Ebrahim Raïssi en 2017 (photo Mohammed Ali Marizad)
Ebrahim Raïssi en 2017 (photo Mohammed Ali Marizad)

L’Iran après Ebrahim Raïssi

La mort du président de la République islamique d’Iran, Ebrahim Raïssi, ouvre la voie aux ambitions des Gardiens de la Révolution islamique.


La mort mystérieuse d’Ebrahim Raïssi, le président de la République islamique d’Iran, dans un accident d’hélicoptère dans une région montagneuse du nord-ouest de l’Iran, ainsi que celle de son ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, ouvre la lutte pour le pouvoir dans l’Iran de l’après-Khamenei. La principale question est de savoir si la mort soudaine d’Ebrahim Raïssi créera des changements ou de nouvelles opportunités concernant le processus de remplacement du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 85 ans. En fait, bien que les conservateurs purs et durs dominent toutes les branches du pouvoir, la mort soudaine de Raïssi leur pose le problème de trouver un nouveau candidat parmi les vétérans du régime islamique, qui puisse être à la fois un homme d’unité et loyal envers le Guide suprême.

L’engagement de Raïssi en faveur des principes politiques du régime islamique et de sa grande violence était connu de tous. Raïssi était un ancien procureur qui a joué un rôle décisif dans l’exécution massive de prisonniers politiques dans les années 1980. En 1988, il a été nommé membre d’une « commission de la mort » composée de quatre personnes par feu l’ayatollah Khomeyni, ce qui a conduit à l’exécution d’au moins 5000 prisonniers. Malgré son rôle dans la consolidation du système judiciaire iranien au cours des quatre dernières décennies, l’accession d’Ebrahim Raïssi à la présidence a été marquée non seulement par l’exclusion systématique des rivaux modérés et favorables aux réformes, mais aussi par un taux de participation record. Par conséquent, l’élection d’Ebrahim Raïssi en 2021 a été soigneusement conçue et contrôlée par le Guide suprême Ali Khamenei et les Gardiens de la Révolution islamique, qui ont influencé toutes les décisions concernant les politiques intérieures et étrangères de l’Iran. Ainsi, dès cette époque, des rumeurs circulaient selon lesquelles le meilleur candidat pour remplacer à long terme le Guide suprême de la Révolution iranienne serait Ebrahim Raïssi. Il s’agit d’une décision qui, à l’époque, était souhaitée et approuvée par les tenants de la ligne dure des Gardiens de la Révolution et du Basij qui, il ne faut pas l’oublier, constituent les soutiens les plus puissants pour exporter la Révolution islamique vers d’autres pays et briser toute résistance des groupes sociaux et politiques à l’intérieur du pays.

La présidence d’Ebrahim Raïssi a donc été une occasion importante pour les partisans de la ligne dure de prendre le contrôle des pouvoirs les plus importants du gouvernement. Quant à Raïssi lui-même, bien qu’il ait réussi à réunir les plus conservateurs du régime iranien, il n’a pas réussi à dynamiser la population mécontente de l’Iran. Par conséquent, Ebrahim Raïssi était loin d’être un franc-tireur capable d’obtenir le soutien de la plus grande partie de la société, à savoir les Iraniens jeunes et désabusés. Son élection à la présidence de la République islamique d’Iran était exactement le type de résultat que l’ingénierie préélectorale de l’ayatollah Khamenei visait à obtenir. Cependant, l’élection de Raïssi à la présidence lui a valu d’être critiqué pour son incompétence politique et sa mauvaise gestion économique. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir su contenir la dissidence et les manifestations de jeunes femmes et d’étudiants qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en septembre 2022.

Au cours des trois dernières années, la présidence d’Ebrahim Raïssi a été marquée par de nombreuses violations des droits de l’homme, notamment la persécution des minorités religieuses et ethniques, les arrestations massives de manifestants non violents et le recours croissant à la peine de mort. On peut également ajouter que l’Iran de M. Raïssi a donné au Gardiens de la Révolution une impulsion autoritaire pour développer l’idéologie islamiste chiite du régime dans tous les aspects de la société iranienne et au Moyen-Orient. Bien entendu, cela signifiait simplement un retour aux valeurs fondamentales de la Révolution iranienne à l’intérieur du pays et un engagement plus zélé en faveur du militantisme et de la militarisation dans la région. Toutefois, au cours de sa présidence, Raïssi a été moins efficace que son prédécesseur Hassan Rouhani pour faire avancer le dossier nucléaire iranien avec l’administration du président Biden. D’une manière ou d’une autre, Raïssi n’était pas un véritable candidat à la gestion de la complexité de la politique iranienne. Maintenant qu’il est hors-jeu, ceux qui l’ont aidé à se faire élire vont devoir continuer sans lui. Mais le vide créé par la mort de Raïssi ne pourra pas être comblé facilement, d’autant plus que la santé de l’ayatollah Khamenei se fragilise de jour en jour et que les conditions politiques internationales et nationales jouent contre le gouvernement iranien. Au cours des trois dernières années, le gouvernement de Raïssi n’a pas été en mesure d’alléger certaines des pressions subies par le Guide suprême, qui s’efforce d’assurer un transfert en douceur du pouvoir à son second fils, Mojtaba.

Maintenant que Raïssi n’est plus dans le paysage, les plans de succession du Guide suprême sont plus compliqués que jamais. Cependant, la mort de Raïssi ouvre la voie aux ambitions de l’institution économique, politique et militaire la plus puissante d’Iran, les Gardiens de la Révolution islamique. Leur organisation est la structure politique et militaire la plus puissante issue de la Révolution islamique. Initialement chargés de protéger la Révolution et ses réalisations, ils ont utilisé les rôles qui leur étaient assignés par la Constitution pour asseoir leur pouvoir et étendre leur influence politique au sein de la République islamique. Sur le plan économique, les Gardiens de la Révolution ont obtenu le contrôle absolu de tous les contrats et investissements de l’État, y compris le pétrole et les importations et exportations de l’Iran. Sur le plan politique, les Gardiens de la Révolution se sont impliqués dans les affaires politiques internes de l’État iranien, arrêtant, emprisonnant et tuant les individus qu’ils considéraient comme subversifs ou dangereux pour leur survie. Enfin, les capacités militaires des Gardiens de la Révolution islamique se sont avérées si importantes qu’elles sont devenues une menace sérieuse pour le leadership des ayatollahs. L’ayatollah Khamenei dépendant de plus en plus des Gardiens de la Révolution islamique pour sa survie, l’Iran de l’après-Raïssi sera plus militarisé et moins théologique. En conséquence, l’establishment religieux de Qom se retrouvera en confrontation ouverte avec les Gardiens de la Révolution. Le moment et le lieu de cette confrontation ne sont pas importants, puisque les bénéficiaires probables de cette lutte seront, d’une manière ou d’une autre, les Gardiens de la Révolution islamique.