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Lumières « radicales » ou « modérées » : une lecture à partir de Spinoza (entretien)

août/sept. 2009

À la suite des travaux de Jonathan Israel, on a beaucoup débattu de l’existence d’un courant souterrain des Lumières, plus radical que celles du XVIIIe siècle, et qui trouve ses racines chez Spinoza. Associant matérialisme et rationalisme, les Lumières radicales se fondent sur une promotion inédite de la démocratie et une critique sans concession du théologique. Constituent-elles une alternative féconde aux Lumières « modérées » ?

Esprit – Dans ses travaux, amplement commentés depuis, Jonathan Israel distingue les « Lumières modérées » des « Lumières radicales1  ». La différence se fonde d’abord sur la périodisation : les Lumières radicales trouvant leur origine dès 1650, en particulier dans les écrits de Spinoza. En quoi Spinoza peut-il être considéré comme l’initiateur d’une rupture plus radicale que celle qui aura lieu au xviiie siècle ?

Laurent Bove – En lisant Jonathan Israel de près, on s’aperçoit que si Spinoza doit être effectivement considéré comme l’initiateur du mouvement des Lumières radicales, son rôle n’est cependant pas direct. C’est par la médiation d’un cercle d’écrivains amis (Van den Enden, les frères Koerbagh, Louis Meyer), cercle qui a sa propre autonomie et ses propres singularités, que va d’abord se diffuser le spinozisme. Or cette pensée, qui est aux commencements d’un courant qui sera, selon Israel, l’axe principal et clandestin des Lumières, n’exprime pas tout à fait la pensée de Spinoza lui-même… De plus, les textes de ces penseurs du premier cercle (dont le Bloemhof – un dictionnaire libertin d’inspiration spinoziste destiné à rendre compréhensible au plus grand nombre les notions essentielles des domaines principaux du savoir politique, juridique, théologique, et qui va conduire son auteur, Adriaan

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