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Charte 91 : l’appel des intellectuels iraniens

novembre 2012

#Divers

La Charte 91 a été rédigée à l’initiative de Ramin Jahanbegloo, philosophe, professeur à l’université de Toronto. Il a récemment publié dans Esprit « Iran, la république contre Dieu » (juin 2012).

L’intégralité du texte de la Charte, déjà signée par un grand nombre d’intellectuels iraniens, est consultable sur le site de la revue :www.esprit.presse.fr

Les Iraniens sont aujourd’hui privés de leurs droits les plus élémentaires et de leurs libertés fondamentales.

Depuis plus d’un siècle, les Iraniens se battent pour obtenir leurs droits et font pression pour voir naître une société juste, qui soit l’expression de leur souveraineté collective. Bien qu’ayant très tôt fait partie des signataires de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des conventions afférentes, les gouvernements iraniens successifs n’ont jamais respecté ses principes. Le démantèlement de l’appareil d’État et de son pouvoir absolu est un défi sans cesse renouvelé, car malgré les tentatives issues du peuple pour mettre en place des structures légales, ou pour instituer la séparation des pouvoirs et contrôler ainsi le politique, les gouvernements iraniens ont toujours refusé d’accéder à ces demandes. Les deux révolutions qu’a connues le pays n’ont pas permis d’établir la souveraineté populaire. À chaque fois, des régimes usés et vacillants ont été remplacés par des gouvernements qui, à leur tour, ont renoncé à leur légitimité en faveur de l’arbitraire.

Aujourd’hui, notre patrie est en péril ; le fléau du despotisme règne en Iran, s’appuyant sur des slogans religieux pour dénigrer la société civile et fouler aux pieds les droits de l’individu, monopolisant les leviers du pouvoir et sacrifiant les ressources naturelles du pays. Le régime iranien ne se préoccupe que de sa propre survie. Le résultat de pareille manipulation de la dignité humaine est une longue liste de maux : l’oppression politique, la pauvreté et l’incurie économique, la division sociale, la répression culturelle, l’opprobre sur la scène internationale et le sacrifice d’un nombre toujours croissant d’individus.

Pour renverser cet état de fait, il est nécessaire de mener une réflexion critique et une refondation complète de la culture politique iranienne. Pour se débarrasser de l’absolutisme politique en Iran, nous devons respecter notre diversité et nous inspirer de tous les désirs enfouis de notre nation. L’absence de fondations morales, imprégnées de valeurs universelles, a jusqu’ici empêché des exigences diverses de se cristalliser, et a contribué à la perpétuation de l’arbitraire. Aujourd’hui, plus que jamais, il nous faut établir un nouvel ordre moral, nourri des aspirations politiques les plus larges possibles et capable de contenir nos diverses exigences. L’importance des militants politiques doit être jugée à l’aune de leur adhésion sincère à des idéaux qui reconnaissent le pluralisme politique et respectent des valeurs universelles. Reconnaître l’existence de normes alternatives nous permettra de faire renaître notre culture politique, d’institutionnaliser le débat public, de renoncer à la violence politique et mettra en avant l’importance des droits des individus.

Cette charte représente un effort de mise en avant d’une éthique de la tolérance qui s’est exprimée dans le monde entier à travers des luttes populaires visant à créer des gouvernements respectant la volonté de leur peuple.

Diverse et pourtant unie, la société iranienne est comme un arc-en-ciel. La Charte 91 est une tentative pour reconnaître et refléter cette diversité. En examinant les infinies associations de couleurs qui illuminent le ciel iranien, nous sommes mieux à même de nous émerveiller devant l’harmonie de points de vue différents, unis dans la beauté de la tolérance.