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La fierté ou la honte

La capacité d’endosser la responsabilité collective des crimes passés est devenue un critère de maturité. Aujourd’hui, le rejet des droits de l’homme s’accompagne d’une fierté sans honte. La perte d’un avenir commun nous condamne à un conflit entre politiques d’identité.

L’attitude envers les autres est l’un des problèmes fondamentaux de la société polonaise contemporaine. Il s’agit avant tout d’un problème éthique, mais celui-ci ne concerne pas seulement cette sphère. Ou plutôt, dans la mesure où le cadre éthique à l’intérieur duquel une société évolue détermine ses comportements de base dans de nombreux domaines pratiques, l’attitude envers les autres produit et produira un effet sur les choix concrets et sur la destinée de la société polonaise.

Il existe en Pologne un point de vue qui établit un lien direct entre l’attitude envers les réfugiés «indésirables» qui affluent aujourd’hui et les Juifs «indésirables» et souvent trahis au temps de la guerre. La plus connue à cet égard est la remarque de Jan T. Gross, selon laquelle l’absence d’un examen de conscience moral sur l’expérience de participation à l’extermination des Juifs détermine l’attitude d’une part significative de la société polonaise à l’égard des réfugiés, en particulier ceux venant de Syrie

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Andrzej Leder

Philosophe et psychanalyste, professeur à l’Académie polonaise des sciences, il est notamment l’auteur de La Révolution des somnambules. Exercices de logique historique (Krytyka Polityczna, 2015).

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Coordonné par Jean-Yves Potel, le dossier analyse le succès du gouvernement du Parti Droit et justice (PiS) en Pologne. Récupérant un mécontentement semblable à celui que l'on perçoit ailleurs en Europe, le régime s'appuie sur le discrédit des élites libérales et le rejet des étrangers pour promouvoir une souveraineté et une fierté nationale retrouvées. Il justifie ainsi un ensemble de mesures sociales mais aussi la mise au pas des journalistes et des juges, et une posture de défi vis à vis des institutions européennes, qu'il n'est pas pour autant question de quitter. À lire aussi dans ce numéro : les nouveaux cahiers de doléance en France, l’emprise du numérique, l’anniversaire de la révolution iranienne, l’antisémitisme sans fin et la pensée écologique.