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Irving Howe, un socialiste libéral

La vie et l’œuvre d’Irving Howe, critique littéraire et penseur politique, fondateur de la revue Dissent, sont une traversée dans l’histoire de la gauche américaine au xxe siècle. D’abord marxiste et révolutionnaire, l’auteur s’est progressivement ouvert aux préceptes libéraux, sans jamais renier l’humanisme radical au fondement de son engagement socialiste.

Dans les années 1980, alors que nous marchions dans l’Upper West Side de Manhattan par un jour froid, peu de temps après que quelqu’un dans l’administration Reagan avait suggéré qu’il serait plus économique de remplacer les légumes par du ketchup dans les cantines scolaires, Irving Howe me fit une remarque qui résumait bien son parcours politique : « Je peux débattre de politique ou d’économie avec ces gens-là, mais comment répondre face à pareille mesquinerie sociale ? »

Howe, l’esprit fondateur de la revue Dissent, aurait facilement pu alors se lancer dans une analyse du capitalisme. Marxiste pendant son adolescence, il s’était éveillé à la politique dans les années 1930 et 1940. Un demi-siècle plus tard, ses aversions étaient intactes, mais sa compréhension du monde avait changé. Howe ne proposait pas là une « analyse » ; il exprimait son indignation morale. Et si son parcours intellectuel a bien un sens pour la gauche d’aujourd’hui, il est à chercher dans cette volonté de dépasser les attitudes sectaires, sans jamais céder sur ses principes.

Dans le cas de Howe, deux éléments jouaient à plein. D’abord, il évo

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Mitchell Cohen

Ancien co-directeur de la revue Dissent, il enseigne les sciences politiques à la CUNY (Baruch College). Son dernier livre s’intitule The Politics of Opera.   

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Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.