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Dans le même numéro

Introduction

par

Esprit

juin 2009

#Divers

Si la crise financière a tourné les projecteurs vers l’évolution incontrôlée des outils financiers et la diffusion des risques à l’ensemble de l’économie, elle a aussi mis en lumière les défaillances de la théorie économique standard. Celle-ci n’a en effet rien vu venir (sauf à considérer, de très haut, que les bulles spéculatives, avec leurs cortèges de faillites et de déroutes, sont des mécanismes autocorrecteurs naturels et désira­bles !) et cultive même une représentation de l’action économique – à base de chiffres, de théorie des jeux et de prédominance des motivations monétaires – qui occulte de ses schémas de compréhension de larges pans de l’activité et des comportements des acteurs économiques.

Mais comment se défaire de cette représentation réductrice de l’homme économique, si dominante au-delà même de la discipline économique ? Comment rouvrir l’interrogation sur le monde des échanges et du travail ? Si nous prévoyons de publier à l’automne un dossier permettant de faire le point sur la crise « un an après », il nous a paru aussi indispensable de souligner la qualité de quelques livres (car il y en a beaucoup…), économiques ou non, parus cette année, éclairant, chacun à sa manière, les difficultés que nous traversons. C’est pourquoi nous avons invité quatre auteurs – Maya Beauvallet, Valérie Charolles, Jon Elster et Laurence Fontaine – à venir présenter leur travail à la revue (le 3 avril 2009) pour une discussion collective. Nous présentons dans ce dossier notre lecture de leurs travaux, ainsi que les réflexions que nous avons tirées de cette journée d’échanges.

Dominique Méda travaille depuis longtemps sur les indicateurs de richesse. Et sa réflexion, à la fois philosophique et économique, sur la manière de les élaborer et de les critiquer rejoint l’interrogation qui parcourt les autres textes : comment ne pas se laisser enfermer dans une lecture réductrice de la vie économique et comment défendre d’autres conceptions du bien-être individuel et collectif ? Ce qu’on choisit de mesurer, en suivant des considérations légitimes de méthode, finit par orienter nos conceptions de la prospérité, notre vision de la société et finalement nos projets d’avenir. Alors que les économistes Amartya Sen et Joseph Stiglitz doivent proposer bientôt au président de la République une réflexion qu’on espère ambitieuse sur la mesure de la croissance économique, Dominique Méda nous donne tous les éléments pour comprendre les tenants et aboutissants de ce débat.