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Photo : Galen Crout via Unsplash
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Dans le même numéro

L’échec des États face à la mondialisation

décembre 2011

Les États-nations, artisans du développement du capitalisme financier, se trouvent, à la fin du xxe siècle, dans l’impossibilité de contenir ses dérives. La finance échappe au politique, les inégalités se creusent et l’environnement se dégrade. Les États se pensent comme les seuls acteurs légitimes de la scène internationale alors que leur capacité à imposer leur autorité s’est érodée. Écrit au moment de la crise financière asiatique, cet article rappelle que les facteurs de la crise actuelle se sont mis en place depuis plus d’une décennie.

Le système qualifié de « westphalien » est un échec, sur le plan global, humain, et du point de vue de l’économie politique. Ceux d’entre nous qui s’attachent à l’étude des relations internationales devraient donc à l’avenir consacrer leurs réflexions et leurs efforts à la manière dont il pourrait être transformé ou remplacé.

Ce système, pour le définir brièvement, consiste en ce que l’autorité politique réside dans des institutions, appelées États, qui possèdent le monopole de la violence légitime au sein de leurs frontières territoriales. Il repose prétendument sur le contrôle mutuel (qui renvoie à l’idée de non-intervention), mais est également fondé sur la reconnaissance réciproque de la « souveraineté » d’un État si celle-ci vient à être contestée.

On aura beau faire sans cesse référence au « système politique international » ou à la « structure de sécurité1 », le modèle westphalien ne saurait être dissocié de l’économie de marché que les pays européens ont créée et développée à partir du xviie siècle ; il en est même inséparable. Au cours des xviiie, xixe et xxe siècles, les pouvoirs de ces États sur leur société et leur économie se sont accrus en réaction à un système politique défini par la concurrence entre États (d’abord pour des questions territoriales, puis sur les terrains industriel et financier) et à l’extension de l’autorité politique exigée par le système de production capitaliste et par ses conséquences sociales. L’étiquette « capitaliste », appliquée à l’économie de marché, est justifiée car l’accumulation du capital, pour parler en termes marxistes, ou la création et la circulation du crédit, comme je la nomme, était la condition nécessaire pour assurer la poursuite des investissements dans les nouvelles technologies agricoles, industrielles et de services2. Comme je l’ai expliqué dans States and Markets3, la structure de sécurité et les structures productives, financières et cognitives sont en constante interaction et ne peuvent donc être analysées indépendamment les unes des autres. Un tel constat semblerait sans doute enfantin à des historiens de la société et de l’économie, mais il est souvent négligé par les spécialistes des relations internationales.

En disant que ce système est un échec, je ne veux pas dire qu’il est en train de s’écrouler, mais simplement qu’il n’est pas parvenu à remplir des conditions de durabilité à long terme. Comme ce fut le cas pour les empires – perse, romain, espagnol, britannique ou russe – les signes du déclin, prélude à la désintégration, apparaissent bien avant que l’édifice ne s’écroule. Ces signes sont déjà visibles dans trois domaines, qui représentent les menaces les plus sérieuses à la survie du système. Le premier est l’écologie : le modèle des États souverains est par nature incapable de corriger et d’inverser les processus de dégradation environnementale qui menacent la survie non seulement de notre espèce, mais aussi d’autres espèces d’animaux et de plantes. Le deuxième est la finance, car ce système, encore une fois par sa nature même, ne peut gouverner ni contrôler les institutions et les marchés, qui créent et échangent les outils de crédit nécessaires à l’« économie réelle ». Le dernier domaine est le social : le système westphalien ne peut maintenir un équilibre durable entre le pouvoir grandissant de ce que les néo-gramsciens appellent la classe capitaliste transnationale (Cct) et le mécontentement des laissés-pour-compte, des exclus4 – immigrés, chômeurs, réfugiés, paysans –, de tous ceux qui ont le sentiment que la mondialisation ne fait rien pour eux, et tendent à se tourner vers les seigneurs de guerre, la Mafia ou les hommes politiques de l’extrême droite fasciste pour en être protégés.

Ce qu’il faut noter, c’est que jusqu’à très récemment, l’État, grâce au contrôle qu’il exerçait sur l’économie nationale et aux ressources fiscales qu’il en tirait, pouvait agir dans la redistribution économique et sociale, mettant en place des systèmes de protection pour les personnes âgées, les malades, les chômeurs et les handicapés. Cela contribuait, en Europe en particulier, à enrayer le déclin de son rôle de défenseur du royaume contre les invasions étrangères. Aujourd’hui cependant, cette capacité à servir de bouclier et de refuge aux plus démunis s’érode très rapidement, pour des raisons sur lesquelles je reviendrai.

En bref, ce système échoue à préserver la nature, la planète Terre, qui de plus en plus est pillée et polluée par des projets économiques que l’État ne parvient pas à contrôler. Il ne réussit pas non plus à sauvegarder le capitalisme, car les institutions nationales et internationales qui devraient réguler les marchés financiers sont de moins en moins capables – comme l’a démontré la crise asiatique – de suivre les évolutions technologiques toujours plus rapides du secteur privé, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l’économie mondiale. Enfin, le modèle westphalien ne peut plus soutenir la société mondiale, car il laisse se développer un écart bien trop grand entre ceux qui sont riches et puissants et les autres.

Le fait que le système survive en dépit de ses échecs révèle la difficulté de trouver et de construire une alternative. Personne ne souhaite en revenir aux empires coloniaux, et, même si l’islam et le fondamentalisme chrétien sont des armes commodes pour critiquer le modèle capitaliste occidental, les innombrables divisions en leur sein rendent fortement improbable une alternative d’ordre théocratique. Le vieux proverbe « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » fonctionne encore, même quand la valeur de ce que l’on tient devient plus que douteuse.

La symbiose de deux systèmes

Afin de comprendre comment et pourquoi un système politique fondé sur le territoire des États et un système économique fondé sur le marché et le profit en sont venus à se développer ensemble, jusqu’à devenir inséparables, il est nécessaire d’adopter une perspective historique. Comme je l’ai dit plus haut, pour les historiens et les sociologues, tout cela est enfantin, mais peut-être est-il nécessaire de le rappeler à ceux qui étudient la politique internationale.

Souvenons-nous que, dans la seconde moitié du xviie siècle, les États européens étaient presque tous dynastiques et s’appuyaient sur la classe des propriétaires fonciers qui tiraient leur richesse de l’agriculture et la transmettaient par héritage. Le traité de 16485 mit fin à l’une des principales sources d’instabilité de la région, les guerres de religion, mais ne fit rien concernant les conflits sur la richesse produite par l’agriculture. On peut difficilement imaginer système économique plus éloigné de celui des économies nationales du xxe siècle.

La différence majeure entre le système d’alors et celui que nous connaissons aujourd’hui est, selon moi, le rôle de la monnaie dans les systèmes étatiques. À la fin du xviie siècle, les États battaient monnaie, mais ils n’avaient guère de contrôle sur les moyens d’échange choisis par les commerçants, au sein de leur territoire national, pour ne rien dire des échanges internationaux. Les bénéfices qu’ils tiraient de leur droit de seigneuriage étaient donc limités ; on pouvait ajouter du plomb aux pièces d’argent – pratique assez commune – mais cela ne rapportait guère de revenus supplémentaires à l’État. Ainsi, les possibilités qu’avaient les États de manipuler la monnaie à leur avantage étaient fort restreintes.

La grande transformation advint au tournant du siècle, lorsque fut introduit un nouveau moyen de paiement : la monnaie papier garantie par l’État6. Deux Écossais, John Law et William Patterson, se rendirent compte que, par ce biais, il était possible de créer une monnaie qui permettrait de renflouer les finances publiques par l’émission de bouts de papier portant la « garantie » du monarque. En France, cette entreprise se solda par un désastre, à cause du trop grand nombre d’actions émis, et par la fuite de John Law. La Banque d’Angleterre échappa de peu au même sort, en transférant la gestion de la dette publique à la Compagnie des mers du Sud7. Mais, à la fin du xviie siècle, l’idée avait fait son chemin. On pouvait recruter des soldats et mener des guerres à crédit ; c’est ainsi que fut financée la guerre d’indépendance américaine, et Napoléon paya sa Grande Armée en émettant des assignats, indexés sur le patrimoine foncier de la nation, mais qui finirent par ne plus rien valoir.

En bref, la création du crédit par les gouvernements et les banques avait pour but de stimuler le commerce et la production dans les économies de marché, ce qu’elle fit, mais elle donna également naissance à des abus de la part des États. Au xixe siècle, la liste de ceux qui se trouvèrent en défaut de paiement est longue8. Pourtant, si une fraction de la croissance économique – en particulier dans l’Ouest américain – était générée par la découverte de nouvelles ressources en métaux, la plus grande part venait du crédit développé par les banques et les gouvernements9. Les pays développés, avec en tête la Grande-Bretagne et la Banque d’Angleterre, développèrent chacun leur propre système de régulation et mirent en place des banques centrales, prêteurs de la dernière chance, pour s’assurer que les banques adoptent une réglementation prudentielle dans leur création de crédit. La Grande-Bretagne fit voter des lois qui imposaient les mêmes restrictions à l’État. En 1844, le Bank Charter Act limita de manière très stricte le droit des gouvernements britanniques d’augmenter la masse monétaire ; les limitations ne furent levées qu’en 1914, quand éclata la Première Guerre mondiale. Le résultat fut que la valeur en or de la livre sterling demeura inchangée pendant un siècle ; la livre devint ainsi la première monnaie internationale stable. Aux États-Unis, le système fédéral de régulation ne fut adopté qu’en 1913, suite au choc de la crise financière de 1907.

Ces mesures de protection furent abandonnées quand le système international se trouva empêtré dans le premier conflit mondial. Les Russes et les Allemands, dans des camps opposés, furent ceux qui utilisèrent le plus le papier-monnaie pour financer la guerre. Comme à l’époque napoléonienne, les États auxquels la guerre ne laissait pas le choix se mirent à mentir à leur peuple et aux autres sur leurs finances. De telles pratiques constituaient le talon d’Achille de l’économie de marché, mais l’histoire du développement du crédit montre bien à quel point le système politique étatiste était devenu indissociable de cette forme d’économie. Les entrepreneurs avaient besoin de sécurité, d’ordre et de droit, bref, de tout l’attirail de l’État avec ses tribunaux, ses lois sur la propriété, ses règles contractuelles, pour que les transactions soient fondées sur la confiance dans l’autre partie, qu’il s’agisse du vendeur ou de l’acheteur, du créditeur ou du débiteur. De la même manière, les gouvernements en vinrent à se reposer sur le système financier mis en place par des entrepreneurs privés pour créer du crédit. Avant le xviiie siècle, il arrivait que des chefs d’État empruntent auprès des banques (les Médicis, qui possédaient leur propre banque, faisaient figure d’exception). Mais ce ne fut qu’après 1700 que s’installa la pratique d’emprunter à la société en émettant du papier-monnaie ou des assignats. Au xxe siècle, les dettes publiques sont devenues tellement importantes que le système financier est devenu indispensable à la conduite des affaires des États.

Les trois échecs

L’échec du système financier

Commençons par l’échec dans le contrôle du système financier de création de crédit. Jusqu’à l’été 1997, tout le monde s’accordait à dire que les États et les organisations intergouvernementales étaient tout à fait à même de superviser, de réguler et de contrôler les banques et les autres institutions qui créaient et échangeaient des outils de crédit, qu’il s’agisse de bons du trésor, d’actifs titrisés ou de produits dérivés10. C’était le sens d’une étude d’Ethan Kapstein11, dont tout le monde a fait l’éloge. Au niveau national, les États des plus grands pays développés disposaient d’un système de régulation propre, le niveau transnational étant du ressort du Fonds monétaire international (Fmi) et de la Banque des règlements internationaux (Bri) de Bâle. Ce système de gouvernance à deux niveaux, pourvu de nombreux verrous, était en mesure de faire face à n’importe quel problème venu des marchés. Au cours de l’année 1997, cependant, les événements d’Asie de l’Est ont fait planer un sérieux doute sur ces conclusions rassurantes. Le bouleversement qui a frappé les monnaies et les cotations boursières malaisiennes, indonésiennes et thaïlandaises a semblé venir de nulle part. Aucune des instances de régulation internationales n’avait émis le moindre avertissement concernant cette éventualité. Alors que la crise s’étendait, les premières mesures d’aide se sont révélées insuffisantes à restaurer le degré minimum de confiance nécessaire, et ont dû être revues à la hausse. Toutes les économies frappées par ce cataclysme avaient en commun de reposer sur des entrées de capitaux mobiles à court terme majoritairement investis dans des emprunts spéculatifs à risque ou des placements immobiliers improductifs. Le Premier ministre de Malaisie, Mahathir bin Mohamad, a accusé George Soros et d’autres spéculateurs étrangers d’être responsables de la crise, pour avoir retiré leurs fonds du pays aussi rapidement qu’ils les y avaient investis. Il est cependant bientôt apparu que les mesures de régulation des banques et des mouvements de capitaux à long terme dans tous les pays d’Asie de l’Est (excepté Taïwan) étaient totalement insuffisantes. Les injonctions de Washington et du Fmi poussant ces pays à se lancer dans la libéralisation financière avaient été prises trop au sérieux.

On ne peut simplement dire, néanmoins, que les systèmes nationaux et les organisations financières internationales n’étaient pas préparés aux chocs de l’été et de l’automne 1997. Pour démanteler les confortables conclusions de Kapstein, il faut bien plutôt s’appuyer sur (a) les déficiences de la Bri et du Fmi en tant que régulateurs globaux, et sur (b) les graves carences de tous les systèmes nationaux de régulation financière12. Rendons justice à Kapstein ; ce n’est qu’après qu’il a publié son analyse que le système de régulation des risques du crédit imaginé dans les années 1980 par le comité Cooke13 et appliqué par la suite a révélé ses failles. Dans son rapport de 1997, la Bri l’a plus ou moins admis, et, faisant de nécessité vertu, a annoncé qu’à l’avenir la responsabilité de superviser le crédit reviendrait aux banques elles-mêmes. Or, comme l’a bien montré l’affaire Barings, demander aux braconniers de jouer les gardes-chasse n’était pas la meilleure stratégie. Les patrons de Barings ne savaient pas, ou ne voulaient pas savoir, ce que trafiquait Nick Leeson14. Les profits qu’il faisait permettaient à la banque de survivre en dépit d’une rude concurrence internationale, et les risques ne méritaient donc pas d’être vus. Par ailleurs, actuellement, même dans les banques les plus prudentes, les négociations sur les marchés dérivés sont souvent bien trop complexes pour les dirigeants les plus âgés15.

Quant au Fmi, il est permis de douter de ses capacités à amener les gouvernements asiatiques à contrôler et réformer leurs systèmes bancaires et financiers. Le Fmi est habitué à négocier avec les États (en particulier ceux d’Amérique du Sud) en ce qui concerne les dettes souveraines. Ses responsables – des économistes pour la plupart – n’ont aucune expérience qui leur permette de débusquer des banquiers rusés et prudents lorsque ceux-ci mentent ou dissimulent. Par ailleurs, comme le montre par exemple le cas du Kenya, les économistes du Fmi n’ont aucun moyen de pression sur les dictateurs obstinés qui protègent leur pouvoir corrompu et clientéliste. Le problème Suharto est avant tout politique et non technique. On peut dire la même chose de la question de la dette africaine. Tout le monde, y compris le Fmi, est aujourd’hui d’accord pour dire que réaménager le calendrier de remboursement de la dette des pays pauvres très endettés (Ppte) aggrave le problème plutôt que de le résoudre. Mais le Fmi et la Banque mondiale ne parviennent pas à convaincre les gouvernements des pays créditeurs de décider quelle dette devrait être diminuée et de combien.

En ce qui concerne le déclin de l’efficacité des systèmes nationaux de régulation financière, il est peut-être moins évident pour les Américains que pour les Européens ou les Japonais. Les systèmes allemand, français, britannique et japonais fonctionnent de manière très différente, mais ils sont tous actuellement sapés par les innovations technologiques dans le domaine des transactions financières et par la mobilité quasi instantanée des capitaux qui franchissent sans encombre les frontières et les monnaies. On voit ainsi un fossé dangereux se creuser entre les institutions internationales qui ne peuvent pas – ou ne veulent pas – contrôler les banques, les gestionnaires de fonds spéculatifs ou de fonds de pension et les marchés, et les systèmes nationaux de régulation et de contrôle qui n’ont pas le bras assez long ni assez rapide pour empêcher les crises. L’argument d’Eric Helleiner est que les régulateurs ont aujourd’hui un savoir technique qui leur permet de suivre les capitaux dans leurs déplacements au sein du système financier mondial. C’est vrai, mais ils le font trop lentement et cela leur demande trop d’efforts ; ils ne peuvent pas le faire assez vite ni assez régulièrement pour protéger réellement le système16. Tant que les paradis fiscaux offrent un refuge aux malfaiteurs, qu’il s’agisse de trafiquants de drogue, d’entreprises coupables d’évasion fiscale ou de chefs d’État qui considèrent l’aide au développement comme de l’argent de poche, les régulateurs nationaux ont les mains liées.

L’échec écologique

J’ai commencé par parler de l’échec du système étatique dans le domaine financier, car mes recherches récentes m’ont convaincue qu’il s’agit de la « menace sans ennemi » la plus grave et la plus urgente. Si nous ne parvenons pas à protéger l’économie mondiale avant de nous retrouver pris dans une série de crises boursières et de faillites bancaires qui nous plongera pendant vingt ans dans la récession – l’histoire des années 1930 nous a montré que ça n’était pas impossible – personne ne sera d’humeur à se préoccuper des problèmes à long terme posés par l’environnement.

D’un autre côté, le péril écologique est de loin le plus important. La planète – et même l’économie de marché – pourrait survivre à vingt ans de croissance molle. Mais si l’on ne fait rien pour enrayer la détérioration de l’environnement, il est possible que l’on se réveille trop tard, quand la trajectoire destructrice sera devenue irréversible. À ce moment-là, personne ne pourrait plus rien faire pour briser le cercle vicieux du déclin écologique, et la faute en incomberait au système westphalien, responsable de cette destruction et incapable de la désamorcer. Pourquoi ? Parce que le principe territorial qui est au cœur de ce système repose sur l’idée que l’État est responsable de sa propre terre, mais pas de celles des autres.

On peut distinguer trois formes de danger écologique. Pour chacune d’entre elles, ce n’est ni le savoir technique, ni les mesures appropriées qui manquent. C’est la capacité du système westphalien à produire la volonté politique qui permettrait de les mettre en œuvre. Le premier danger est la destruction de la couche d’ozone, principalement causée par les rejets de gaz Cfc (chlorofluocarbure) provenant d’aérosols et d’autres sources. Au fur et à mesure que le trou dans la couche d’ozone s’agrandit, la protection contre les rayons du soleil garantie par l’atmosphère terrestre est affaiblie, ce qui a de graves conséquences atmosphériques et climatiques. Un autre problème environnemental est la pollution de l’air au dioxyde de carbone et au soufre. Une partie de cette pollution est causée par l’industrie, mais le plus gros provient des voitures, qui utilisent l’essence ou le gasoil comme combustible. Enfin, on citera l’épuisement des ressources de la planète, en particulier de l’eau, qui a pour conséquence la réduction des surfaces cultivables. De manière secondaire, il faut également mentionner la disparition des forêts – pas uniquement des forêts vierges – qui donne lieu à des événements climatiques imprévisibles, ainsi que celle d’espèces de plantes, de poissons et d’animaux, qui bouleverse les équilibres écologiques existant depuis des milliers d’années.

Il est aisé de constater que, pour chacun de ces aspects du péril écologique, c’est l’État, dont l’autorité est renforcée par le soutien mutuel apporté par le système westphalien, qui incarne l’obstacle et empêche de prendre les mesures nécessaires. On peut en voir un exemple dans l’indifférence du gouvernement britannique face aux pluies acides emportées vers les forêts scandinaves par les vents d’ouest, ou bien dans celle du gouvernement américain lorsque les forêts canadiennes sont victimes du même type de dégâts. Une autre conséquence de ce système est l’échec des conférences intergouvernementales de Rio et Kyoto sur l’environnement. Les préoccupations des Européens et des Japonais, qui souhaitaient encadrer davantage les émissions de gaz à effet de serre, ont laissé les Américains de marbre. Rien n’a vraiment changé depuis. Les accords signés à la conférence de Kyoto en 1997 sont plus cosmétiques qu’essentiels. Quand il s’agit des dangers liés à la pollution, la plus grande incompréhension est celle qui se fait jour entre les pays développés et la Chine. La pression exercée par les États-Unis et d’autres pays sur Pékin pour que la Chine modère sa consommation d’énergies fossiles pour le bien de la planète se trouve toujours bloquée par la même question : « Si on le fait, vous payez ? » Après tout, disent-ils, le péril écologique que vous craignez aujourd’hui est le résultat de votre industrialisation, et non de la nôtre. Pourquoi devrions-nous être plus conscients de l’environnement aujourd’hui que vous ne l’étiez hier ? L’augmentation de notre population ne nous permet pas de ralentir notre croissance pour que l’air soit plus pur et l’eau plus propre, à moins bien sûr que vous ne nous payiez. Ce n’est que très rarement que le principe territorial westphalien est mis de côté, par exemple lorsque la Suède s’est offerte à verser de l’argent à la Pologne pour que celle-ci adopte des régulations environnementales plus strictes en matière d’usines chimiques et d’usines à charbon. Mais la Suède est riche, elle souffrait directement de la pollution émise par la Pologne, et a donc pu justifier ce transfert de fonds par son propre intérêt national. La Chine et les autres pays en développement seront bien plus difficiles à convaincre. Tant que le système westphalien persiste, la nature en sera la victime.

Comme l’a dit Andrew Hurrell dans un récent compte rendu, quand il s’agit de transformer des transferts de court terme en engagements institutionnalisés de long terme concernant l’environnement, « les risques sont bien plus nombreux que les promesses ». Hurrell cite également un passage du dernier chapitre de Institutions for Environmental Aid17 : « Les études sur les aides environnementales qui figurent dans ce volume dressent un tableau assez sombre de la situation. Les contraintes qui pèsent sur l’efficacité des mesures environnementales semblent bien plus grandes que les fenêtres d’opportunité. »

L’échec social

Le troisième échec du système westphalien est d’ordre social, ou socio-économique. Il suffit pour le constater de voir les chiffres de la mortalité infantile, de la malnutrition des enfants, de l’extension du sida en Afrique et en Asie, ainsi que tous les autres indicateurs socio-économiques. Le fossé entre les pays riches et les pays très pauvres se creuse, tout comme celui entre les riches et les pauvres au niveau national18. Le problème n’est pas l’absence de solution aux inégalités socio-économiques. Celles-ci incluent la redistribution de l’impôt, les mesures de protection sociale et ce que Galbraith nommait le pouvoir compensateur19, qui permet de contrer la tendance du capitalisme à créer de la richesse privée et de la misère publique et à fonctionner sur une succession de périodes de forte croissance et de récession. L’application de telles solutions à la société mondiale est cependant rendue impossible par le système westphalien, trop lié à l’économie de marché « libéralisée ». Si des politiques keynésiennes sont rendues difficiles, au niveau national, par l’existence d’un système financier intégré, comme Mitterrand en a douloureusement fait l’expérience en 1983, au niveau transnational elles sont pratiquement inconcevables. Nous en avons eu la preuve en Europe centrale au début des années 1990. C’était l’occasion, comme jamais auparavant, de lancer un second plan Marshall pour une transition rapide de l’économie planifiée à une économie de marché ouverte, concurrentielle et donc productive. Mais les gouvernements de Reagan et de Bush n’étaient pas idéologiquement ouverts à une telle solution, et les Allemands étaient trop préoccupés par leur propre réunification pour se soucier du sort de leurs voisins immédiats. L’indifférence, à l’égard de l’Europe centrale comme de l’Afrique, n’est pas l’apanage des esprits égoïstes et conservateurs que Gerald Helleiner a récemment parodiés : « Les pauvres se plaignent, comme d’habitude, mais ce n’est que vain bavardage. Notre système récompense tout le monde, du moins ceux qui comptent20. »

Tout cela est en réalité le résultat inévitable de la symbiose entre une économie de marché mondialisée et un système politique centré sur l’État, où ceux qui disposent de l’autorité politique sont par nature incapables de voir que la polarisation socio-économique n’est, sur le long terme, dans l’intérêt de personne. Pas seulement parce que les laissés-pour-compte peuvent se rebeller et s’adonner au pillage, comme ce fut le cas à Los Angeles dans les années 1980 ou à Jakarta plus récemment, transmettre leurs nouvelles maladies contagieuses aux riches ou se lancer dans des attaques terroristes sous couvert de djihad, mais aussi parce que les inégalités socio-économiques deviennent intolérables lorsque les gens se mettent à croire que les choses vont empirer au lieu de s’améliorer. On peut supporter bien des privations et des épreuves si l’on pense que nos enfants en bénéficieront. Qui plus est, une économie de marché, pour prospérer, a besoin de nouveaux clients qui ont de l’argent à dépenser, et non de mendiants sans abri et de fermiers africains qui meurent de faim. L’Amérique ne serait jamais devenue ce qu’elle est aujourd’hui sans ces millions d’immigrés sans le sou qui n’ont cessé d’élargir le marché de ses produits manufacturés.

Que faire ?

Les réactions les plus communes aux trois échecs que j’ai brièvement décrits sont de les nier pour défendre le système duel capitalisme/État comme le meilleur des systèmes possibles dans le monde d’après la guerre froide, à la manière de Pangloss, ou bien de conclure avec fatalisme que le système a ses défauts mais que l’on ne peut rien faire pour le changer. Ce n’est que récemment qu’il est devenu possible d’identifier les prémices d’une troisième voie. Elle émane plutôt des sociologues que des chercheurs en relations internationales, peut-être parce que les sociologues ont tendance à penser en termes de classes sociales et de mouvements sociaux plutôt qu’en termes d’État-nation. Comme le montre un récent recueil d’articles autour du thème de « L’orientation du capitalisme contemporain », il n’y a pas de consensus sur les courants actuels, ni sur les débouchés possibles21. Une grande partie de ces réflexions ont été inspirées par la redécouverte d’Antonio Gramsci et de ses concepts d’hégémonie, de bloc historique et de mythes sociaux, qui rendent possible une action politique efficace. Ainsi, il est souvent dit que le système actuel est soutenu par le pouvoir d’une classe capitaliste transnationale.

Je ne nie pas le fait qu’une telle classe existe, ni qu’elle exerce son pouvoir sur l’économie de marché et les règles – si tant est qu’il y en ait – qui la gouvernent. Il y a presque dix ans, je la qualifiais de « civilisation des affaires » dominante22. Je pense que Gill avait tort de voir une preuve de son pouvoir dans la commission Trilatérale23, qui relevait davantage du club de has been bien intentionnés que de l’action politique effective ; c’était un rétroviseur plus qu’un conducteur. Cela dit, il a eu raison de pointer du doigt l’émergence d’un groupe d’intérêt transnational doté d’une forte influence sur les gouvernements nationaux, y compris ceux des États-Unis et de certains membres de l’Union européenne. De récentes recherches sur les télécommunications, les négociations autour des questions de propriété intellectuelle et d’autres domaines où des organisations internationales ont été infiltrées et influencées par les lobbys des milieux d’affaires montrent que la classe capitaliste transnationale existe bel et bien. Pourtant, la qualifier de « classe » implique un degré de solidarité et d’uniformité qui en réalité n’existe pas. Plus je m’intéresse à la politique du commerce international, plus je suis frappée par le fossé grandissant entre les grandes entreprises – celles que l’on appelle les multinationales – et les dirigeants et employés des Pme. Ces dernières ne profitent que très peu des avantages accordés aux grandes entreprises, alors même qu’elles doivent se conformer aux règles qu’elles édictent. Pour ces petites entreprises, il faut résister à la mondialisation, ne serait-ce que parce qu’elle piétine si évidemment les principes démocratiques de responsabilité et de transparence.

La question environnementale est un bon exemple des failles de la classe capitaliste transnationale. D’un côté se trouvent les grosses compagnies pétrolières, les géants de l’industrie pharmaceutique, les fabricants d’automobiles et les sous-traitants qui leur sont associés. De l’autre, on trouve des compagnies innovantes dans le domaine de l’élimination des déchets et des technologies de nettoyage ainsi que – et c’est intéressant – les assureurs internationaux. Craignant les poursuites contre leurs clients pour raisons environnementales, ces derniers s’opposent de plus en plus souvent aux pollueurs. Leur opposition est naturellement visible dans des pays où le système judiciaire est sensible à l’opinion publique. Le pouvoir de celle-ci, par ailleurs, est évident dans le souci des actionnaires et des consommateurs qui se lit dans de plus en plus de compagnies.

Ainsi, l’idée, défendue par certains gramsciens, selon laquelle il existe une classe capitaliste transnationale, mais également une société civile mondialisée qui est en train d’émerger, ne doit pas être mise de côté. Comme l’écrit Leslie Sklair :

Aucun mouvement social ne semble en mesure de renverser les trois soutiens institutionnels essentiels du capitalisme mondial […], c’est-à-dire les Ctn [corporations transnationales, Ndt], la classe capitaliste transnationale et l’idéologie culturelle du consumérisme. Néanmoins, dans chacun de ces domaines, on voit des résistances exprimées par des mouvements sociaux24.

De la même manière, Rodolfo Stavenhagen, dans son article sur « Les mouvements populaires : le défi antisystémique », dans le recueil d’articles dirigé par Bob Cox25, identifie les points où se développe une opposition transnationale naissante, ou du moins un contre-pouvoir aux trois soutiens institutionnels au système westphalien identifiés par Sklair. Il observe que ces mouvements ne sont pas simplement non gouvernementaux, ils sont populaires au sens le plus large du terme ; ils se présentent comme des alternatives aux systèmes politiques existants et sont donc souvent en décalage par rapport aux gouvernements et aux partis politiques. Ils cherchent « à atteindre des objectifs qui déboucheraient sur des formes alternatives de développement économique, de contrôle politique et d’organisation sociale ».

Dans son introduction au recueil d’articles, Cox ne prédit pas la mort prochaine d’un « système westphalien en voie de disparition ». Le monde qui nous attend, dit-il, « sera déterminé par la force relative des pressions exercées du bas vers le haut et du haut vers le bas ». Ce duel promet d’être long, et l’on ne saurait sous-estimer la puissance des intérêts économiques et politiques à l’œuvre dans ces pressions du haut vers le bas de la société. Pourtant, on ne peut non plus nier, comme le dit Cox, que « les peuples se sentent étrangers aux régimes, États et processus politiques existants ». J’en veux pour preuve l’incroyable (et inattendue) mobilisation – 250000 personnes à Paris comme à Londres –, lors de manifestations antigouvernementales, de personnes de toutes sortes et qualités. Partout, les hommes politiques sont discrédités et méprisés comme jamais. L’État se retire effectivement de ses missions traditionnelles de sécurité, de finance et de contrôle de l’économie, et ce retrait n’est pas sans rapport avec la tendance actuelle à légiférer à tout va sur des aspects triviaux de la vie quotidienne26.

Le nouveau multilatéralisme annoncé par Cox « ne naîtra pas d’amendements constitutionnels à des institutions multilatérales qui existent déjà, mais d’une reconstitution des sociétés civiles et des autorités publiques au niveau mondial pour construire un système de gouvernance mondiale du bas vers le haut27 ». Quant aux relations internationales, et pour ceux d’entre nous qui les étudient, les implications sont d’une portée considérable. Il nous faut échapper à une vision de la discipline, inhérente à son approche conventionnelle, trop centrée sur l’État. L’étude de la mondialisation doit englober l’analyse du comportement des entreprises autant que celle d’autres formes d’autorité politique. L’économie politique internationale doit être associée à l’économie politique comparée au niveau local et national. En d’autres termes, ce n’est pas à nous de défendre ou d’excuser le système westphalien. Nous devrions nous préoccuper de ses échecs significatifs autant que de ses prétendues réussites.

Lire Susan Strange

Tous les principaux articles de Susan Strange ont été regroupés dans un livre préparé par Roger Tooze et Christopher May, Authority and Markets. Susan Strange’s Writings on International Political Economy, Palgrave/Macmillan, 2002.

Côté livres, le plus simple est de commencer par son antimanuel de relations internationales : States and Markets. An Introduction to InternationalPolitical Economy, Londres, Pinter Publishers, 1988 dont la suite est The Retreat of the State. The Diffusion of Power in the World Economy, Cambridge Univer sity Press, 1996 qui vient d’être traduit en français sous le titre le Retrait de l’état ; la dispersion du pouvoir dans l’économie mondiale, Paris, éditions du Temps présent, 2011.

Pour une présentation des travaux de Strange et sa place dans l’économie politique internationale, on peut lire :

C. Chavagneux, économie politique internationale, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2e éd., 2010 ;

N. Phillips et C. E. Weaver (eds), International Political Economy: Debating the Past, Present and Future, Routledge, 2010 ;

B. J. Cohen, Inter national Political Economy. An Intellectual History, Princeton University Press, 2008 ;

T. C. Lawton, J. N. Rosenau et A. C. Verdun (eds), Strange Power. Shaping the Parameters of International Relations and Inter national Poli tical Economy, Ashgate, 2000 ;

R. Tooze, « Susan Strange et l’économie politique internationale », L’économie politique, 2e trimestre 2001, n° 10.

  • *.

    Article initialement publié dans Review of International Studies, 1999, vol. 25, n° 3. Repris dans Roger Tooze et Christopher May (eds), Authority and Markets ; Susan Strange’s Writings on International Political Economy, Londres, Palgrave MacMillan, 2002, p. 241-250. Susan Strange (1923-1998) était une économiste britannique. Pour une présentation de ses idées et de ses œuvres, voir l’article de Christian Chavagneux dans ce numéro, p. 49-61.

  • 1.

    Voir R. W. Cox, The New Realism : Perspectives on Multilateralism and World Order, Basingstoke, Palgrave MacMillan, 1997.

  • 2.

    R. Germain, The International Organization of Credit : States and Global Finance in the World Economy, Cambridge, Cambridge University Press, 1997.

  • 3.

    Référence à un ouvrage de 1988, que Strange appelait son « antimanuel de relations internationales ». Susan Strange, States and Markets. An Introduction to International Political Economy, Londres, Pinter Publishers, 1988 (non traduit) (Ndt).

  • 4.

    En français dans le texte (Ndt).

  • 5.

    Les traités de Westphalie mirent fin à la guerre de Trente Ans et donnèrent naissance à ce que l’on a appelé le « système westphalien » (Ndt).

  • 6.

    D’après M. Veseth, dans Mountains of Debt : Crisis and Change in Renaissance Florence, Victorian Britain and Post-War America (Oxford, Oxford University Press, 1991), une telle initiative fut prise pour la première fois à Florence au xive siècle. Il a sans doute raison, mais elle ne créa guère d’émules.

  • 7.

    John Kenneth Galbraith raconte très bien l’affaire dans l’Argent (trad. Daniel Blanchard, Paris, Gallimard, 1994).

  • 8.

    H. Feis, Europe, the World’s Banker 1870-1914, New York, Council on Foreign Relations, 1964.

  • 9.

    R. Triffin, The Evolution of the International Monetary System, Princeton, Princeton University Press, 1964.

  • 10.

    Les produits dérivés sont des contrats d’achat ou de vente qui sont dérivés d’un prix réel et variable. Il peut s’agir du taux de change entre le yen et le dollar, du prix du jus d’orange surgelé, de la dette d’un gouvernement ou d’une entreprise. Le commerce de produits dérivés a augmenté de 40 % par an depuis 1990 et a atteint, selon le Fmi, un volume de près de 50 trillions de dollars par an en 1995, soit le double du produit de l’activité économique mondiale.

  • 11.

    E. Kapstein, Governing the Global Economy, Cambridge Ma, Harvard University Press, 1994.

  • 12.

    Voir Susan Strange, Mad Money, Manchester, Manchester University Press, 1998, chap. 8 et 9.

  • 13.

    Le comité Cooke, premier nom du comité de Bâle, mit en place les premiers accords de Bâle en 1988, qui visaient à réguler le système bancaire international, notamment les procédures de crédit, en établissant un ratio de 8 % entre les fonds propres des banques et les autres sources de financement, afin de limiter les risques de faillite (Ndt).

  • 14.

    Nick Leeson est un trader britannique qui, par ses spéculations sur les bourses asiatiques, a causé la faillite de la banque Barings en 1995 (Ndt).

  • 15.

    En 1997, un sondage réalisé à Londres a révélé que la plupart des gens – y compris les banquiers – estimaient que le mauvais management était le premier facteur de risque pour la stabilité des banques.

  • 16.

    J. Santiso, « Wall Street face à la crise mexicaine », Paris, Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), 1997.

  • 17.

    Robert O. Keohane et Marc A. Levy (eds), Institutions for Environmental Aid : Pitfalls and Promise, Boston, Ma, Mit Press, 1996.

  • 18.

    R. Kothari, Growing Amnesia ; An Essay on Poverty and the Human Consciousness, New York, Viking, 1993.

  • 19.

    Voir John Kenneth Galbraith, le Capitalisme américain ; le concept du pouvoir compensateur, Paris, Génin, 1956 (Ndt).

  • 20.

    Les éditeurs de l’ouvrage précisent qu’ils n’ont pas réussi à retrouver la citation originale (Ndt).

  • 21.

    A. Chitty, The Direction of Contemporary Capitalism, Londres, Routledge, 1997.

  • 22.

    Susan Strange, “The Name of the Game”, dans Nicolas X. Ritzopoulos (ed.), Sea Changes : American Foreign Policy in a World Transformed, New York, Council on Foreign Relations Press, 1990, p. 238-273.

  • 23.

    La commission Trilatérale, réunie en 1973, regroupait des personnalités influentes dans le domaine économique et avait pour but de promouvoir la coopération économique et politique entre trois régions clés du monde : l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord et l’Asie du Pacifique (Ndt).

  • 24.

    L. Sklair, “Social Movements for Global Capitalism : The Transnational Capitalist Class in Action”, Review of International Political Economy (automne 1997), p. 534.

  • 25.

    R. Stavenhagen, “People’s Movements : The Antisystemic Challenge”, dans R. W. Cox (ed.), The New Realism…, op. cit., p. 34.

  • 26.

    Susan Strange, le Retrait de l’État : la dispersion du pouvoir dans l’économie mondiale, Paris, Éditions du Temps présent, 2011.

  • 27.

    R. W. Cox, The New Realism…, op. cit., p. xxvii.