs sociologues de la mondialisation. Ne se contentant pas d’une approche strictement économique, il insiste sur les transformations qui affectent de concert la réalité et l’imaginaire. En effet, au monde terrien et solide des États (Hobbes), la mondialisation contemporaine préfère un monde liquide, marin, aquatique, un monde où les hackers de l’informatique sont les nouveaux pirates, un monde plus horizontal que vertical où l’on flotte et où l’on peut se noyer, un monde dont la liquidité évoque à la fois l’argent (et ses excès) mais aussi des tempêtes possibles (ce qu’on appelle les crashs, en écho à l’aviation). Mais ce monde liquide a des conséquences sur les pratiques, à commencer par celles relatives à la consommation. Et il modifie les comportements d’individus fragilisés (car flottants et sans limites) et en demande de sécurité (d’où l’idée de libéral-autoritarisme avancée depuis longtemps par Bauman qui se distingue en cela des analyses en termes de contrôle de Deleuze et Foucault). Mais, chez Bauman, qui réactualise ici les pensées d’Adorno et d’Arendt dans le sillage desquelles il s’inscrit avec une grande originalité, l’amour a aussi un caractère liquide. C’est dire qu’il est une manière, privée et non pas publique et politique, de répondre à la liquidité économique contemporaine, et de ne pas se faire liquider.
O. M.
O. M.