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Dans le même numéro

Pourquoi un site internet ?

par

Esprit

juin 2006

#Divers

Depuis le mois dernier, Esprit a renouvelé son site internet (www.esprit.presse.fr), lancé dans sa première version en janvier 2002. Pourquoi un nouveau site ? Pour renforcer les acquis du précédent. Internet ne constitue pas un support supplémentaire ou rival de l’écrit mais plus exactement un outil pour construire une relation différente à l’écrit. Si nous proposons donc des textes inédits sur notre site, pour accompagner l’actualité dans un tempo différent de celui de la parution mensuelle, ou pour rendre compte de tout un travail rédactionnel qui n’apparaît pas toujours dans le produit fini de la revue imprimée, le site offre aussi des outils pour retrouver des références d’articles, mettre en perspective les textes, rapprocher des dossiers, donner une visibilité à la continuité du travail d’un mois sur l’autre et même d’une année sur l’autre. Il facilite aussi toutes les opérations d’achat de numéros et d’abonnement.

La nouvelle version de notre site permet ainsi de consulter l’ensemble des sommaires de la revue depuis son premier numéro (octobre 1932) grâce à un moteur de recherche fonctionnant à la fois sur les noms d’auteurs, les titres d’articles, les résumés et une série de mots clés indexant tous les articles depuis une vingtaine d’années. L’étape suivante, qui consistera dans la numérisation intégrale de tous les articles (un peu plus de 13 000) parus dans Esprit, pourra voir le jour sous la forme d’un cédérom d’ici quelques années. Car il ne suffit pas de proposer une masse documentaire, le défi rédactionnel est de permettre à un lecteur de s’orienter dans l’ensemble des textes et de circuler en suivant un auteur ou une thématique sur plusieurs années. Le risque des sites internet est de dissocier l’unité des revues et de ne rassembler qu’une collection d’articles présentés isolément les uns des autres, sans synergie. Les facilités procurées par l’informatique pour retrouver une information dans une collection comme celle d’Esprit doivent aider à se repérer dans la production et non à isoler des textes les uns des autres selon une logique de « morceaux choisis ».

Si le site internet peut renvoyer à notre histoire (en donnant accès à l’ensemble des références, en mettant en ligne des articles anciens, en présentant les auteurs qui ont marqué l’histoire de la revue…), il autorise aussi une pratique informée et parfois experte de la recherche d’information. Bien que l’informatique donne une large place à la recherche intuitive ou approximative d’information sur le réseau, cela ne signifie pas une moindre compétence des internautes qui recueillent de l’information. À plus forte raison, ne doit-on pas confondre la rapidité de l’accès à l’information avec une culture de l’immédiateté qui rendrait impossible la prise de distance de la réflexion. La complémentarité de l’écrit et de l’écran, incertaine au seuil des années 2000, apparaît désormais comme un pari raisonnable.

Le développement d’internet ne signifie pas une substitution au support papier mais une capacité à associer des médias différents – écrits, audio, vidéo – de les panacher en fonction des centres d’intérêt de l’internaute. La collecte d’information se fait à la carte, en contournant plus aisément la mise en forme prévue par les émetteurs traditionnels de contenu (information, création…). Cette individualisation de la consommation désagrège la position occupée par les médias. Elle conduit à une « désintermédiation », c’est-à-dire à une mise en relation directe du producteur de contenu et de son destinataire : les échanges de données (pair à pair) ou le blog, ce journal personnel tenu en ligne, illustrent à l’extrême la disparition des intermédiaires. Cependant, cette tendance à la « déprofessionnalisation » ne doit pas occulter l’autre versant du phénomène : si les médiateurs classiques sont bousculés, de nouveaux acteurs, en particulier ceux qui maîtrisent l’accès au réseau, gagnent une place stratégique. La concentration est l’envers de l’individualisation : le taux de fréquentation étant un critère majeur d’évaluation d’un site internet, la logique du hit parade est rivée à l’expression du libre choix. Dans ce contexte, la recherche d’informations vérifiées, de réflexions étayées, de prescripteurs fiables et d’intermédiaires indépendants sera d’autant plus précieuse que fragile.

La généralisation des usages d’internet n’est donc pas exempte de contradictions et c’est bien pourquoi le monde virtuel demeure ouvert à des propositions de mise en forme. Notre nouveau site est une proposition de ce genre tandis que la revue demeurera un lieu de médiation attentif, entre autres, aux mutations consécutives à la révolution numérique dans la presse, l’édition, l’industrie des contenus en général mais aussi dans les relations interpersonnelles, les formes de sociabilité et l’action politique.

Esprit