par Revue Esprit
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Souvent, c’est dans la confrontation à des événements imprévus que se révèlent la force de caractère et les réelles qualités d’un dirigeant. Il en va ainsi pour le pape Léon XIV.  Près d’un an après son élection, il semblait assumer la ligne de François, mais sa discrétion et sa modération en tous domaines laissaient un peu désemparés celles et ceux qui gardaient le souvenir des actes forts et des paroles mémorables de François dès les premiers mois de son pontificat : la visite à Lampedusa début juillet 2013, où il dénonçait « la globalisation de l’indifférence », et sa formule en septembre de la même année, à propos des homosexuels : « Qui suis-je pour juger ? ».

Non que Léon ne se soit pas exprimé sur les affaires du monde et de l’Église catholique. À propos des premières, il avait immédiatement insisté, dans un contexte de bruits de bombes (en Ukraine mais surtout au Proche-Orient), sur l’objectif absolu de la paix à établir ou à rétablir partout. Sur les problèmes de l’Église, il avait repris le programme « synodal » de François, c’est-à-dire la voie de la réforme, tout en restant réservé sur des questions brûlantes comme l’accession des femmes au diaconat.  Quelques signaux apparemment favorables aux traditionalistes avaient inquiété, et son retour dans les appartements rénovés du palais du Vatican, que François avait délaissé pour habiter juste à côté, dans une maison accueillant des visiteurs de passage, avait déçu. Sa visite officielle à Monaco fin mars 2025 est restée incomprise même de fermes soutiens.

Premier pape américain, élu à peine quatre mois et demi après l’entrée en fonction de Donald Trump, clairement inscrit dans la lignée de la première encyclique sociale du pape Léon XIII qui a inspiré le choix de son nom (Rerum Novarum en 1891), Léon XIV était évidemment attendu sur sa résistance à la politique brutale des États-Unis, envers les immigrés sur le sol américain comme pour les pauvres et les nécessiteux du monde entier. Après un soutien sans faille aux évêques américains résistants à la politique trumpiste et une réfutation de J. D. Vance à propos de l’« amour hiérarchisé » envers autrui, le conflit avec Donald Trump a éclaté ouvertement à propos de « sa » guerre en Iran. Dans la basilique Saint-Pierre, le pape s’est en effet exclamé, sans nommer Donald Trump mais clairement à son adresse  : « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! ». Visant probablement Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, qui ne cesse d’avancer des justifications religieuses à la guerre, Léon XIV avait aussi déclaré la veille : « Dieu ne bénit aucun conflit ».

Sans surprise, dans sa réponse Trump a vivement pris à parti le pape. À quoi Léon XIV a répondu par les paroles qui ont fait mouche dans le monde entier : « « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de dire le message de l’Évangile (…) C’est ce que je crois être appelé à faire et ce que l’Église est appelée à faire ». Il a ainsi mis par contraste le doigt sur le silence des dirigeants du monde qui ont « peur » de Trump mais n’osent pas le dire, il dénonce une paix obtenue par la force et les armes, il renvoie même à la cause ultime de la guerre, au-delà du narcissisme et du sentiment de toute puissance de Donald Trump : « l’idolâtrie », de soi-même et, bien sûr, de l’argent.  Tout est dit.

La rédaction