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Reprendre le contrôle

Une enquête sociologique dans une ville moyenne de province met en évidence trois piliers du soutien populaire au PiS : un discours moralisateur contre la corruption des élites, le refus d’accueillir des réfugiés et le sentiment d’avoir repris les choses en main. En l’absence d’idéologie ou de refus de la démocratie, le nouvel autoritarisme polonais s’appuie sur ce sentiment de puissance.

Quel sens donnez-vous aux trente dernières années en Pologne ? Considérez-vous 1989 comme une révolution ?

L’année 1989 marque assurément un changement de régime politique. Sur le plan économique, c’est moins net. Plusieurs ruptures datent d’avant. La première entorse significative à l’économie purement socialiste se situe au milieu des années 1970, quand le Parti autorise l’existence d’entreprises privées. C’est resté longtemps marginal, mais c’était un pas. Ensuite, en 1988, les communistes décident d’intégrer le marché dans l’économie planifiée. Tout devient libre et possible. La marchandisation économique précède donc 1989 et ne sera achevée qu’au milieu des années 1990, avec le néolibéralisme, le démantèlement des dernières entreprises d’État et l’accélération des privatisations.

Je parlerais plutôt d’un changement profond… Bien sûr, il y a une rupture ! Mais si nous regardons le changement des imaginaires, il intervient plus tôt, dès les années 1970. À cette époque, nous prenions déjà conscience que nous pouvions être des sociétés actives, la c

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Maciej Gdula

Professeur de sociologie de l’université de Varsovie, il a récemment publié Un nouvel autoritarisme. Pourquoi les ­Polonais ont-ils voté pour le PiS ? (Krytyka ­Polityczna, 2018).

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Coordonné par Jean-Yves Potel, le dossier analyse le succès du gouvernement du Parti Droit et justice (PiS) en Pologne. Récupérant un mécontentement semblable à celui que l'on perçoit ailleurs en Europe, le régime s'appuie sur le discrédit des élites libérales et le rejet des étrangers pour promouvoir une souveraineté et une fierté nationale retrouvées. Il justifie ainsi un ensemble de mesures sociales mais aussi la mise au pas des journalistes et des juges, et une posture de défi vis à vis des institutions européennes, qu'il n'est pas pour autant question de quitter. À lire aussi dans ce numéro : les nouveaux cahiers de doléance en France, l’emprise du numérique, l’anniversaire de la révolution iranienne, l’antisémitisme sans fin et la pensée écologique.