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Les rapports historiques de l'Afrique et du monde arabe 1.

Exposé

juillet 2007

#Divers

Chaque année, depuis dix ans, le Professeur de langue arabe de l’École Normale Supérieure de Paris, Madame Houda Ayoub, et ses élèves organisent une Semaine Arabe. Une semaine l’an, l’ENS vit au rythme de la culture arabe, chaque après-midi une conférence est organisée, chaque soir, un film, un concert de musique, un repas, des contes, des lectures de poésie sont proposés au public. Le 19 mars 2004, l’ENS accueillait le Professeur Joseph Ki-Zerbo pour une conférence sur les rapports historiques de l’Afrique et du monde arabe. Le film de cette conférence est disponible en accès libre sur le site de Diffusion des Savoirs (http://www.diffusion.ens.fr/). Voici, ci-dessous sa retranscription.
Après une présentation succincte de l’œuvre d’historien et de l’action politique de Joesph Ki-Zerbo, Salim Abdelmadjid expliquait en ces termes la raison du thème de la conférence : « Pourquoi, Cher Professeur, vous avons-nous proposé ce thème ? Il y a deux jours, à la Sorbonne, pendant le colloque qui vous était consacré, et au cours duquel vous était remis le prix RFI-Témoin du monde pour À quand l’Afrique ?, je vous ai entendu dire : « l’Afrique a besoin d’une pensée stratégique globale ». Or il nous semble qu’en des temps difficiles et pour l’Afrique et pour le monde arabe, ces deux mondes peuvent constituer l’un pour l’autre une issue stratégique. En effet si comme vous le supposez, l’Afrique ne peut se libérer définitivement que dans le cadre de l’Unité Africaine, comment ne pas poser la question de l’identité africaine et de la politique africaine des pays d’Afrique du Nord ? Réciproquement, il semble aujourd’hui que les pays arabes peuvent avoir besoin de l’Afrique. A l’heure où Washington présente son projet d’un Grand Moyen-Orient, c’est-à-dire à l’heure où une colonisation systématique menace à nouveau le monde arabe, comment ne pas évoquer la possibilité d’une alliance stratégique avec un continent, l’Afrique, dont les États sont aujourd’hui soumis aux directives des institutions de Bretton Woods, un continent qui est si faiblement représenté dans les institutions internationales où la gouvernance du monde est décidée, avec un continent pour lequel la colonisation n’est pas non plus terminée ?
Il nous a semblé important de donner une perspective historique à ces problématiques actuelles. Et nous avons pensé à vous parce que même si vous affirmez n’être un spécialiste que de l’Afrique noire, vous avez souvent prouvé que vous étiez un ami du monde arabe. Dans vos travaux, on remarque toujours le souci de réfuter le préjugé tenace selon lequel il y aurait deux Afrique, une « Afrique blanche » et une « Afrique noire » qui seraient séparées par le Sahara. Ainsi dans l’avant-propos de l’Histoire de l’Afrique noire, vous écrivez : « le continent africain ne sera présenté dans son ensemble que lorsque sera faite l’étude systématique de la partie nord de l’Afrique ». D’ailleurs, et c’est tout un symbole, ce livre fondateur, vous l’achevez en 1969, vous l’achevez lors du festival panafricain sur la culture, et ce festival a lieu à Alger. Je voudrais ajouter une dernière chose. Cette année la semaine arabe a pour thème la jeunesse. Et bon sang vous y avez votre place ! Nous aimons à définir la jeunesse, autrement que comme une détermination biologique, par une volonté toujours réaffirmée de transformer le monde. Et cette volonté, à la lecture de vos écrits, en vous écoutant, cette volonté vous l’avez.
Avant de vous laisser la parole pour qu’elle s’exprime, je précise que nous avons souhaité avec vous-mêmes que cette conférence ne soit pas seulement académique, mais qu’elle puisse laisser la place à un vrai échange avec la salle. Cela étant dit, l’ENS et ses élèves sont honorés d’entendre et de faire écho à vos réflexions sur les rapports historiques entre l’Afrique et le monde arabe.
« Chers collègues, Chers amis,
Je suis très heureux de pouvoir m’adresser à vous aujourd’hui grâce à l’entremise de… j’allais dire de mon petit-fils, ici présent et d’autres qui ont téléphoné assidûment au Burkina Faso pour me tenter de venir ici. Je les remercie du fond du cœur. Les paroles qui viennent d’être prononcées me vont droit au cœur. C’est toujours une joie pour un grand-père de se reconnaître dans le regard de son petit-fils, et de montrer que l’histoire, comme on le disait au Moyen Âge européen, est maîtresse de vie. « Historia Magistra Vitae », l’histoire est maîtresse de vie. L’histoire c’est aussi le lieu, l’espace privilégié de la reproduction sociale. Comme il l’a dit, mon intention n’est pas de vous donner une leçon académique sur un sujet dont je serais le spécialiste, je ne suis pas spécialiste des relations entre l’Afrique et le monde arabe, mais j’ai pensé que pour moi-même c’était important de revenir à ce thème qui constitue peut-être un enjeu et un défi considérables, décisifs pour le monde d’aujourd’hui, dans la mondialisation que nous vivons, que la plupart d’entre nous
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