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Smoleńsk, le pouvoir de la tragédie

L’accident d’avion de la délégation polonaise en 2010 a ébranlé la nation, qui s’engage depuis dans des commémorations quasi religieuses. Mais la concurrence des récits a surtout envenimé les débats, sapant la vérité au profit des théories du complot.

Rappelons brièvement ce qui s’est passé à Smoleńsk le samedi 10 avril 2010[1]. Ce jour-là, l’avion transportant le président de la Pologne Lech Kaczyński (frère jumeau de Jarosław) et une importante délégation polonaise s’écrase dans un brouillard épais à proximité de la ville russe de Smoleńsk. Non loin de là se dresse la forêt de Katyń, où, soixante-dix ans plus tôt, le NKVD a exécuté près de 22 000 officiers polonais, capturés dans la foulée de l’invasion de la Pologne par l’Armée rouge en 1939. L’accident se produit seulement trois jours après que Vladimir Poutine a invité les dirigeants de la Pologne à commémorer à ses côtés le massacre de Katyń, réalisant ainsi la promesse de Mikhail Gorbatchev de rompre avec un demi-siècle de déni de la part du régime soviétique. La cérémonie à Moscou s’est déroulée en présence du Premier ministre polonais, Donald Tusk ; le président Kaczyński, plus hostile à la Russie, n’a pas été invité et a pris l’initiative de solennités organisées par la Pologne sur les lieux mêmes, en présence des

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Aziliz Gouez

Diplômée de Sciences Po, de l'EHESS et de l'Université de Cambridge, Aziliz Gouez est docteur en anthropologie. Elle a été la plume du Président de la République d'Irlande Michael D. Higgins de 2013 à 2017 et est notamment chercheuse associée à l'Institut Jacques Delors.

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Coordonné par Jean-Yves Potel, le dossier analyse le succès du gouvernement du Parti Droit et justice (PiS) en Pologne. Récupérant un mécontentement semblable à celui que l'on perçoit ailleurs en Europe, le régime s'appuie sur le discrédit des élites libérales et le rejet des étrangers pour promouvoir une souveraineté et une fierté nationale retrouvées. Il justifie ainsi un ensemble de mesures sociales mais aussi la mise au pas des journalistes et des juges, et une posture de défi vis à vis des institutions européennes, qu'il n'est pas pour autant question de quitter. À lire aussi dans ce numéro : les nouveaux cahiers de doléance en France, l’emprise du numérique, l’anniversaire de la révolution iranienne, l’antisémitisme sans fin et la pensée écologique.