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Le projet européen face au printemps arabe

L’inaction des décideurs face à la recrudescence des printemps arabes est peut-être un autre signe de l’enlisement du projet européen. La demande citoyenne des révolutionnaires n’a reçu que des réactions opportunistes, cantonnées aux questions sécuritaire et migratoire au détriment des valeurs démocratiques.

Dans un monde arabe en ébullition, la passivité des Européens laisse place aux ambitions d’autres puissances, parrains déclarés de projets contre-révolutionnaires. Soutenir les aspirations démocratiques des peuples de la région ne semble pas la priorité des décideurs européens, qui développent plutôt une stratégie d’endiguement des conflits et de limitation de leurs effets sur le plan sécuritaire et migratoire. Que peuvent réellement les Européens ? Les circonstances géopolitiques actuelles favorisent-elles la promotion des valeurs européennes dans les pays secoués par la seconde vague du printemps arabe ?

Timides réactions européennes

À l’instar des réactions constatées lors de la première vague révolutionnaire, l’Union européenne semble hésitante et sans réelle stratégie pour accompagner la dynamique en cours dans le monde arabe. En réaction aux récentes mobilisations en Algérie, au Soudan, en Irak et au Liban, elle adopte les mêmes réflexes et tient le même discours : la condamnation des violations des droits de l’homme, l’accompagnement des réformes politiques et des financements sous forme de prêts pour remettre la machine économique en marche.

La diplomatie européenne dans le monde arabe, rattrapée par la Realpolitik, se concentre sur les enjeux sécuritaires, en particulier la gestion des migrations. Un rapport du Parlement européen, paru en 2019, souligne que « l’Union n’a pas réussi à acquérir une réelle et concrète influence pol

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Smail Kouttroub

Smail Kouttroub est professeur de relations internationales et de géopolitique à l'Université Mohammed V-Souissi Rabat.

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La question du logement nous concerne tous, mais elle peine à s’inscrire dans le débat public. Pourtant, avant même la crise sanitaire, le mouvement des Gilets jaunes avait montré qu’elle cristallisait de nombreuses préoccupations. Les transformations à l’œuvre dans le secteur du logement, comme nos représentations de l’habitat, font ainsi écho à nombre de défis contemporains : l’accueil des migrants, la transition écologique, les jeux du marché, la place de l’État, la solidarité et la ségrégation… Ce dossier, coordonné par Julien Leplaideur, éclaire les dynamiques du secteur pour mieux comprendre les tensions sociales actuelles, mais aussi nos envies de vivre autrement. À lire aussi dans ce numéro : le piège de l’identité, la naissance du témoin moderne, Castoriadis fonctionnaire, le libéralisme introuvable, un nouveau Mounier et Jaccottet sur les pas d’Orphée.