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Michel de Certeau · DR
Michel de Certeau · DR
Dans le même numéro

Michel de Certeau et la culture

Un exact contemporain

En s’inspirant de la désacralisation de la culture suscitée par Mai 68 et de l’utopie Beaubourg, Michel de Certeau élabore une épistémologie plurielle de la culture. Les leçons qu’il tire de son époque demeurent d’une formidable actualité pour penser les enjeux contemporains.

Passeur, penseur, précurseur ? L’auteur de La Prise de parole semble toujours contemporain, à considérer la soif actuelle d’absolue autonomie. L’auteur de La Culture au pluriel demeure également profondément fécond pour fonder ce qu’il nommait une « épistémologie pluraliste de la culture ». D’où vient que la pensée de nos rapports à la culture se trouve encore si puissamment irriguée par ses contributions ?

Une actualité de Michel de Certeau tient à sa façon de penser les pratiques, les institutions et les politiques culturelles. Le parcours ici proposé en retrace quelques moments clés articulés à certaines figures et s’interroge sur les raisons de leur actualité. Si l’on accorde que le contemporain adhère à son temps tout en prenant distance avec celui-ci, Michel de Certeau se révèle un véritable contemporain. Mieux, l’exact contemporain, puisqu’il le fut de son propre temps, mais également, et de manière insoupçonnée, il demeure contemporain du nôtre par la parfaite actualité de sa pensée.

Mai 1968 et la désacralisation de la culture

Pour François Dosse, « l’entrée en modernité » de Michel de Certeau date de 19681. Il y déploie déjà une compréhension digne de l’écoute des textes, des événements, des styles d’une société à l’instar des plus grands anthropologues culturalistes. Il cherche à comprendre d’où la société tire « sa substance d’intelligence et de rêve ».

Malgré l’ampleur de la crise sociale et les aléas de la crise politique, les assemblées générales de la Sorbonne, l’occupation de l’Odéon, comme celle des lycées, les émissions sauvages de l’ORTF, comme les affiches fabriquées par les ateliers des Beaux-Arts, les graffitis sur les murs, l’agitation des foules, les voitures incendiées du Quartier latin, les mobilisations quotidiennes, enfin et surtout, dans les entreprises, dans les rues, dans les immeubles, le déchaînement des mots – « En mai dernier, on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 17892 » – constituent les espaces privilégiés de l’investissement de Mai 68, plus que les lieux de pouvoir politique comme l’Élysée ou le Palais-Bourbon. Tandis que les ateliers et les usines renouent avec le souvenir de juin 1936, d’autres espaces symboliques sont pris d’assaut : la Sorbonne, la Maison de la radio, le Théâtre de l’Odéon, lieux de culture. Quarante metteurs en scène se réunissent au Théâtre de la Cité et signent la Déclaration de Villeurbanne en juin 1968 ; Jean Vilar est attaqué en juillet durant le Festival d’Avignon – lieux et symboles de culture.

La fièvre de 1968 ne peut donc pas se réduire aux limites du conflit politique. Michel Winock estime ainsi qu’« aucune crise, depuis les soixante-douze jours de la Commune de Paris, n’avait eu à ce point la faculté de synchroniser tant de protestations distinctes, de saper les valeurs symboliques de la société entière, d’ébranler la chaîne des institutions les plus éloignées des centres de décision proprement politiques3 ». Avec une puissante ouverture d’esprit, Michel de Certeau consacre des analyses pénétrantes aux « événements » de Mai 68. Avec une rare acuité et lucidité, il comprend l’ébranlement social et politique dont il a immédiatement perçu les conséquences culturelles, dont la désacralisation de la culture.

La définition même de la culture s’élargit pour accéder à une acception plus anthropologique : le savoir et la culture ne se réduisent plus à leurs seules formes universitaires et savantes ; tout un chacun, y compris celui qui n’a aucun diplôme et n’a suivi aucune formation scolaire, possède un savoir et une culture. Sur le large champ de réflexions déployé par Michel de Certeau règne ainsi l’idée que nulle action politique ou culturelle ne peut naître d’une démission de la pensée ou se nourrir du mépris d’autrui. À l’instar des figures de passeurs et penseurs qu’il aimait mobiliser, ses engagements accompagnent donc les profondes mutations de la culture à l’épreuve d’événements tels que ceux de Mai 68.

Beaubourg et l’irruption des possibles

Une seconde entrée dans l’analyse de la culture et de ses institutions passe par sa participation à l’aventure du Centre Pompidou, inauguré le 31 janvier 1977. Michel de Certeau est en effet impliqué dans ce qu’il nomma l’utopie Beaubourg, au sein de la revue Traverses ou encore en se voyant confier en 1983 par Jean Maheu, alors son président, un rapport sur les activités du Centre Pompidou. Dix ans après l’ouverture, il y perçoit un nouveau Panopticon : « Le modèle initial du Centre Pompidou se référait à l’utopie d’un ensemble panoptique, mobile et totalisant, susceptible de surmonter les cloisonnements sociaux et techniques4. » Mais c’est bel et bien la désacralisation d’un lieu et la transformation des pratiques et des perceptions qu’elle induit qui doivent être ici soulignées, en écho à la question centrale des usages.

Cependant, Beaubourg possède un autre statut, plus insoupçonné : celui de révélateur d’un moment invisible bien que crucial dans l’histoire de la sociologie de la culture. Concomitamment aux années d’ouverture du Centre Pompidou, Pierre Bourdieu préparait la publication de La Distinction5. Mais les « enquêtes aux portes » du Centre Pompidou, immédiatement commandées à Bourdieu et son équipe, révèlent d’emblée la difficulté, voire l’impossibilité de soutenir la « loi sociale » de l’homologie entre goûts esthétiques et position occupée dans l’espace social. Les résultats nuancent en effet l’univocité d’une telle « loi », tant en termes de pluralités observées que de régularités expliquées. Mais, plutôt que d’accueillir ces exceptions aux régularités observables et observées, Bourdieu préféra fonder un modèle qui posséderait force de loi, au sens des « lois de la diffusion culturelle », puisque « la statistique révèle que l’accès aux œuvres culturelles est le privilège de la classe cultivée6 ». Un discours d’échec de la démocratisation s’est ainsi imposé ensuite comme une évidence, non seulement pour certains sociologues des pratiques culturelles, mais aussi pour certains professionnels des politiques culturelles.

Par contraste, les analyses de Michel de Certeau paraissent plus perspicaces et attentives aux frémissements des pratiques culturelles, aux antipodes des conceptions bourdieusiennes que Jean-Claude Passeron a lui-même récusées comme empreintes de misérabilisme dans le rapport aux cultures populaires et de sociologisme, à réduire une pratique culturelle à une seule et univoque pratique sociale de distinction, lui interdisant ainsi toute inventivité et créativité7.

Michel de Certeau s’avère également aux antipodes de Jean Baudrillard, qui dénie au Centre Pompidou tout objectif culturel : « Les masses foncent vers Beaubourg comme elles foncent vers les lieux de catastrophe, avec le même élan irrésistible8. » Les longues files d’attente, qui furent longtemps quasi quotidiennes, témoignent de la force d’attraction exercée par Beaubourg. Mais à lire les pamphlets de l’époque, le Centre Pompidou condamne quiconque s’en approche à l’errance : Baudrillard évoque « l’implosion », Jacques Rigaud « l’ignorance », Jean Chesneaux la « perte de soi »9. Tous s’accordent pour décrire un monde anomique, dans lequel l’absence de règles serait source de désocialisation, voire de souffrance. À rebours de ce catastrophisme, Michel de Certeau scrute les potentialités du premier Beaubourg, favorisant l’émergence de nouvelles pratiques culturelles, parfois dissociées de leur référence à une classe sociale, à l’instar de la diversité des visiteurs du Musée national d’art moderne ou de la Bibliothèque publique d’information. Le déploiement de pratiques culturelles nouvelles, parfois inédites, conférant de la valeur à l’idée de culture ordinaire, est ici autorisé par l’institution.

La dialectique propre aux institutions culturelles

Si Michel de Certeau regardait les institutions culturelles avec méfiance, il les connaissait. Sollicité par le Service des études et de la recherche du ministère des Affaires culturelles, il institue un rapport critique aux institutions culturelles sans pour autant céder à l’idéologie dénonçant leur existence même. Il soulignait en 1972 le risque de leur logique entropique : « les institutions (dites) culturelles […] se sont amollies en prenant du volume10 ».

Pour autant, il n’a jamais souhaité leur disparition. Mieux, il les a pensées comme potentiellement instituantes. Il souhaitait que « les institutions, surtout culturelles, cessent de ne penser qu’à elles en termes défensifs de chasse gardée et se tournent vers les autres, qu’elles sont censées servir, en remplaçant la condescendance par l’accompagnement, l’homogénéité bureaucratique par la diversité anthropologique, l’identité statutaire par l’altérité11 ».

Il était conscient de l’ambivalence qui tient à la conjonction de l’institué et de l’instituant, qui confère aux institutions à la fois le pouvoir de condescendance, de domination, de reproduction, mais également la puissance d’offrir de la transcendance, de l’action et de l’émancipation si leurs pratiques significatives choisissent le service, l’altérité, l’accueil et l’accompagnement12. Dialectique sans dépassement ou dualité constitutive des institutions ?

La pluralité, un fait et une valeur

Michel de Certeau esquisse une sociologie des pratiques culturelles, qui repose sur la pluralité, la dualité et l’inventivité. Dans « Le lieu d’où l’on traite de la culture », il aborde la question de la culture au singulier, au motif que celle-ci traduit le singulier d’un milieu, qu’elle se révèle le produit d’une détermination sociale13. Il prend l’exemple d’une employée de supermarché et montre que ce qu’elle englobe sous le terme de « culture » correspondrait à sortir au cinéma, partir en vacances ou encore être avec ses amis. À l’inverse, pour les pairs du chercheur, la culture englobe un tout autre domaine. Or il s’agit pour lui de conjuguer ces différentes appréciations de la culture, de se tourner donc vers une « culture au pluriel ».

Défendue par Michel de Certeau, la pluralité s’avère un fait et une valeur. Il dénonce une « allergie à la diversité linguistique » et pense le français au pluriel pour faire de l’altérité la condition essentielle à l’apprentissage et à l’échange linguistique. Partant du constat qu’il n’y a plus un français, mais des français, il affirme que l’école, lieu de rencontres et d’échanges, doit reconnaître l’ensemble de ces parlers français, leur accorder un statut social et une légitimité scientifique14.

Précurseur des Cultural Studies, Michel de Certeau pose également la question de la place de la culture dans la vie sociale. Au cœur du « tournant culturel15 », les Cultural Studies substituent le culturel à la culture, cessant alors d’être une composante extraordinaire de la vie sociale pour pénétrer la vie quotidienne : « Pour qu’il y ait véritablement culture, il ne suffit pas d’être auteur de pratiques sociales ; il faut que ces pratiques sociales aient signification pour celui qui les effectue. […] Elle consiste non à recevoir, mais à poser l’acte par lequel chacun marque ce que d’autres lui donnent de vivre et de penser16. » Subjectivation d’une culture objective donc, qui doit également se comprendre comme un refus d’envisager une « culture savante » qu’il faudrait seulement diffuser et une « culture populaire » qu’il conviendrait de seulement commenter.

Le geste de Michel de Certeau s’inscrit ainsi dans une attention sans précédent aux cultures populaires, qu’il évoque sous la dénomination de « “la beauté du mort”, d’autant plus émouvante et célébrée qu’on l’enferme mieux au tombeau17 », mais qu’il distingue de la culture ordinaire dont il scrute les usages et les tactiques18. Il y choisit l’écoute de l’autre et scrute la culture ordinaire jusque dans les plus menus détails de la quotidienneté pour y découvrir l’inventivité des acteurs dans le rapport qu’ils instaurent aux traditions, empreintes de répétitions et de variations.

La dualité des pratiques culturelles

L’originalité de la sociologie certalienne des pratiques culturelles réside alors dans l’affirmation, contre le dualisme opposant production et réception, d’une dualité qui les articule dans une dialectique sans dépassement. Ce qu’il nomme « la production des consommateurs » ouvre ainsi à une poïétique de la réception qui refuse la croyance en l’univocité d’un sens imposé, au profit de la plurivocité et de la réciprocité des usages.

En scrutant l’appropriation, la fabrication du sens, la réception créatrice, Michel de Certeau pense la culture comme des « pratiques quotidiennes qui produisent sans capitaliser ». L’étude de ce que le consommateur « fabrique » oblige à se placer du côté des usages en leur pluralité, marqués par ce que Richard Hoggart nommait « le regard oblique » pour caractériser une réception active, non passive19.

Si « lire est un braconnage », consommer, regarder et écouter s’y apparentent également et ne sont pas sans convoquer ce que Claude Lévi-Strauss nommait un « bricolage20 ». Si Michel de Certeau avance l’idée de braconnage, c’est parce que « les pratiques quotidiennes, fondées sur le rapport à l’occasion, c’est-à-dire sur le temps accidenté, sont éparpillées tout au long de la durée, dans la situation d’actes de pensée21 ». Elles s’avèrent insaisissables, « indéterminées ».

Son attention aux modes d’appropriation et d’invention du quotidien autorise une sociologie des effets émancipateurs de la culture. Plutôt que de privilégier les dimensions purement reproductrices de la culture, elle s’intéresse aux aspects normatifs et cognitifs de l’appropriation culturelle. Considérant les pratiques culturelles dans leur potentialité créatrice, il évite le double écueil du rôle passif du consommateur d’industries culturelles et de la réduction des pratiques culturelles à une exclusive fonction distinctive. Irréductibles à un acte de consommation, les pratiques culturelles possèdent un pouvoir instituant, y compris du côté de la réception.

La potentialité des politiques culturelles

Ainsi l’individu n’est plus « l’homme unidimensionnel » dépeint par Marcuse22, produit du consumérisme : il devient citoyen, créateur en puissance, ogre de possibles. Michel de Certeau autorise ainsi une pédagogie visant à « ouvrir des possibles ».

Dans une partie dédiée aux « Politiques culturelles » et dans son chapitre « La culture dans la société », qui reprend sa communication de 1972 à Arc-et-Senans, Michel de Certeau affirme que les politiques culturelles sont mises en place à partir du moment où une société a répondu aux besoins physiologiques de la population. Il note que les actions culturelles traduisent souvent des symptômes ou des solutions aux changements structurels de la société. Il observe également que la culture est devenue neutre : avènement du « culturel » qui serait devenu une poche contenant les problèmes que la société ne sait plus traiter. La politique culturelle s’avère alors victime de cette neutralité, de cette absence d’idées : neutralisation ou dépolitisation ?

Les politiques culturelles doivent offrir les conditions de déploiement d’une vie culturelle plurielle.

Les problèmes politiques en sont en effet effacés : les politiques culturelles articulent à leur insu une culture dépolitisée et une politique déculturée. Michel de Certeau aborde alors de nouvelles questions qu’il nous lègue en partage : selon quelles règles la culture est-elle définie ? Quels gains attendre d’une culture qui ne placerait pas les uns dans la passivité et les autres dans l’activité ? Sortir de la passivité culturelle suffit-il à créer des forces politiques ?

Il souhaite enfin que la créativité ne s’enferme pas dans le loisir marchand ou dans une pratique marginale à l’organisation sociale. Il plaide au contraire pour une politique culturelle capable de sortir de l’anonymat des discours, pour que les citoyens puissent se situer et obtiennent ainsi la capacité de s’exprimer. Les politiques culturelles doivent offrir selon lui les conditions de déploiement d’une vie culturelle plurielle.


Au terme de ce parcours, il est alors possible de mieux comprendre en quoi une épistémologie plurielle de la culture constitue un geste théorique d’une grande ampleur pour nous aujourd’hui. Le legs de Michel de Certeau fonde son actualité, sa contemporanéité, et nous invite à approfondir son geste en articulant compréhension des dualités et suspension du jugement, pour mieux appréhender et autoriser tant la création que les pratiques en leur potentiel d’invention de modes d’existence et de formes de vie. La valeur de son legs s’avère ainsi éthique et politique, pour mieux accueillir et assumer la responsabilité à laquelle nous convoque la pluralité.

  • 1. François Dosse, « L’entrée en modernité », dans Michel de Certeau. Le marcheur blessé, Paris, La Découverte, 2002, p. 157-360.
  • 2. Michel de Certeau, La Prise de parole et autres écrits politiques [1968], éd. établie et présentée par Luce Giard, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 1994.
  • 3. Michel Winock, La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques de 1871 à 1968 [1986], Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 2009, p. 329.
  • 4. M. de Certeau, « Le sabbat encyclopédique du voir », Esprit, « L’utopie Beaubourg dix ans après », février 1987, p. 70.
  • 5. Alors connu pour ses travaux de sociologie de l’éducation, Pierre Bourdieu s’est vu confier une enquête sur la fréquentation des musées en Europe en 1964 par le Service des études et de la recherche du ministère des Affaires culturelles. Voir Pierre Bourdieu et Alain Darbel (avec Dominique Schnapper), L’Amour de l’art. Les musées d’art européens et leur public [1966], Paris, Éditions de Minuit, 1969, ainsi que La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Éditions de Minuit, 1979.
  • 6. P. Bourdieu, L’Amour de l’art, op. cit., p. 69.
  • 7. Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, Le Savant et le Populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature [1989], Paris, Seuil, 2015 ; J.-C. Passeron, « Figures et contestations de la culture. Légitimité et relativisme culturel », dans Le Raisonnement sociologique. Un espace non poppérien du raisonnement naturel [1991], Paris, Albin Michel, 2006 ; ainsi que Raymonde Moulin et Paul Veyne, « Entretien avec Jean-Claude Passeron. Un itinéraire de sociologue », Revue européenne des sciences sociales, t. 34, no 103, 1996, p. 275-354. Ces points sont développés dans Laurent Fleury, « La critique de la théorie de la légitimité culturelle », dans Sociologie de la culture et des pratiques culturelles, Paris, Armand Colin, coll. « 128 », 2016, p. 92-98.
  • 8. Jean Baudrillard, L’Effet Beaubourg. Implosion et dissuasion, Paris, Galilée, 1977, p. 25.
  • 9. Ibid., p. 31-32 ; Jacques Rigaud, Libre culture, Paris, Gallimard, coll. « Le Débat », 1990, p. 432 ; Jean Chesneaux, « La modernité comme culture et idéologie », dans Modernité-monde, Paris, La Découverte, 1989, p. 86-102.
  • 10. M. de Certeau, « La culture dans la société » [1972], dans La Culture au pluriel, Paris, Seuil, 1993, p. 165-192.
  • 11. Pierre Mayol, « Michel de Certeau, l’historien et la culture ordinaire », Esprit, mars-avril 2002, p. 201.
  • 12. Le Théâtre national populaire et le Centre Pompidou ont favorisé la démocratisation de la culture. Qu’il nous soit permis de renvoyer à L. Fleury, Le TNP de Vilar. Une expérience de démocratisation de la culture, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, et Le cas Beaubourg. Mécénat d’État et démocratisation de la culture, préface de Bernard Stiegler, Paris, Armand Colin, 2007.
  • 13. M. de Certeau, « Le lieu d’où l’on traite de la culture », dans La Culture au pluriel, op. cit., p. 193-203.
  • 14. Voir M. de Certeau, « La culture et l’école », dans La Culture au pluriel, op. cit., p. 105-124. Et M. de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel, Une politique de la langue. La Révolution française et les patois [1975], Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2002.
  • 15. David Chaney, The Cultural Turn: Scene-Setting Essays on Contemporary Cultural History, Londres, Routledge, 1994. Voir aussi Ville-École-Intégration Enjeux, no 133, « Culture(s) : entre fragmentation et recompositions », juin 2003.
  • 16. M. de Certeau, La Culture au pluriel, op. cit., p. 121-123.
  • 17. Luce Giard, « Histoire d’une recherche », introduction à M. de Certeau, L’Invention du quotidien, t. I, Arts de faire [1980], Paris, Gallimard, 1990, p. vii.
  • 18. Voir F. Dosse, « L’art du détournement. Michel de Certeau entre stratégies et tactiques », Esprit, mars-avril 2002.
  • 19. Richard Hoggart, La Culture du pauvre. Études sur le style de vie des classes populaires en Angleterre [1957], trad. par Françoise et Jean-Claude Garcias avec J.-C. Passeron, présentation de J.-C. Passeron, Paris, Éditions de Minuit, 1970.
  • 20. Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage [1962], Paris, Pocket, 1990.
  • 21. M. de Certeau, L’Invention du quotidien, t. I, op. cit., p. 296.
  • 22. Herbert Marcuse, L’Homme unidimensionnel. Essai sur l’idéologie de la société industrielle avancée [1964], trad. par Monique Wittig revue par l’auteur, Paris, Éditions de Minuit, 1968.

Laurent Fleury

Professeur de sociologie à l’université de Paris, il est notamment l’auteur de Sociologie de la culture et des pratiques culturelles (Armand Colin, 3e éd. 2016).

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