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Agir en Syrie, mais comment ?

par

Esprit

mars/avril 2013

En Syrie, la terreur s’installe dans la durée. Le régime violent de Bachar al-Assad n’a qu’une stratégie : rester au pouvoir, quitte à sacrifier son pays. À l’encontre de ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, il montre qu’il peut durer, parce que la rupture avec sa propre population ne le fragilise pas. Les premiers mois du soulèvement avaient montré, par les manifestations pacifiques, que le peuple syrien savait qu’il devait faire preuve de son unité contre le pouvoir. Mais celui-ci a précipité le pays dans le sang et accentué sa violence, car il a tout à gagner à la politique du pire : imposer l’image d’une guerre civile, jouer la carte des antagonismes confessionnels, maintenir vis-à-vis de l’extérieur la fiction qu’il existe un État syrien légitime, interlocuteur international avec lequel les diplomates continuent à négocier.

Le bilan de deux années de confrontation, déjà catastrophique, s’alourdit de jour en jour : de 2, 5 à 4, 5 millions de déplacés à l’intérieur du pays, au moins 700 000 à l’extérieur (en Jordanie, au Liban, en Turquie, en Irak), 70 000 morts, pour autant qu’on puisse les compter. Après les tirs sur la foule, les arrestations arbitraires et la torture qui répondaient aux manifestations de rue, la population civile se trouve exposée aux frappes aériennes contre les villes. Mais parler de « drame humanitaire » ne suffit pas : l’aide envoyée par les agences des Nations unies, arrivant dans les zones contrôlées par le régime et utilisée à discrétion, renforce la mainmise du pouvoir et ne parvient pas toujours aux populations fragilisées.

Depuis le début de l’insurrection, la communauté internationale a été accusée de paralysie et de faiblesse. Il est vrai que l’obstruction de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité, ainsi que l’aide militaire de l’Iran au régime d’Assad ne laissaient pas beaucoup de marges de manœuvre et que l’Onu s’est enfermée rapidement dans sa paralysie. La sphère diplomatique n’est pourtant pas restée inerte, les Amis de la Syrie – ensemble formé d’une centaine de pays arabes et occidentaux – reconnaissent la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution comme le seul représentant du peuple syrien et comme interlocuteur légitime. Indépendamment de ses difficultés avérées à s’organiser, la Coalition ne parvient pas à surmonter le décalage entre l’atroce réalité du combat au jour le jour et la bonne volonté de ceux qui sont à l’extérieur, décalage que la dégradation continue de la situation sur le terrain ne cesse de recréer. Malgré ses efforts, la Coalition ne peut pas structurer le mouvement de l’intérieur. La diplomatie internationale a aussi envoyé des messages clairs au régime de Bachar al-Assad sur la ligne rouge à ne pas franchir : l’usage des armes chimiques. Or elle semble avoir été franchie à Homs en décembre. Les pays occidentaux, la France en premier lieu, ne peuvent pas se déjuger sur cet engagement, ni rester passifs devant un désastre annoncé.

Une intervention directe des puissances occidentales n’est pas souhaitable, car elle affaiblirait la légitimité des insurgés, et n’est pas demandée par le peuple syrien. Puisque la « responsabilité de protéger » qui a prévalu en Libye est impossible à mettre en œuvre au Conseil de sécurité, il faut au moins permettre au soulèvement populaire de se défendre en apportant un soutien ciblé à l’Armée syrienne libre, qui représente la seule possibilité d’une victoire sans chaos. On protestera que ces armes risquent de tomber entre de mauvaises mains. Mais la réalité sur le terrain est que le déséquilibre des armes favorise aujourd’hui le face-à-face espéré par Bachar al-Assad entre un régime qui a le monopole de la force dans les airs et des réseaux islamistes organisés, efficaces, pourvus de moyens financiers et armés de l’extérieur, notamment le Front al-Nosra, dont la présence s’affirme et se développe. Nous pouvons encore éviter que la révolution civique syrienne ne se décompose en guerre de milices. Mais cela impose un soutien rapide et décidé en armes antiaériennes et antichars pour l’Armée syrienne libre afin de sécuriser populations et portions de territoire. L’embargo sur les livraisons d’armes décidé par l’Europe est aujourd’hui un contresens, car il livre la population sans défense à la violence d’un régime sans scrupule. Il favorise en outre chaque jour la radicalisation communautaire que la diplomatie prétend éviter. Le chaos est la dernière arme d’un régime condamné. Il s’imposera si nous ne réagissons pas.

20 février 2013

Esprit

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